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Vous les avez certainement croisés ces derniers jours, et sans doute avez-vous cru à une plaisanterie, voire une hallucination visuelle… Depuis mi-novembre et aux quatre coins de la France, des panneaux de signalisation indiquant les entrées et sorties de communes se retrouvent à l’envers.
De la Vendée à la Seine-Maritime, de l’Oise à l’Ille-et-Vilaine, de l’Alsace à la Dordogne, de l’Hérault à l’Ain, ou encore de la Seine-et-Marne au Loiret, en ville ou à la campagne, le phénomène a été constaté dans les départements de toutes les régions françaises, comme en attestent les rédactions locales d’actu.fr.
Tous ces panneaux retournés ne sont pas l’œuvre de quelques plaisantins, mais le résultat d’une opération de communication menée par les agriculteurs, avec comme slogan principal : « On marche sur la tête ».
« Toujours plus de normes, de restrictions et d’interdictions »
Les agriculteurs ont choisi cette action originale en novembre 2023 pour alerter tant l’opinion que les pouvoirs publics sur ce qu’ils considèrent comme « toujours plus de normes, de restrictions et d’interdictions » pénalisant l’agriculture française.
« Plan bio, plan protéines, plan de relance, plan fruits et légumes, plan viticulture, etc., cette accumulation de plans n’a pas empêché l’empilement des normes imposé par le gouvernement », indiquent la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et les Jeunes Agriculteurs (JA), qui se réclament de cette action conjointe.
Cela traduit une trop grande incohérence et une déconnexion avec la réalité agricole.
Sur les réseaux sociaux, le hashtag #onmarchesurlatête a fleuri ces dernières semaines.
« Eviter de déranger les citoyens »
Les actions de retournement de panneaux ont lieu principalement la nuit, discrètement orchestrées par des membres des syndicats agricoles.
En retournant les noms des communes, ils voulaient « éviter de déranger les citoyens. On n’a rien dégradé, et il s’avère que des maires ont adhéré », explique à Lille actu David Meurillon, secrétaire général du syndicat d’exploitants agricoles FDSEA Nord et producteur de légumes à Verlinghem (Nord).
Nombreuses normes imposées auxquelles les produits importés ne répondent pas, réponses insatisfaisantes face aux changements climatiques, absence de vision pour l’avenir… Le secteur pointe du doigt la politique agricole actuelle.
« Les agriculteurs ont davantage besoin de politiques ambitieuses que de nouvelles contraintes pour réussir les transitions et répondre aux attentes sociétales », estime auprès de76actu Justin Lemaitre, secrétaire général des Jeunes agriculteurs de Seine-Maritime.

Des problématiques et revendications nationales…
Alors que la Commission européenne vient de renouveler pour 10 ans l’autorisation de mise sur le marché du glyphosate, les agriculteurs s’inquiètent notamment de la hausse des taxes sur les produits phytosanitaires.
« Le gouvernement veut diminuer de 50 % l’utilisation des produits phytosanitaires, indique à 78actu Kellian Fauchè, président des Jeunes Agriculteurs (JA) pour le canton de Saint-Arnoult-en-Yvelines, ajoutant : « Nous voulons bien, mais nous n’avons pas de solution ».
Les JA veulent aussi tirer la sonnette d’alarme sur « le coût de production des céréales françaises plus élevé que celui de nos voisins’. Pour résumer, les agriculteurs seraient perdants sur l’exportation de leur production. Une alerte que relaie Stéphane Pons, éleveur et président de la FDSEA du Lot, auprès d’actu Lot :
Si rien n’est fait par l’État, cette situation risque de mettre en danger la souveraineté alimentaire du pays car sur presque toutes nos productions les volumes sont en forte baisse. La France importe déjà massivement de la viande bovine, du lait et demain il n’y aura plus d’autosuffisance alimentaire si les agriculteurs continuent à être sous rémunérés.
… ou plus locales
Parfois, c’est aussi l’occasion de se faire entendre sur des problématiques plus locales, comme les inondations qui ont récemment touché le Pas-de-Calais mais aussi la Somme.
« On a fait le constat que les administrations tardent à donner une réponse et à donner des autorisations pour l’entretien des canaux. Cela fait plusieurs années que les agriculteurs du secteur nous ont alertés en nous disant qu’un jour il y aurait des problèmes. Nous y sommes », constate Denis Bully, président FDSEA de la Somme auprès du Journal d’Abbeville.

En Gironde, les inquiétudes concernent également le vignoble bordelais, miné par une crise viticole sans précédent.
David Meurillon, secrétaire général de la FDSEA Nord, fait de son côté part du sujet de préoccupation principal dans le département, les 4% de jachères (terres non cultivées) imposés par l’Union européenne dès 2024. « Rien que dans le Nord, ça fait 8 000 hectares de manque à gagner », chiffre-t-il. Soit l’équivalent de « 147 millions de repas en moins ».
D’autres actions prévues
Si cette opération « panneaux retournés » porte peu à conséquences, elle n’est pas toujours du goût de tout le monde. En tout cas pas de celui d’Hubert Delorme, maire de la petite commune rurale de Saint-Molf, dans la presqu’île de Guérande (Loire-Atlantique).
« Cette manifestation est puérile et stupide », protestait-il le 22 novembre 2023 auprès de L’Echo de la Presqu’île de Guérande et de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).
Ce sont les impôts des habitants de Saint-Molf qui payent le temps des agents pour les remettre à l’endroit. Si j’avais identifié les auteurs, j’aurais porté plainte et demandé à la gendarmerie de leur mettre une amende et de payer les coûts de remise en place.
Les principaux intéressés, eux, ne comptent pas en rester là pour se faire entendre. Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu au cours du mois de novembre, avec bien souvent un mot d’ordre principal : « Pas de transition sous pression. »
Les agriculteurs du Lot se sont ainsi rassemblés à Cahors dans la soirée du jeudi 16 novembre. Mardi 21 novembre, 80 tracteurs ont défilé dans les rues de Metz et du fumier a été déversé à quelques mètres de la préfecture de la Moselle. Défilé également à Strasbourg vendredi 24 novembre, ou encore action de protestation devant la préfecture à Rennes la veille.

Et à Toulouse, leur mobilisation n’est pas passée inaperçue mercredi 22 novembre, puisque les tracteurs venus de toute l’Occitanie ont réalisé des opérations escargot et bloqué une partie du périphérique, provoquant des bouchons monstres.
« C’est malheureux d’en arriver là », déplore le président des JA en Occitanie Romain Deloustal, avant de reconnaître : « si l’État ne comprend que la manière forte, alors c’est la voie que l’on empruntera ! ».
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