Publié le 2 janv. 2024 à 10:10Mis à jour le 2 janv. 2024 à 10:11
Le nouveau plan « Ecophyto 2030 », actuellement en consultation auprès des parties prenantes, permettra-t-il d’inverser la tendance ? Constatant l’échec des plans successifs « Ecophyto » de réduction des pesticides en France, un rapport parlementaire publié il y a quelques jours souligne « l’impuissance publique » en la matière, et déplore l’incohérence des politiques menées depuis quinze ans.
« Ecophyto est comme un véhicule qui roulerait sur une route sans radar, avec un tableau de bord défectueux. Un véhicule sans pilote dont les passagers feraient de la destination même un sujet de controverse », écrivent ses auteurs.
Echec collectif
Lancée à l’initiative des députés socialistes, la commission d’enquête constate que les indicateurs d’utilisation des pesticides sont globalement au même niveau qu’en 2009. « Les seules avancées observées sont liées au retrait des molécules les plus dangereuses », mais ces retraits ne sont « pas dus à la dynamique Ecophyto », indique-t-elle dans son rapport.
Alors que le premier plan Ecophyto, lancé en 2008, s’était fixé pour objectif une réduction de 50 % en dix ans, un but ensuite reporté à 2025, la France est très loin du compte. Selon les derniers chiffres disponibles du ministère de l’Agriculture, le « nombre de doses unités », ou Nodu, qui mesure l’utilisation de produits phytopharmaceutiques dans l’Hexagone, s’est élevé à 89,4 millions d’hectares en 2022, alors qu’il était de 82 millions en 2009.
Un « échec collectif » que la commission d’enquête explique par toute une série de facteurs. Relevant une « certaine défiance » à l’égard de l’expertise scientifique, elle souligne l’insuffisance des ressources allouées aux agences sanitaires qui délivrent les autorisations (l’Anses en France ou l’Efsa au niveau européen).
Si elle salue la recherche publique menée par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), l’Anses ou des instituts techniques, qu’elle qualifie de « grande réussite de cette dernière décennie », la commission déplore un manque de coordination entre ces acteurs et un défaut de ciblage des programmes de recherche.
Elle regrette enfin l’échec du pilotage interministériel de la gestion des fonds alloués aux plans Ecophyto, soulignant « le manque d’impulsion de la part de Matignon » et l’« absence de pilotage opérationnel de cette politique ». Elle évoque, par exemple, le réseau des fermes Dephy, précisément créé comme laboratoire d’une agriculture sans pesticides : « Il paraît incompréhensible que les pouvoirs publics aient décidé d’amputer d’un tiers leurs moyens », avance-t-elle.
Sans oublier les freins liés au marché : les agriculteurs français sont victimes de concurrence déloyale, car nos voisins européens ne sont pas soumis aux mêmes règles sanitaires, souligne la commission d’enquête. Le rejet il y a un mois, par le Parlement européen, d’un texte clé sur le sujet n’arrangera pas les choses.
Enjeux pour la santé humaine
Appelant à ce que ces écueils soient évités dans le nouveau plan « Ecophyto 2030 », le rapport en rappelle aussi les enjeux pour l’environnement et la santé humaine. La pollution chimique est le troisième facteur responsable du déclin de la biodiversité animale et végétale.
Les études ont par ailleurs établi des présomptions de liens avec la maladie de Parkinson, certains troubles cognitifs, la maladie d’Alzheimer, les lymphomes non hodgkiniens et le cancer de la prostate, et, pour les enfants, avec certaines leucémies, des tumeurs du système nerveux central, mais également des troubles du développement neuropsychologique et moteur, rappelle le rapport. Des impacts dont les agriculteurs sont les premières victimes.
Enfin, les auteurs insistent sur un sujet qui commence à devenir sensible avec le réchauffement climatique : la contamination des aires de captages d’eau – une ressource appelée à se raréfier. Entre 1980 et 2019, 4.300 captages ont ainsi dû être fermés pour cause de pollution, principalement aux nitrates et aux pesticides, entraînant un coût de traitement pour rendre l’eau potable compris entre 500 millions et 1 milliard d’euros par an.
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