À défaut d’un traitement efficace, porter un regard bienveillant sur la maladie d’Alzheimer reste probablement l’une des actions les plus efficaces. Sensibiliser par tous les moyens sur ce mal qui vient bouleverser la vie du malade mais également celle de toute une famille s’avère une façon d’agir que l’Association Monégasque pour la recherche sur la maladie d’Alzheimer (AMPA), fidèle partenaire du CHPG, a compris depuis longtemps.
24 patients
Depuis 2009, et malgré la crise sanitaire, elle n’a manqué aucun rendez-vous. À savoir participer d’une manière ou d’une autre à la Journée mondiale contre la maladie d’Alzheimer qui se tient tous les ans le 21 septembre. Ce jeudi, grâce à divers partenariats dont celui mené avec le CHPG et l’ACM, deux événements inédits ont pu être menés à destination des patients, en plus de deux événements dédiés au grand public.
Pour les patients, il s’agissait d’abord d’une sortie hors les murs de leur lieu de soin en devenant passager d’une voiture ancienne prêtée par l’Automobile club de Monaco. Ainsi, 24 d’entre eux ont pu embarquer dans des véhicules de collection grâce à la mobilisation de membres de la Commission des Voitures de Collection de l’ACM.
« Nous avons voulu sortir les patients de leur quotidien et les rendre aussi acteur de cette journée, indique Solange, soignante, et à la tête de cette initiative menée en équipe. L’idée c’était qu’ils sortent et qu’ils vivent aussi un projet de réminiscence autour de leurs souvenirs à Monaco. » Quoi de mieux que de faire le tour de la Principauté en voiture en parcourant des lieux emblématiques comme le Casino, l’avenue d’Ostende, le Palais ou encore le marché de la Condamine et le port Hercule…
La réminiscence
« Même lorsque l’on a des troubles de la mémoire, lorsqu’on allume les souvenirs d’enfance et d’adolescence, ça marche tout de suite, reprend Solange. Ils nous racontent alors de belles histoires et de beaux moments. »
Des échanges qui participent obligatoirement au bien-être. « Ce n’est pas juste un petit tour en voiture par hasard. Il y a eu de magnifiques échanges entre le pilote et le patient. Avec le soignant aussi lorsqu’il était là et avec lequel une complicité plus forte s’est nouée. Les pilotes étaient très heureux. Le plaisir a été largement partagé. Pour nos patients, il s’agit de moments privilégiés, seuls avec une personne extérieure au service, ce qui favorise aussi l’échange. Pour eux, ce fut un moment exceptionnel. Leur retour est très positif. Ils ont pu revivre un peu de leur vie professionnelle comme un morceau de leur enfance. »
Les soignants pensent à la suite de cette belle expérience et veulent poursuivre ce travail autour de ces souvenirs vécus à Monaco par leurs patients. « C’est finalement quelque chose que nous pouvons aborder avec eux et qui les fera travailler avec plaisir. »
Cette initiative sera sans aucun doute renouvelée l’an prochain. C’est en tout cas le souhait de tous, à commencer par les patients eux-mêmes.
La musique vient toujours chercher une part intacte du malade
Dès les premières notes, la colère et les cris se sont transformés en chant. Claire Oppert, violoncelliste de renom, intervenait hier auprès des patients du Centre Rainier III. Alors qu’elle faisait face à une dame assez irritée, cette dernière s’est rapidement apaisée au son du violoncelle. Musicothérapeute et auteure d’ouvrages sur le soin par la musique, Claire Oppert est habituée à ces situations. Et reste toujours aussi émerveillée et en joie de les vivre.
« Ce matin, [jeudi, ndlr], comme toujours, de façon miraculeuse, la musique est venue chercher chez les gens atteints de démence ce qui reste préservé en eux. La musique sait faire révéler ce qui est intact en nous. » Au fil des morceaux joués, certains ont dansé avec les mains ou les pieds, ou bien chanté. « Et il y a ceux dont le visage s’est tout simplement adouci et ceux qui ont souri. J’avais à peine commencé que les yeux se sont mis à briller, et l’attention s’est portée sur les notes. L’ambiance de la pièce à vivre s’est transformée. Une atmosphère douce et enjouée nous a alors entourés. »
Claire Oppert s’est également rendue auprès de quatre patients dans leur chambre. « Un moment également très fort pour chacun, différent de ceux où nous sommes tous ensemble. » Un moment privilégié, qui ne guérit pas, quoique, mais surtout qui apaise.
Heureuse d’intervenir à Monaco, « car j’ai rencontré des équipes très centrées sur leurs patients », Claire Oppert en est convaincue, car elle le vit au quotidien depuis plus de vingt-cinq ans, la musique joue un rôle fondamental dans le soin des maladies cognitives. « Lorsque la musique résonne, il y a des connexions qui se font. La musique a une force transformatrice. Quand elle résonne, elle vient chercher une part intacte de la personne malade. Cela reste très beau. » Et indéniablement participe également au bien-être.
Pour le grand public
En plus des mini-concerts donnés aux patients ce jeudi matin, Claire Oppert a donné un concert qui se voulait un concert-conférence ce jeudi soir au Théâtre des Muses. L’autre événement à destination du grand public avait été donné la veille. Mercredi soir, dans l’amphithéâtre Lou Clapas qui s’est avéré complet, une conférence a abordé les actualités les plus récentes concernant la prévention de la maladie d’Alzheimer, les méthodes de stimulation du cerveau, et l’état actuel de la prise en charge médicamenteuse en 2023. Parmi les intervenants, il fallait noter la présence de Sandrine Louchart de La Chapelle, chef du service de gériatrie du CRIII aux côtés d’autres experts du CRIII.
« Une expérience très forte »
Frédéric, membre de l’Automobile Club de Monaco, pour la section des voitures anciennes, a participé à la journée d’hier. Il garde un souvenir émouvant du rallye. « Il est bien de temps en temps d’arrêter de se regarder le nombril et de faire quelque chose pour rendre les gens heureux. Cette journée m’a beaucoup secoué. J’ai vécu la maladie avec ma mère alors forcément j’ai eu l’impression de repasser une heure avec elle. Mais avant tout, ce qui a été génial, c’est de voir leurs sourires et de voir comment cette initiative leur a donné matière à parler. Mes passagers ont parfois évoqué des choses d’une précision incroyable sur les anciens commerces de Monaco par exemple. Il y a eu des vrais échanges, très beaux… Nous n’étions pas de simples chauffeurs! »
Les commentaires sont fermés.