Le 28 août dernier, un étrange document s’est répandu en moins d’une journée sur les réseaux sociaux Telegram et Facebook. « Urgent. C’est révoltant (…) C’est l’ex-colonisateur qui est à la manœuvre pour détruire l’Afrique… Lisez ce qui se prépare… », écrit dès 1h52 un certain Simon Kere. Avant de renvoyer vers un texte sous format PDF, intitulé « Secret-défense 2 », où il est question d’une mystérieuse « opération Phoenix » qui serait menée par une Task force du même nom, sous le commandement de la France. S’ensuit une dizaine de pages censées détailler la planification d’une intervention contre la junte nigérienne qui a pris le pouvoir le 26 juillet.
Le document, présenté comme une « fuite », circule rapidement auprès des internautes du Niger et des pays voisins. Il est notamment diffusé, sans commentaire, par le membre « assamoi » sur la chaîne telegram MOP-DPLA à l’idéologie panafricaniste, puis partagé par d’autres figures très suivies sur la toile, à l’instar de Nathalie Yamb, qui dénonce régulièrement le rôle de la France sur le continent et qui soutient ouvertement la Russie.
À la lecture du PDF, la toile se divise rapidement en deux camps : il y a ceux qui crient à la manipulation et ceux qui veulent absolument y croire. Mais même chez les partisans de la junte, des influenceurs doutent de la véracité de « l’opération Phoenix » tant le faux paraît grossier.
« Une connaissance certaine des procédures militaires »
Le document fourmille en effet d’erreurs, de fautes d’orthographe, d’incohérences. Parlant des unités qui seraient déployées, il cite notamment le 1er régiment d’étranger d’infanterie qui n’existe pas dans l’armée française. Il porte aussi la mention « secret-défense », qui a été abolie des documents de l’administration depuis 2021, pour être remplacée par la mention « secret » ou « très secret ».
« L’ordre est beaucoup trop simplifié pour une opération d’une telle envergure, mais son niveau de rédaction trahit une connaissance certaine des procédures militaires », indique une source proche du dossier.
Le texte de « l’opération Phoenix » a été rédigé sous format Word 2019. Le nom d’Arnaud Yaro, un soldat burkinabé qui a suivi une formation d’élève officier à Saint-Cyr, est mentionné à deux reprises dans les métadonnées, sans que l’on puisse lui en attribuer à coup sûr la paternité.
Autre enseignement, le texte a été créé dans le fuseau horaire GMT + 4, où l’on retrouve notamment la région russe de Volgograd. Les militaires appellent ce type de document une « manœuvre informationnelle », autrement dit une campagne de désinformation visant à nuire à un État en diffusant sur les réseaux sociaux une fausse information qui a les apparences d’une vraie.
Utilisée massivement au Mali et en Centrafrique par la Russie, la guerre informationnelle s’est étendue au Niger où des faux comptes martèlent que les Français arment les terroristes, volent les enfants nigériens ou encore pillent l’uranium. Ces campagnes n’ont cependant pas connu la même ampleur ni la même efficacité auprès des Nigériens que chez leurs voisins, du fait de l’accès limité à l’Internet. Seulement 1,8 % de la population utilise les réseaux sociaux, soit environ 500 000 personnes, principalement installées à Niamey, la capitale du pays.
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