« On entre dans un four » : les touristes français pris au piège de la canicule dans le sud de l’Europe
Farniente. De l’italien, « ne rien faire ». Ces jours-ci, à Rome, l’expression italienne rentrée dans le langage populaire français pour désigner cet état d’oisiveté qui correspond aux vacances sied bien à Nicolas, Aurélie et leur petite famille. Le couple de quadras parisiens partis fin juin en famille recomposée pour un périple d’un mois entre la Sicile, Naples et la capitale italienne reste la plupart de la journée cloîtré dans leur appartement, situé dans les hauteurs de la capitale italienne.
« On passe nos nuits et nos journées avec la climatisation et on sort vers 17h pour profiter de quelques heures agréables », raconte Nicolas. Plein soleil sur l’Italie. De Rome à Bologne en passant par Florence, les touristes marchent à l’ombre dans les ruelles et tournent parfois de l’œil lorsqu’il s’agit de visiter certains sites dépourvus de végétation comme le Colisée à Rome ou Pompéi, dans le sud de Naples.
« Dehors, l’air est brûlant, c’est oppressant »
« Ces derniers jours, j’ai vu quatre touristes, dont des jeunes d’une vingtaine d’années, faire des malaises, vomir, victimes d’insolation, comme en pleine rue, à Rome ou à Pompéi », raconte encore Nicolas, grand gaillard de 45 ans, qui, avec son fils et sa fille, « n’a jamais bu autant d’eau de (s) a vie » et s’étonne de « devoir changer trois fois de tee-shirt dans la journée. » Une première, pour des vacances.
« Dehors, l’air est brûlant, c’est oppressant. On ouvre la porte et on entre dans un four. Une nuit, on avait oublié de mettre la climatisation. Je me suis réveillée en nage, comme si je sortais d’une piscine. Entre la clim, les douches et les lessives à répétition, ces vacances seront les moins écologiques qu’on a connues ! », rapporte encore Aurélie, sa compagne qui s’estime malgré tout ravie, tant pour l’ambiance que les visites, de ses vacances italiennes.
Tandis que cette année la France est moins touchée par les canicules que l’année dernière, on cuit en ce mois de juillet en Italie dont seize grandes villes viennent d’être placées en alerte rouge canicule, dont Bologne, Florence, Rome, Cagliari en Sardaigne, Palerme et Catane en Sicile. Avec l’Amérique du Nord et la Chine, la Méditerranée est l’une des trois régions du monde qui subit actuellement de fortes chaleurs, alors que le record mondial de température de 54,4 °C pourrait être battu très prochainement dans la vallée de la Mort, en Californie (États-Unis).
« Dans le pourtour méditerranéen, le pire est encore à venir »
« On a vu samedi jusqu’à 46 °C en Algérie et en Tunisie. Ça ne concerne pas seulement des étendues de sable mais aussi des zones côtières », observe le météorologiste Guillaume Séchet. Cette sensation d’étuve devrait s’accentuer. « Pour les gens qui sont actuellement dans le pourtour méditerranéen, le pire est encore à venir. Il est probable qu’en fin de semaine prochaine, cela devienne insupportable. Ce pourrait n’être que deux degrés de plus, mais quand il fait déjà très chaud, ça joue », alerte le créateur du site Météo Villes. « À Rome, il pourrait faire 43 °C mardi, ce qui ferait qu’on dépasserait le record de 40,8 °C de l’année dernière dans la capitale italienne. »
Une situation d’autant plus préoccupante que les touristes hexagonaux sont cette année revenus en masse en Italie, mais aussi en Espagne ou en Grèce où ils sont sûrs de trouver la mer et le ciel bleu. « On retrouve pour la première fois depuis 2019 une situation pré-Covid où les Français plébiscitent les destinations balnéaires du sud de l’Europe, éclaire Didier Arino, expert du tourisme et directeur général de Protourisme. Ces pays sont cet été la destination principale des Français qui partent à l’étranger : 40 % jettent leur dévolu sur l’Espagne et un Français sur cinq opte pour l’Europe du sud. »
Faut-il pour autant changer de cap ? Pas du tout, à en croire le président de l’association des médecins urgentistes de France (Amuf) Patrick Pelloux, qui déconseille seulement aux personnes souffrant de maladies chroniques de partir dans des zones où il fait plus de 40 degrés. « Il est important que ceux qui partent prennent le rythme des populations, notamment dans les régions les plus au sud. Il faut éviter à tout prix de sortir aux heures où il fait le plus chaud, généralement entre midi et 17 heures et garder les fenêtres fermées », prévient le médecin urgentiste.
« Le cancer qui flambe en France, c’est le cancer de la peau »
Avant d’enfoncer le clou : « Arrêtons cette culture qui consiste à aller la plage à midi et à griller en plein cagnard ! Le cancer qui flambe en France, c’est le cancer de la peau. » Il invite aussi les vacanciers à boire de l’eau et faire boire leur entourage. Ne pas uriner signifie qu’il y a un manque : « Si on va changer un enfant et que la couche est sèche, c’est qu’il doit impérativement être réhydraté. »
« À partir de 40 °C, les touristes arrêtent de déambuler dans les rues, de toute façon », tempère Didier Arino qui prévoit peu d’annulations. « On devrait observer entre 5 et 15 % de baisse sur certaines destinations. La plupart des touristes ont déjà réservé et ne se feront pas rembourser. » Ceux qui le peuvent sont déjà soulagés.
C’est le cas de Lyliane et Jacques, 80 et 78 ans, de Biarritz, qui devaient partir en Toscane fin juillet en échangeant leur villa avec une famille italienne de Florence. Effrayé par la canicule à venir, le couple vient de changer son fusil d’épaule. Direction : les Pyrénées françaises et un joli village longé par une rivière. « Là-bas, il y aura de l’air. À mon âge, je ne supporte plus la chaleur », se console Lyliane.
Que Jacques et Lyliane se rassurent : en France, le mercure devrait monter, jusqu’à 36 ou 37 ° en ce début de semaine dans certaines régions comme le Sud-Est mais cela restera provisoire. « Mardi, la chaleur va envahir la France, très temporairement, avec peut-être jusqu’à 41 dans la Corse et dans le Var », précise Guillaume Séchet. Ce même jour, Nicolas et Aurélie regagneront leurs pénates parisiens mais dès le lendemain, les températures reviendront à la normale, sauf en Languedoc et en Provence.
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