À chaque accident mortel de la route impliquant un conducteur âgé, le débat sur le permis à vie est relancé. La mise en examen d’un octogénaire à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), suspecté d’avoir tué deux piétons au volant de son 4 x 4 en l’espace de trois mois, pose à nouveau la question : faut-il mieux encadrer dans le temps le droit de conduire avec des contrôles médicaux obligatoires et de plus en plus fréquents à mesure que l’âge avance ? C’est ce que préconise la championne de France de tennis-fauteuil, Pauline Déroulède, amputée de sa jambe gauche en 2018 après avoir été fauchée par un conducteur de 90 ans.
L’automobiliste avait perdu le contrôle de son véhicule alors que la jeune femme, âgée de 28 ans, attendait une amie sur le trottoir. Depuis, elle milite pour un examen médical obligatoire tous les dix ans afin de vérifier si le conducteur est apte à prendre la route.
VIDÉO. Fauchée par un conducteur âgé, Pauline Déroulède se bat contre le permis « à vie »
Ce contrôle serait ensuite plus fréquent et passerait à cinq ans, à partir de 60 ans, puis aurait lieu tous les deux ans passé 70 ans. En cas d’inaptitude, le détendeur du permis n’aurait alors plus le droit de conduire. « Le drame de Saint-Malo met le doigt sur le fait que l’inaptitude au volant n’est pas une infraction en France, nous confie Pauline Déroulède, depuis l’Allemagne où elle vient de battre la 7e mondiale au tennis-fauteuil. Une réunion interministérielle sur la sécurité routière avec un volet sur l’aptitude à la conduite doit se tenir cet été et j’espère qu’il y aura des annonces. Pour l’instant, le gouvernement insiste sur la prévention, mais ce type de message a ses limites. »
Des tests déjà en place en Italie, en Espagne ou au Portugal
La revalidation administrative du permis de conduire existe déjà dans nombre de pays européens. En Italie, Irlande, Pays-Bas, Suisse, Espagne, des tests médicaux sont prévus selon des modalités qui varient mais deviennent plus fréquents avec l’âge. « Au Portugal, on revalide le permis à partir de 50 ans, puis 60 ans, 65 ans, et à partir de 70 ans, c’est tous les deux ans. À chaque fois, il faut présenter un certificat médical et c’est payant », raconte Antonia Fernandes, une résidente portugaise.
En France, les malaises (33 %), l’inattention (24 %) et les priorités (18 %) sont les facteurs les plus fréquents chez les conducteurs de 75 ans et plus présumés responsables d’accidents mortels en agglomération, entre 2020 et 2022. Pour autant, les seniors ne sont pas les plus dangereux : les statistiques montrent que les 18-24 ans sont ceux qui, globalement, causent le plus d’accidents mortels. Avec l’âge, on est aussi plus prudent sur la route, on rechigne à conduire la nuit ou quand la météo n’est pas bonne…
Fort de ce constat, l’association 40 Millions d’automobilistes considère que « la remise en cause automatique du droit à la conduite sur le seul fondement de l’âge serait injuste et inefficace ». Elle insiste sur le fait que les seniors ont besoin de conserver leur mobilité et leur indépendance, comme n’importe quel autre citoyen, et plaide pour que les conducteurs âgés soient invités à faire contrôler leur vue chez un opticien ou encore à tester leurs capacités et leurs connaissances des règles de conduite sur un simulateur en auto-école. Encourager plutôt que sanctionner.
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