Avec près de 2 000 libraires spécialisés en France dans le livre ancien, dans l’estampe, le dessin ou dans la photographie ancienne et des dizaines de milliers de collectionneurs, le marché du livre rare reste discret, feutré. Il n’a d’ailleurs pas encore fait l’objet d’étude économique en France mais il avoisinerait les 200 à 300 millions d’euros par an en termes de chiffres d’affaires, selon Jean-Marc Dechaud, le président du syndicat national de la libraire ancienne et moderne : « Le marché du livre rare en France reste très dynamique. Plutôt stable malgré l’émergence du numérique ces dernières années. La France reste, de nos jours encore, le grenier du monde en matière d’antiquités et de livres anciens. La France a produit énormément de livres depuis le XVIe siècle et demeure au premier plan en Europe et même dans le monde. » De rappeler le passé d’un pays qui « a toujours été celui des bibliophiles; les bibliothèques les plus raffinées ont été rassemblées sur notre territoire« .
Jean-Marc Dechaud : « La France reste le grenier du monde pour les livres »
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« C’est surtout une passion, le côté investissement reste très secondaire »
Les collectionneurs sont historiquement attachés à la valeur patrimoniale de leurs acquisitions. Ils se spécialisent dans des reliures, des manuscrits, des livres illustrés ou des dessins originaux. De la naissance de l’imprimerie jusqu’aux années 1980, avec actuellement une prédilection pour la littérature française des années 50 à 80, de Camus à Houellebecq. Rimbaud, Baudelaire ou Proust gardant la cote.
À l’exception de quelques ouvrages considérés comme extrêmement précieux et rares, ce marché de niche, modeste à échelle globale de celui de l’art, n’est pas du tout spéculatif. Malgré quelques ventes aux enchères très médiatiques comme pour la collection de Pierre Bergé. Fin 2018, la plus haute enchère de la quatrième vente concernant sa bibliothèque s’est ainsi élevée à 1 511 376 euros pour l’édition originale de Du côté de chez Swann, de Marcel Proust !
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Le passage à l’euro a fait augmenter les prix mais Jean-Marc Dechaud souligne que, « contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce n’est absolument pas réservé à une élite. Certains collectionneurs se contentent de livres d’une valeur inférieure à 150 euros, avec des raretés pas encore à la mode, et ils arrivent parfois à réaliser des collections tout à fait passionnantes. La collection permettant parfois de donner de l’intérêt à certains livres. »
Un regain d’intérêt pour les livres de sciences
Directeur du département Livres et manuscrits chez Christie’s, Adrien Legendre précise qu’il s’agit d' »un marché assez stable, voire en déclin par rapport aux grandes années des XIXe et XXe siècle car il y a peu d’investisseurs. Ce n’est pas vraiment un marché d’investissements à court ou moyen terme comme celui de l’art contemporain« . L’enseigne a d’ailleurs réduit son activité : « Le département a plutôt diminué pour des raisons de profitabilité. Je travaille dans une entreprise commerciale et notre département des livres à Paris, par exemple, l’an dernier, a fait un résultat de ventes au-delà des 8,5 millions d’euros quand cela se compte en dizaines de millions d’euros pour le département d’art contemporain. Un bon ami ancien directeur international de Christie’s à Londres me disait qu’à la fin des années 90 le département des livres était le plus important chez nous à l’international« .
Mais l’expert confirme le dynamisme du secteur : « Ce marché est très actif depuis presque des siècles. Des catalogues de bibliothèques du XVIIIe siècle se vendent encore aujourd’hui comme des objets de collection. Et il y a énormément de ventes en France et dans le monde. Nous en réalisons entre 3 et 9 par an, quand à Drouot, pendant la grande saison (octobre-novembre) et au printemps, il y a quasiment une vente aux enchères par semaine« . Adrien Legendre qui raconte le regain d’intérêt pour les livres de sciences ces quinze dernières années quand les classiques du théâtre du XVIIe siècle apparaissent davantage à la peine.
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La prochaine vente de collections chez Christie’s à Paris, au mois de novembre, une sélection de la bibliothèque de la famille Rothschild, est estimée à plus d’un million d’euros. Elle comprend les œuvres complètes de Corneille, un plan de Paris de Turgot en maroquin rouge et une édition originale des Fleurs du mal de Baudelaire. Tandis qu’aura lieu auparavant à Londres la vente événement de la collection du batteur des Rolling Stones, Charlie Watts. Avec notamment une première édition signée par Francis Scott Fitzgerald de Gatsby Le Magnifique, dont la valeur est estimée entre 230 000 et 350 000 euros, et des oeuvres rares d’Agatha Christie et d’Arthur Conan Doyle.
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