Polémique après l’éviction d’une journaliste à la Guadeloupe, écartée de l’antenne à la suite d’une interview de Jordan Bardella

De Paris à Haïti, en passant par la Martinique, l’écho est retentissant. Journaliste à Radio Caraïbes International (RCI), principale radio des Antilles françaises, Barbara Olivier-Zandronis s’est vu retirer la présentation des éditions du week-end du journal de 13 heures, juste après une interview tendue de Jordan Bardella, le président du Rassemblement national (RN), en visite sur l’île dans le cadre de sa campagne des européennes. L’échange entre la journaliste et le politicien s’est tendu au fil de l’interview, Jordan Bardella lui reprochant de « [l’]agresse[r] » et mettant en cause ses compétences journalistiques et son partisianisme, elle posant ses questions avec insistance, notamment sur ses propositions au Parlement européen.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Jordan Bardella aux Antilles, une visite en toute discrétion

Pour le directeur délégué de RCI Guadeloupe, Hervé de Haro, qui a réagi dès ce week-end : elle « n’a pas fait d’interview, elle a fait un débat politique ». Il se justifie auprès du Monde : « Nous n’étions pas dans le cadre d’une émission politique, ni d’un débat », ajoutant également que la journaliste avait pris ce poste il y a trois mois et avait manqué « de la technicité nécessaire pour présenter cette édition ». Au point d’aller présenter des excuses à M. Bardella, que ce dernier aurait d’ailleurs refusées.

Depuis, le débat enflamme l’archipel et au-delà, au point de faire intervenir M. De Haro sur sa propre antenne, ce lundi 11 décembre, afin de s’expliquer. En effet, la décision est questionnée de toute part, en particulier par de nombreux représentants de la presse, notamment dans l’Hexagone, qui ne voient rien à redire à la séquence, que la direction de RCI qualifie d’« opinion ».

« Il faut être sur place pour pouvoir juger »

« Pourtant, la journaliste ne fait que rappeler des faits au président du RN dans ses questions (…) le tout de façon sourcée », écrivent dans un communiqué le collectif Prenons la Une, qui milite pour la représentation de femmes dans la sphère médiatique, et l’Association des journalistes antiracistes et racisé·e·s, pendant que le journaliste Edwy Plenel, fondateur de Mediapart, répercutait une pétition de soutien. L’ampleur prise par la polémique à l’échelle nationale a toutefois laissé dubitatif les dirigeants de la radio. « Il faut être sur place pour pouvoir juger », souligne le directeur délégué de RCI, qui refuse aussi le procès politique d’une proximité idéologique de la station avec le RN.

Localement, la sphère journalistique bruisse, un peu gênée, sans trop afficher de soutien public, notamment chez les confrères de RCI de Mme Olivier-Zandronis (qui n’a pas été licenciée, et continue les reportages pour la station). D’aucuns soulignent sa proximité familiale avec la mouvance décoloniale et indépendantiste à l’œuvre à la Guadeloupe et dont les organisations politiques ont immédiatement apporté leur soutien à la journaliste. Car c’est d’abord de la sphère politique qu’est venu le débat : très vite après la révélation, des parlementaires de Guadeloupe ou représentants de parti, du Parti socialiste notamment, se sont indignés à grand renfort de communiqué de presse.

Il vous reste 20% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Crédit: Lien source

Les commentaires sont fermés.