Nicolas Normand – La motivation principale des putschistes provient des relations avec la France. Le président Bazoum, un homme énergique et lucide, avait pris la décision de s’appuyer sur la coopération occidentale, européenne, française et américaine alors qu’il n’avait pas l’assentiment de l’armée nigérienne. Certes, l’armée française, ayant tiré la leçon de ses erreurs au Mali, s’était mise à la disposition des armées nigériennes. Mais cela n’a probablement pas suffi à convaincre les militaires. Une force armée de l’ancienne puissance coloniale qui donne, malgré ses efforts d’adaptation, le sentiment de prendre le dessus, a dû susciter une réaction souverainiste de rejet et de fierté. Une partie notable des gradés nigériens estimaient aussi qu’un civil n’était pas souhaitable pour traiter une situation militaire menaçante. C’est la cause principale du putsch. De façon secondaire, s’ajoutent aussi probablement des raisons ethniques : le président Bazoum est issu d’une ethnie ultra minoritaire, une tribu arabe originaire du Sud de la Libye, alors que les militaires appartiennent dans leur grande majorité aux Haoussa et aux Zermas. C’était l’origine de la tentative de mutinerie ayant précédé de deux jours l’investiture de Mohamed Bazoum en mars 2021.
Quelles conséquences militaires peut-on craindre pour le Niger et la région ?
Après le coup d’Etat, je crains que les putschistes ne demandent le départ de la coopération française, surtout si la France n’exprime pas le souhait rapide d’aider le nouveau régime. Le Niger résistait à la déstabilisation islamiste grâce à une coopération française, européenne et américaine. La facilité européenne pour la paix – nouvel instrument qui permet depuis un an de débloquer des fonds pour acheter des armes – risque de cesser. Progressivement les implantations militaires françaises pourraient fermer. L’armée nigérienne se trouverait alors affaiblie et isolée. Et il n’est pas sûr qu’elle réussisse à tenir bon face aux groupes terroristes. A terme, des zones rurales de plus en plus vastes risquent de passer sous le contrôle de JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) ou de Daech. Le pays risque de se transformer en Somalie.
Pourquoi l’armée nigérienne n’aurait-elle pas la capacité de contenir les rébellions islamistes ?
Le Niger est le pays le plus fragile et le plus pauvre de tout le Sahel, tout en ayant la natalité la plus forte au monde. Le développement économique est inexistant, l’IDH (indice de développement humain, calculé par le Programme de développement pour les Nations Unies) l’un des plus bas de la planète. La population est aussi la plus islamisée de toute la région, au sens radical du terme et ce, depuis des décennies. Enfin, le pays entouré de zones instables où opèrent des groupes radicaux islamistes : à la frontière sud avec le Nigeria, se trouvent Boko Haram et ISWAP (l’État islamique en Afrique de l’Ouest). La frontière avec le Tchad est occupée par des rebelles et des djihadistes. Dans ce contexte, le pays ne résistait à l’islamisme armé que grâce à une gouvernance forte, celle du président Bazoum et à l’appui des pays occidentaux.
Alors que la situation reste confuse, le président Bazoum a-t-il une chance de revenir au pouvoir ?
L’armée, qui aurait pu le soutenir, ne l’a pas fait. Le camp attentiste, qui comprenait les principaux dirigeants de l’armée, s’est dorénavant rallié aux putschistes. Au sein du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères Hassoumi Massoudou a rejeté le coup d’Etat et déclaré former un gouvernement de transition, dès lors que le Président Bazoum est captif mais non démissionnaire. Mais il aurait fallu que la résistance vienne de la population nigérienne, qui ne s’est pas mobilisée.
Le pays pourrait-il faire appel aux mercenaires du groupe Wagner, comme au Mali, pour contrer la menace islamiste ?
Cela ne pourrait se produire que si le Niger prenait une orientation clairement anti occidentale comme au Mali, où cela s’est produit essentiellement pour des raisons liées à une gestion désastreuse des relations bilatérales avec ce pays. La France évitera sans doute de répéter ses erreurs et les militaires nigériens pourraient également se montrer plus pragmatiques, même si une partie non négligeable de l’opinion locale pousse à la rupture, comme au Mali. Le Niger peut aussi constater que Wagner n’a nullement freiné la diffusion du djihadisme mais a causé des exactions dont la dénonciation par l’ONU a causé du tort au Mali. Quant à Wagner et à la Russie, cela dépendra aussi des perspectives économiques et financières que pourrait lui offrir le Niger, et celles-ci sont plutôt faibles, faute de ressources facilement exploitables. Au total, le risque existe certainement, mais pas dans le court terme.
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