Coup dur pour Orano. Jeudi 20 juin, le groupe détenu à 90% par l’Etat français a annoncé, par voie de communiqué de presse, «prendre acte de la décision des autorités du Niger de retirer à sa filiale Imouraren SA son permis d’exploiter le gisement, et ce malgré la reprise des activités sur site». Depuis le coup d’État du général Abdourahamane Tiani, en juillet dernier, Orano a des difficultés à opérer dans le pays d’Afrique de l’ouest et avait notamment mis son usine de la Somaïr, près de la ville d’Arlit et à quelque 80km d’Imouraren, à l’arrêt. C’est désormais son autre grand projet de développement au Niger, qui devait assurer la pérennité du groupe sur place, qui est touché.
L’un des plus grands gisements du monde
Doté de réserves considérables, Imouraren a été découvert en 1966 par le CEA et est régulièrement présenté comme l’un des plus grands gisements d’uranium du monde avec près de 200000 tonnes en réserves. Il avait été repris par Areva en 2006 et mis sous cocon par Orano en 2015, avant d’être relancé en mai 2023 suite à la remontée des cours du combustible nucléaire. Le champion français avait à l’époque annoncé la signature d’un accord avec l’État et le lancement d’un projet pilote à 85 millions d’euros pour tester une technologie d’extraction par pompage in situ (ISR), avant une prise de décision pour 2028.
Joint par L’Usine Nouvelle, Orano se dit «très étonné de la décision des autorités nigériennes», et rappelle être engagé dans le pays depuis plus de 50 ans et avoir investi 306 millions d’euros sur le seul projet Imouraren depuis 2014. Malgré le coup d’État de juillet, Orano continuait de miser sur ce projet et restait en contact avec les autorités militaires au pouvoir à Niamey. Le groupe écrit avoir récemment soumis, à la sollicitation des nouvelles autorités, «une proposition technique concrète» pour exploiter rapidement le gisement d’Imouren (via l’exploitation du gisement peu profond Imca 25), et précise que des infrastructures étaient «réouvertes depuis le 4 juin 2024 pour accueillir les équipes de construction et faire avancer les travaux».
Manifestement, le gouvernement au pouvoir, qui affiche publiquement sa volonté de reprendre la main sur l’exploitation des matières premières du pays, n’a pas été convaincu. Cette décision intervient par ailleurs dans un contexte de rapprochement entre l’équipe du général Abdourahamane Tiani et la Russie, et d’ingérences de Moscou – récemment rapportées par le journal Bloomberg – pour récupérer des actifs du groupe français au Niger. Des rumeurs cohérentes avec «la stratégie globale de Rosatom qui place ses pions dans les pays de la bande sahélienne, le Niger, mais aussi le Burkina Faso et la Centrafrique, depuis quelques années», expliquait alors le chercheur en géopolitique du nucléaire à l’université de Haute-Alsace Teva Meyer. Aucun lien n’est établi avec la décision prise le 20 juin par le gouvernement nigérien.
«Orano s’inquiète de l’impact négatif qu’aura cette décision de retrait du permis d’exploitation du gisement sur le développement économique, social et sociétal de la région», écrit le groupe. Il précise rester «disposé à maintenir ouverts tous les canaux de communication avec les autorités du Niger sur ce sujet, tout en se réservant le droit de contester la décision de retrait du permis d’exploitation devant les instances judiciaires compétentes, nationales ou internationales». En 2022, Orano avait extrait de l’ordre de 2000 tonnes d’oxydes d’uranium au Niger, soit un peu plus d’un quart de sa production mondiale.
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