Parking de la Brasca : « C’est l’intérêt de la France »

Pour tenter d’éviter les bouchons aux heures de pointe, le gouvernement monégasque a lancé des études pour la création d’un parking-relais d’environ 3 000 places à la Brasca, qui pourrait ensuite être relié de façon souterraine à Nice dans un deuxième temps. Le poids de la France dans ce dossier a été rappelé aux conseillers nationaux par le ministre d’Etat, Pierre Dartout.

À l’occasion de l’étude du budget primitif 2024, la présidente de la commission environnement et qualité de vie du Conseil national, Nathalie Amoratti-Blanc, a évoqué la problématique des embouteillages qui asphyxient la principauté aux heures de pointe. Dans la soirée du 14 décembre 2023, cette élue a rappelé que le terrain de la Brasca a été racheté par l’Etat monégasque en avril 2017 pour 20 millions d’euros à la mairie d’Èze. Depuis 2010, ce terrain était loué à l’année par l’Automobile Club de Monaco (ACM), afin de pouvoir stocker le matériel pour le Grand Prix, le rallye de Monte-Carlo, et le Monaco Yacht Show. Situé au pied du tunnel autoroutier de l’A500, en bordure de la moyenne corniche, ce lieu a été considéré comme stratégique pour la principauté par l’Etat monégasque. La création sur ce terrain d’un parking-relais d’environ 3 000 places a été évoqué par le gouvernement, mais plus de six ans après ce rachat, ce dossier n’avance pas et la vision est trop modeste, a estimé Nathalie Amoratti-Blanc : « Ce parking de 3 000 places n’est pas suffisant. Je pense qu’il faut que Monaco soit ambitieux et qu’on soit plus visionnaire que cela. C’est un projet important, et on ne peut pas juste dire qu’on va faire un parking de 3 000 places. Si on n’a pas la liaison entre la Brasca et Monaco, on ne saura même pas que ce parking existe. » L’objectif serait que les salariés de la principauté laissent leur véhicule sur ce parking-relais pour utiliser ensuite une liaison souterraine qui les amènerait jusqu’à l’îlot Charles III, qui est actuellement en construction, et dans lequel une gare de transport propre est envisagée.

Pendant l’été 2023, Pierre Dartout et Céline Caron-Dagioni ont rencontré à Paris le ministre français des transports, Clément Beaune. « Nous lui avons présenté le projet », a indiqué le ministre d’Etat. © Photo Conseil National

« Je suis mal à l’aise avec l’idée de faire une cathédrale de béton pour stocker des voitures qui feront 90 % du chemin jusqu’à Monaco en polluant, et qui viendront s’y garer avec un impact carbone qui ne sera pas, je pense, très favorable. Alors qu’il existe déjà une infrastructure, le train »

Roland Mouflard. Conseiller national

« Autorisations »

Le vice-président du Conseil national, Jean-Louis Grinda, s’est demandé si, en agissant ainsi, on n’allait pas tout simplement se contenter de déplacer le problème de quelques centaines de mètres : « Quand on va avoir une file de voitures qui va vouloir entrer dans ce parking, ça va créer des problèmes dans le tunnel. » La conseillère-ministre pour l’équipement, Céline Caron-Dagioni a voulu se montrer rassurante, en détaillant le « mode d’emploi » de ce futur équipement : « Lorsque les gens sortent du tunnel, ils doivent pouvoir se déporter, sans embouteiller la situation courante, sinon on va vivre la même chose. Dans les plans d’aménagement, il y a cette capacité à se déporter dans le parking, et que ça aille très vite, comme dans d’autres grands parkings de dissuasion. » Le gouvernement a aussi confirmé qu’il voyait plus loin. L’objectif est de créer une « gare de la Brasca », et de la relier ensuite à Nice, par le biais d’un tunnel souterrain, a expliqué le ministre d’Etat, Pierre Dartout, tout en prenant des précautions : « Là-dessus, j’ai été extrêmement prudent. Je sais que certains élus des Alpes-Maritimes appellent de leurs vœux cette opération. D’autres n’ont pas tout à fait la même position. Pourquoi pas, mais c’est dans un avenir à plus long terme encore que l’opération dont on parle. »

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Ce dossier concerne très directement la France, puisque la Brasca se trouve sur son sol, comme l’a rappelé très clairement le ministre d’Etat : « Ça veut dire que nous avons besoin de la France au moins sur deux plans. Peut-être pour participer au financement. Le deuxième point, c’est de bénéficier de toutes les autorisations nécessaires. » Des études environnementales, appelées « quatre saisons », ont débutées en septembre 2023, et elles nécessiteront 13 mois de travail. Et il faudra se montrer à la fois patient et prudent a indiqué Pierre Dartout : « Ce ne sont pas des opérations simples. Ce ne sont pas parce qu’elles sont souterraines qu’elles vont être validées facilement. J’ai déjà pris à deux reprises l’exemple des incidents et des problèmes pour le futur tunnel entre Lyon et Turin pour dire que ces opérations doivent être menées en respectant strictement les procédures environnementales et autres. Car, si on ne les respecte pas, on peut aller au tribunal administratif, et on perd du temps. » En tout cas, le contact est établi avec l’Etat français. Pendant l’été 2023, Pierre Dartout et Céline Caron-Dagioni ont rencontré à Paris le ministre français des transports, Clément Beaune. « Nous lui avons présenté le projet, a indiqué le ministre d’Etat. Et nous avons confirmé notre intention, pour aussi avoir la position du gouvernement français là-dessus. Nous sommes dans l’attente de ce rendez-vous. Je sais que du côté niçois aussi. […] Soyons bien conscients que nous avons absolument besoin de cette validation par la France, ne serait-ce que pour les autorisations dont on devra bénéficier », a expliqué Pierre Dartout, tout en se montrant relativement confiant : « C’est l’intérêt de la France, a-t-il jugé, parce que l’intérêt de la France, c’est quand même de conserver, et de conforter, un pôle emploi aussi important que celui de Monaco aujourd’hui. »

« Ce parking de 3 000 places n’est pas suffisant. Je pense qu’il faut que Monaco soit ambitieux et qu’on soit plus visionnaire que cela »

Nathalie Amoratti-Blanc. Conseillère nationale

« Saturation possible »

Vu l’ampleur de ce dossier et du chantier qui en découle, c’est bien sûr le calendrier qui inquiète les élus du Conseil national. Sur ce point, le ministre d’Etat n’a pas cherché à esquiver la question : « Je ne peux vous garantir ni la durée des préparations, ni des travaux. On est sur plusieurs années, c’est évident. Je ne sais pas si j’assisterai à l’inauguration. » Nathalie Amoratti-Blanc a alors demandé si ce chantier nécessiterait « plusieurs dizaines d’années », ce à quoi le ministre d’Etat a répondu : « Plusieurs dizaines d’années, peut-être pas. Si on a assez rapidement des validations de Paris, je ne pense pas que l’on puisse parler de « plusieurs dizaines d’années ». Pour le métro pour Nice, c’est autre chose [à ce sujet, lire notre article Bientôt un métro entre Nice et Monaco ?]. Cela doit être cohérent avec l’ensemble des mesures qui sont proposées par Céline Caron-Dagioni, dans le cadre du plan mobilité sur lequel elle-même et ses services ont travaillé de façon très approfondie. »

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Face à ces propos, le conseiller national Roland Mouflard n’a pas caché son scepticisme : « Je suis mal à l’aise avec l’idée de faire une cathédrale de béton pour stocker des voitures qui feront 90 % du chemin jusqu’à Monaco en polluant, et qui viendront s’y garer avec un impact carbone qui ne sera pas, je pense, très favorable. Alors qu’il existe déjà une infrastructure, le train, qui semble figée dans le temps, et pas améliorable, que ce soit dans la qualité des dessertes ou dans la qualité de cette infrastructure elle-même. C’est un chemin sur lequel il faudrait se battre plus, avec nos amis français. Car cette structure existe, elle est écologiquement responsable, et elle est déjà privilégiée par beaucoup de travailleurs. »

«Je ne peux vous garantir ni la durée des préparations, ni des travaux. On est sur plusieurs années, c’est évident. Je ne sais pas si j’assisterai à l’inauguration» 

Pierre Dartout. Ministre d’Etat

En réponse, le ministre d’Etat n’a pas nié que la solution présentée par le train restait de première importance pour la principauté : « Pour les trajets Monaco-Nice, Monaco-Menton, voire plus loin, le train est le meilleur véhicule. C’est plus écologique, c’est plus pratique. Mais il y a des contraintes, sur lesquelles nous avons attiré l’attention de l’Etat français, de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) et la SNCF, puisqu’aujourd’hui les choses ne sont pas totalement satisfaisantes. Mais il y a des pistes d’amélioration. Cette voie ferroviaire entre Nice et Monaco est indispensable, elle peut être améliorée, mais elle ne peut pas être la seule voie pour des raisons de saturation possible de l’acheminement des salariés de Nice vers Monaco. » Pas question de mettre tous ses œufs dans le même panier donc, mais sur le rail, il faudra aussi de la patience avant de pouvoir envisager une amélioration du trafic. Le déploiement de l’ERTMS, le système européen de gestion de trafic des trains, devrait permettre d’améliorer le cadencement des trains [à ce sujet, lire notre article Amélioration du cadencement SNCF : il faudra attendre 2027 et le système européen de gestion de trafic des trains]. Mais il faudra attendre 2027 pour voir l’ERTMS lancé dans les Alpes-Maritimes, et 2030 pour les Bouches-du-Rhône.

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