Pour affronter le réchauffement climatique, ce pays d’Afrique injecte de l’écologie dans ses villes – Edition du soir Ouest-France
Porto-Novo, la capitale du Bénin, a lancé un programme de réhabilitation des quartiers populaires qui bordent sa lagune. Il s’appuie sur le premier plan d’urbanisme du pays à intégrer les changements climatiques. Reportage.
« Comme quoi, l’arbre a toujours sa valeur. C’est indéniable », souffle Daniel Hounkpevi, profitant de l’ombre pour se protéger du soleil qui tape fort sur le Bénin avant la saison des pluies. L’urbaniste coordonne le projet « Porto-Novo, ville verte », dont les travaux viennent de s’achever. Ce programme d’aménagements visait à réhabiliter une partie des berges de la lagune qui borde la capitale officielle du pays.
Les problèmes de succession et le manque d’attractivité du centre-ville ont notamment favorisé l’étalement urbain de la cité de plus de 260 000 âmes, qui vit dans l’ombre de sa voisine Cotonou, véritable cœur économique du Bénin. Au bord de l’eau, dans les quartiers populaires, des maisons sommaires poussent ici et là, sans assainissement et à la merci des inondations. Pêcheurs, maraîchers et vendeuses de rue se côtoient. Tous ont encore en mémoire la crue de 2010. « Les populations se retrouvaient inondées lors des fortes pluies parce que ces quartiers étaient sans voirie. Les services techniques étaient obligés de pomper l’eau à chaque fois, se souvient l’administrateur de la Ville. Le conseil municipal s’est demandé comment apporter une solution pour ces gens et comment les reconnecter à la ville. »
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« Rendre les habitants moins vulnérables »
Afin de construire sa réponse, la collectivité locale invite en 2010 les ateliers de maîtrise d’œuvre urbaine de Cergy-Pontoise, une association spécialisée, à plancher sur la question. Émerge alors l’objectif de valoriser plus largement cette berge lagunaire, en améliorant le cadre de vie des habitants, tout en préparant ce territoire au réchauffement climatique. Ce dernier annonce une multiplication des épisodes de fortes pluies. « C’est souvent compliqué d’apprécier le changement climatique localement. Avec une étude de vulnérabilité, nous avons cartographié toute la zone inondable et fait des simulations avec les données du Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] », détaille Daniel Hounkpevi. « L’idée n’est pas d’empêcher les inondations, mais de rendre les habitants moins vulnérables », complète Alice Dalaut, qui suit le dossier pour l’Agence française de développement (AFD), le principal financeur.
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Dans la foulée, un plan directeur de développement urbain durable est établi pour servir d’ossature aux aménagements. « C’est le premier au Bénin à prendre en compte le réchauffement climatique. Quatre autres sont en cours de validation », explique la chargée de projets.
Une gestation compliquée
La gestation du dossier n’a pas été un long fleuve tranquille. Il a failli être enterré lors d’un changement de majorité à la mairie, puis sacrifié au profit de la construction d’une rocade. Il a aussi fallu partir pratiquement de zéro. « L’idée était de fleurir, de planter des arbres. Nous nous sommes rendu compte que la mairie de Porto-Novo n’avait pas de pépinière », indique Alice Dalaut.
Mais neuf ans après la signature des financements, lors de la Cop21, à Paris, en 2015, la transformation est désormais palpable. Élément le plus visible des travaux, une promenade a été érigée sur trois kilomètres, reliant les différents quartiers et matérialisant une limite au-delà de laquelle il ne faut plus construire. Certaines portions sont montées sur pilotis, d’autres sur caissons flottants. Quelques passages traversent des zones à la végétation luxuriante, où des maraîchers ont également bénéficié d’un coup de pouce pour continuer de cultiver de petites parcelles.
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Un peu plus en amont, en direction du centre-ville, plusieurs rues et places ont été intégrées dans la refonte. Les chaussées ont été assainies et pavées et les façades des maisons rénovées (lire ci-dessous). « Quand il pleuvait, tous les déchets d’en haut arrivaient jusque devant chez nous. Les ordures, tout. On ne pouvait même pas venir jusqu’ici avec un véhicule. Nous avons reçu ce quartier de nos ancêtres et ce projet nous a permis de le remettre en état. Il est devenu beau, présentable », salue le chef du quartier d’Akron Joseph Akowé. De l’autre côté de la rue, Mathieu Houessou, maraîcher, apprécie aussi le changement : « Avant, mes clients ne supportaient pas, à cause des odeurs et de la boue. Aujourd’hui, ils peuvent arriver facilement. »
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Pour Daniel Hounkpevi, Porto-Novo, ville verte n’est qu’un point de départ vers une nouvelle façon de penser la ville et l’environnement au Bénin. « Je suis tombé amoureux de cette nature, confie-t-il. La promenade pourrait aller jusqu’à 10 km, vu le succès et l’intérêt de la population. C’est le prochain défi pour la ville. »
« C’était complètement délabré. Ça ne ressemblait à rien du tout »
À Porto-Novo, le vaudou n’est jamais bien loin. Dans son abri fraîchement repeint, le masque effrayant d’un Zangbéto, gardien de nuit, veille sur la place qui abrite aussi le temple d’Avessan, berceau de la ville en forme de termitière. La légende relie ce site historique à l’arrivée des Yorubas au Bénin. La Reine mère se serait mise à l’abri derrière le monticule, pour donner naissance à neuf enfants.
Une ambition touristique
Pour sa proximité avec la lagune, l’endroit fait partie des seize places qui ont été rénovées dans le cadre du projet Porto-Novo, ville verte. Dans une dominante de tons terra cotta, le carrefour illustre la façon dont la municipalité entend moderniser la cité, tout en misant sur son histoire. « Elle a l’espoir d’attirer les touristes de la région et notamment les Nigérians », explique Alice Dalaut, chargée de projets urbains, à l’Agence française de développement.
Des aménagements concertés
Pour offrir un coup de neuf aux axes adjacents au plan d’eau, la collectivité a fait appel au centre culturel Ouadada, pour son savoir-faire en matière de patrimoine et de médiation. « Quand on arrive et qu’on remet des sous, le crieur public passe l’information. On fait des réunions pour présenter le projet. Si les habitants sont d’accord, on se promène ensemble sur le site. Chacun fait des petites demandes », décrit Gérard Bassalé, directeur du centre et expert de la culture vaudoue. Un banc, des toilettes, un mur, un portail, les riverains exposent leurs envies. « On produit un dossier technique avec les photos de chaque façade. Une fois qu’on est d’accord, on lance les travaux et ça va très vite. »
Pour le côté esthétique, Ouadada a fait appel à des artistes, missionnés pour réaliser des bas-reliefs sur les façades. Les scènes représentent la légende de la naissance de Porto-Novo. Ici encore, chaque détail a été discuté.
Pour Gérard Bassalé, cette méthodologie a permis d’obtenir l’approbation de la population. Il en veut pour preuve les nombreuses interpellations des passants. « Je ne suis pas politicien, mais les gens viennent nous saluer parce qu’ils sont contents, avance-t-il. C’était délabré complètement. Ça ne ressemblait à rien du tout ».
Ce travail doit désormais se poursuivre dans la vieille ville. Ouadada a identifié une quarantaine de places d’intérêt pour la culture Vaudou.
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