Publié le 22 nov. 2023 à 10:45
Le rapport Pisani Mahfouz a montré que la transition écologique va coûter très cher à la collectivité. Les citoyens vont exiger que les solutions déployées soient créatrices d’emplois industriels chez nous, et pas seulement en Chine où est fabriquée une part écrasante des technologies de la transition énergétique (panneaux photovoltaïques, batteries, éoliennes).
Des efforts importants sont consentis par l’Etat pour rapatrier ces chaînes de valeur, il faut s’en féliciter. Cependant, le coût est élevé et la difficulté aussi, tant nos concurrents asiatiques ont une longueur d’avance.
Les citoyens vont également demander des solutions assurant la souveraineté du pays sur un sujet aussi essentiel que l’énergie. En matière de stockage d’énergie à base de batteries lithium-ion par exemple, il existe un risque de création de dépendances à des cartels pires que l’Opep , pour le lithium et le cobalt en particulier, avec une confrontation à la spéculation mondiale tous les 10 ans.
Nous tenterons d’exploiter notre propre lithium mais les quantités seront limitées et le coût sera élevé. On le réservera sans doute à la mobilité. Est-ce pour autant une fatalité pour le stockage d’énergie ?
S’appuyer sur la filiale de l’hydroélectricité
Non, il existe une filière susceptible de créer massivement des emplois industriels chez nous, en particulier dans nos stations de sport d’hiver qui vont être durement touchées par le changement climatique. Cette filière pourra s’appuyer sur celle, existante, de l’hydroélectricité . Les centrales auront une durée de vie de 100 ans et reposeront sur un seul intrant, une petite quantité d’eau pour faire face à l’évaporation. Cette filière sera donc très créatrice d’emplois industriels et très souveraine avec une parfaite visibilité sur les coûts.
Il s’agit de la filière des STEP, les systèmes de transfert d’énergie par pompage. La technologie a été inventée il y a 100 ans et largement déployée dans les années 1980 pour donner de la flexibilité aux parcs nucléaires dans le monde. La France a 5 gigawatts de capacité avec seulement quelques unités. La technologie repose sur deux réservoirs d’eau séparés par du dénivelé et connectés par une conduite forcée.
Batterie à eau
Lorsque l’énergie est excédentaire et peu coûteuse comme de l’énergie photovoltaïque le jour, l’eau est pompée du bas vers le haut. Lorsque l’on a besoin d’énergie le soir, lors des pointes de consommation, ou la nuit, l’eau est relâchée et entraîne une turbine hydroélectrique. C’est une sorte de batterie à eau avec de l’eau non consommée.
En Europe, il n’y a plus de place pour des grandes installations. On aura des microSTEP avec des puissances de 10 à 20 mégawatts sur 4 à 8 heures, elles reposeront sur des petits bassins de moins de 60.000 mètres cubes, soit 10 % au plus des bassines tant décriées. Elles ne seront pas installées en zone de stress hydrique et l’eau ne sera pas consommée puisque le fonctionnement est en circuit fermé. Elles ne posent pas de risque d’incendie difficile à maîtriser comme les batteries.
Pas de déchets toxiques
Elles peuvent même contribuer à la sécurité incendie comme la tête de série en développement depuis 8 ans en Martinique. Il n’y aura pas de déchet toxique difficile à évacuer en milieu insulaire comme pour les batteries. Elles ont une empreinte carbone deux fois inférieure à celle des batteries.
Elles créent beaucoup de valeur pour le réseau générant de fait d’importantes économies de contribution au service public de l’électricité (CSPE). Elles apporteront un service exclusif d’inertie que n’apportent pas les batteries afin de stabiliser les réseaux électriques. Avec les forts dénivelés de l’île de la Réunion, des Alpes et des Pyrénées, elles auront un coût significativement inférieur à celui des batteries non européennes, tout en offrant plus de services.
Avec le rapatriement des chaînes de valeur des batteries en Europe , l’écart en faveur des STEP se creusera encore plus. 300 STEP de 10 MW pour 3 GW de capacité, c’est 30.000 emplois pendant 15 ans. Le « New York Times » parlait de « renaissance » des STEP en mai dernier. Cette renaissance se déroulera peut-être bientôt chez nous aussi.
Denis Payre est président de Nature and People First.
Crédit: Lien source


Les commentaires sont fermés.