À les voir gambader sur l’Altiplano, ce constat semble presque miraculeux. Même sans la menace humaine, la nature ne facilite pas la tâche de ces animaux, que ce soit au travers de violentes intempéries ou de la prédation des insaisissables pumas. Ici, l’eau est souvent chargée de minéraux toxiques, et les arbustes salés semblent n’offrir que peu de nutriments. « Ils ont l’air mignons, mais ils sont résistants », explique Mika. « Nous en verrons beaucoup au cours de notre voyage. »
Deux jours plus tard, notre randonnée autour de la Laguna Negra s’avère être l’une des meilleures du voyage ; le paysage et de la faune y sont saisissants. Ce terrain humide nécessite de sauter sur de petits îlots spongieux, et nous permet d’apercevoir des foulques géantes, des ouettes de l’Orénoque et des sarcelles de puna. Devant nous, un affleurement rocheux semble sortir tout droit du Roi Lion.
« J’ai entendu dire qu’on a vu un chat des Andes là-haut », révèle Mika, sans quitter le promontoire des yeux. Ce félin au pelage épais et rayé est l’un des plus menacés d’Amérique ; il est rarement vu, et ses populations dans son habitat d’origine, les Hautes Andes, sont en déclin. « C’est un coin parfait pour eux ; ils ont beaucoup d’endroits pour se cacher et beaucoup de viscaches [un rongeur ressemblant à un lapin] qu’ils peuvent essayer de manger. »
Vu d’en haut, ce nouveau paysage ressemble à une vallée enveloppée par une épaisse brume. La réalité, cependant, est bien plus étonnante : il s’agit d’un ancien lac qui s’est asséché il y a plusieurs milliers d’années, ne laissant derrière lui qu’une épaisse croûte de sel caractéristique au-dessus d’une immense réserve de lithium. Les sommets des montagnes sont en réalité des îles, et la blancheur infinie de ce sublime espace, connu sous le nom de salar d’Uyuni, constitue la dernière étape du circuit d’Explora.
« Qu’en pensez-vous ? », me demande Mika, alors qu’elle prépare un pique-nique, installée sur le point de vue de Pukara Chillima, qui surplombe ce paysage singulier à flanc de montagne. Je n’ai pas vraiment de réponse à lui donner. Que penser de ce lieu presque mythique ? L’Amérique du Sud ne manque pas de paysages mondialement connus : le Christ Rédempteur au sommet du Corcovado à Rio de Janeiro, les ruines incas du Machu Picchu, les tours emblématiques du parc national Torres Del Paine au Chili, etc. Ces lieux sont définis par ce qu’ils possèdent, par leur géologie et leur iconographie, mais le plus grand salar du monde, quant à lui, est un grand vide, un lieu de privation.
Il est difficile de décrire toute l’étrangeté de sa surface : croûtée comme de la vieille neige, mais plus agressive, moins indulgente. L’adhérence du sel sur mes chaussures de randonnée est extraordinaire ; il détruit mes semelles. Par endroits, à la surface, le processus d’évaporation millénaire a laissé des crêtes hexagonales ressemblant à des dalles bien installées dans ce que l’on pourrait appeler le jardin le plus étrange de la planète.
Au salar d’Uyuni, les couchers de soleil sont un événement à ne pas manquer. Les ombres s’étirent sur le sol blanc, tellement immenses qu’elles pourraient appartenir à des créatures extraterrestres de 30 mètres de haut. Les derniers rayons du jour attrapent les petites crêtes et les agrandissent pour donner une image qui n’est pas sans rappeler la celle d’un kaléidoscope. Le dernier lodge d’Explora est installé tout près du salar, sur une presqu’île qui offre une vue imprenable sur cette terre d’ivoire inoubliable. La rive opposée du lac asséché se trouve à près de 130 mètres de là.
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