« La pollution atmosphérique recule depuis plusieurs décennies. » Ce lundi matin, pas moins de trois ministres (Transition écologique, Transports, Professions de santé) martèleront ce message à l’occasion de la présentation à la presse des nouvelles données de la qualité de l’air pour 2022 dans les principales agglomérations françaises. Avec un chiffre qui claque comme une excellente nouvelle : la réduction a atteint 60 % pour les émissions de dioxyde d’azote (NO2) et 53 % pour les particules fines entre 2000 et 2021.
Les optimistes diront donc qu’on respire mieux aujourd’hui en France qu’il y a vingt ans. Mais les pessimistes rétorqueront qu’on est encore loin des standards exigés par l’Europe et l’Organisation mondiale de la santé. « La qualité de l’air s’améliore mais elle reste mauvaise », résume le directeur de l’association Respire, Tony Renucci.
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Selon un rapport du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa) publié mi-juin, « bien que la tendance des émissions nationales soit à la baisse, et que le nombre de points de mesure de la qualité de l’air en dépassement des valeurs limites ainsi que l’amplitude des dépassements soit également en baisse, des dépassements sont toujours constatés dans certaines agglomérations ».
Le Conseil d’État tape du poing sur la table
Le Citepa observe régulièrement des « pics de pollution » localement. Ces périodes où l’on respire un air vicié ont « régulièrement lieu en hiver et au printemps en termes de particules et au printemps et en été pour l’ozone ». « Les valeurs limites de concentration pour NO2 ne sont toujours pas respectées sur l’ensemble du territoire », ajoute le Citepa. En raison notamment du non-respect de ces valeurs limites de concentration, la Commission européenne avait lancé des procédures d’infraction à l’encontre de la France et la Cour de justice de l’UE l’a condamnée deux fois, d’abord en 2019 pour non-respect des valeurs limites de concentration du NO2, puis en 2022 pour non-respect de celles des PM10 (les particules fines).
Las de taper du poing sur la table, la plus haute juridiction administrative française a sorti l’artillerie lourde. « Après avoir ordonné à l’État, depuis 2017, de faire respecter les normes européennes, reprises en droit français, de qualité de l’air, le Conseil d’État le condamne aujourd’hui à payer deux nouvelles astreintes de 10 millions d’euros pour les deux périodes allant de juillet 2021 à janvier 2022 et de janvier à juillet 2022, écrivait l’instance le 22 octobre dernier. Si des améliorations dans la durée ont été constatées, les seuils limites de pollution au dioxyde d’azote — qui doivent être respectés depuis 2010 — restent dépassés dans plusieurs zones en France, notamment dans les agglomérations de Paris, Lyon et Marseille. À ce jour, les mesures prises par l’État ne garantissent pas que la qualité de l’air s’améliore de telle sorte que les seuils limites de pollution soient respectés dans les délais les plus courts possibles. »
40 000 morts par an
Santé publique France estime que la pollution de l’air aux particules fines est responsable de 40 000 décès prématurés par an en France. Le trafic routier à lui seul est responsable de 57 % des émissions d’oxyde d’azote et d’une part significative des émissions directes de particules fines. « L’État a mis en place plusieurs actions qui ont des effets concrets : le nombre de territoires ayant une concentration excessive en oxydes d’azote, de 24 en 2000, est passé à 11 en 2018 et 9 aujourd’hui », se réjouissent les élus signataires d’un rapport remis ce lundi au ministre de l’Écologie et consacré aux zones à faibles émissions (ZFE).
Aujourd’hui, 11 territoires urbains ont mis en place ces ZFE dans lesquelles les véhicules les plus polluants sont censés être progressivement interdits pour y améliorer la qualité de l’air. Le 31 décembre 2024, les ZFE pourraient être au nombre de 43. Sauf que la mise en place de ces ZFE traîne en longueur et que beaucoup y voient une « usine à gaz ». « On reste sur des niveaux très élevés de pollution et il ne faudrait pas prendre le prétexte d’une baisse globale des émissions pour enterrer le principe des zones à faibles émissions », avertit Tony Renucci.
25 propositions pour les zones à faibles émissions
« L’acceptabilité sociale des ZFE est une question cruciale si on ne veut pas une crise des Gilets jaunes bis, souligne de son côté le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc. C’est pourquoi nous avons souhaité faire des propositions au gouvernement pour que l’atterrissage des ZFE soit meilleur que leur décollage. »
C’est en tant que premier vice-président de France urbaine (une organisation française représentant l’ensemble des métropoles, communautés d’agglomération et grandes villes de France) que l’élu a signé avec d’autres collègues ce rapport ponctué de 25 propositions remis au gouvernement, et que nous avons pu consulter. Les élus y suggèrent notamment de « doubler les aides de l’État, à savoir le bonus écologique et surtout la prime à la conversion, qui concerne les ménages modestes », pour que les automobilistes puissent troquer leur guimbarde contre une voiture moins polluante.
Ils suggèrent aussi de faire évoluer la vignette Crit’Air afin que soit prise en compte la réalité des émissions de gaz à effets de serre et pas uniquement l’âge du véhicule. « D’autres paramètres, tels que l’entretien, le contrôle technique ou l’installation de boîtiers bioéthanol, sont également à intégrer dans ces nouvelles définitions », plaident les élus locaux. Ils voudraient enfin que soient instaurées des dérogations « petit rouleur » pour « des publics souvent âgés, n’utilisant que très rarement une voiture parfois ancienne mais l’entretenant précautionneusement et ne contribuant ainsi que très faiblement aux émissions ».
« Il n’y a rien sur le calendrier qu’il faudrait unifier pour toutes les métropoles par souci de lisibilité, pointe Tony Renucci, rien sur la façon de réviser les vignettes Crit’Air en intégrant la masse du véhicule… Tout ce qu’on propose dans notre livre blanc. »
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