Niger : la junte ordonne l’expulsion de l’ambassadeur de France

Accroissement de la tension. Ce jeudi, la junte militaire au pouvoir au Niger a ordonné l’expulsion de l’ambassadeur de France, Sylvain Itté. Dans cette lettre adressée au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français et datée du mardi 29 août, la junte militaire, qui a pris le pouvoir lors d’un putsch le 26 juillet, indique avoir informé le Quai d’Orsay que la question de l’agrément de l’ambassadeur de France était « irrévocable » et que « les services de polices sont instruits afin de procéder à (son) expulsion ». « Par conséquent, au terme du délai de 48 heures expiré à compter du 28 août 2023, l’intéressé ne jouit plus de privilèges et immunités attachés à son statut de membre du personnel diplomatique de l’ambassade. Les cartes diplomatiques et les visas de l’intéressé et des membres de sa famille sont annulés », écrit également la junte militaire.

Emmanuel Macron avait affirmé, lundi lors de son discours prononcé à l’occasion de la Conférence des ambassadrices et des ambassadeurs à Paris, que l’ambassadeur de France au Niger resterait dans le pays « malgré les pressions ». Le porte-parole de l’Etat-major français, le colonel Pierre Gaudillière, a réagi en avertissant que « les forces militaires françaises sont prêtes à répondre à tout regain de tension qui porterait atteinte aux emprises militaires et diplomatiques françaises au Niger » et que « des dispositions ont été prises pour protéger ces emprises ».

Soutien militaire du Burkina Faso

La junte militaire, menée par le général Abdourahamane Tiani, est au pouvoir au Niger depuis plus d’un mois désormais. La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cedeao) a menacé à plusieurs reprises d’intervenir militairement pour rétablir l’ordre constitutionnel. Jeudi, le gouvernement burkinabé a autorisé l’envoi d’un contingent militaire pour soutenir les généraux au pouvoir au Niger.

Les modalités d’envoi de ce contingent n’ont pas été précisées, le gouvernement indiquant qu’elles ont été fixées « d’un commun accord », entre les autorités des deux pays. « Ce qui touche à la sécurité du Niger touche fondamentalement à la sécurité du Burkina Faso », a indiqué le ministre de la Défense, Kassoum Coulibaly, dans un communiqué.

La semaine dernière, le nouvel homme fort du Niger, le général Abdourahamane Tiani a signé un décret autorisant les forces armées du Burkina Faso et du Mali à intervenir sur le sol nigérien « en cas d’agression ou de déstabilisation armée extérieure ». Le Burkina et le Mali, confrontés comme le Niger à des violences jihadistes récurrentes, sont également dirigés par des militaires ayant pris le pouvoir par la force, entre 2020 et 2022. Après le coup d’Etat, ces deux pays ont immédiatement affiché leur soutien aux nouvelles autorités.

Réunion des ministres de l’UE

Ce jeudi, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne étaient réunis à Tolède, en Espagne. Au terme de cette réunion, ils ont décidé de mettre en place un cadre juridique permettant à l’Union européenne d’imposer des sanctions contre les auteurs du coup d’Etat au Niger. Josep Borrell a déclaré que ces sanctions comprendraient des exemptions pour motif humanitaire. « Nous ne souhaitons pas que ces sanctions constituent une punition supplémentaire pour le deuxième pays le plus pauvre au monde », a expliqué le chef de la diplomatie européenne.

Sondés, de manière informelle, par la Cédaéo qui souhaitait savoir si l’UE soutiendrait financièrement une force de stabilisation au Niger, les ministres se sont montrés plus réservés. Josep Borrell a déclaré que l’UE devrait examiner minutieusement toute proposition du bloc ouest-africain. Plusieurs ministres ont quant à eux signalé leur volonté de privilégier une solution politique.

Josep Borrell s’est dit solidaire avec la France face à la décision des putschistes d’expulser l’ambassadeur français à Niamey. Comme la France, l’UE estime que les militaires au pouvoir n’ont pas autorité pour faire une telle demande.

Avec agences

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