Pourquoi la marche contre le report du scrutin a-t-elle été annulée ?

Les autorités sénégalaises ont interdit une grande marche prévue ce mardi à Dakar, poussant les organisateurs à remettre cette manifestation contre le report de dernière minute de la présidentielle à une date ultérieure. Le report de cette présidentielle et la prolongation du mandat du chef de l’Etat Macky Sall sont d’ailleurs l’objet d’un vaste mouvement d’indignation. Bref, le Sénégal s’enfonce toujours plus dans la crise et c’est le moment pour 20 Minutes de vous faire un point.

C’est quoi le problème avec cette marche prévue à Dakar ?

Le tout frais collectif Aar Sunu Election (« Protégeons notre élection »), qui revendique plusieurs dizaines d’organisations syndicales et de groupes citoyens et religieux, a appelé les Sénégalais à se rassembler massivement pour une marche silencieuse dans l’après-midi près du centre de Dakar. La préfecture a cependant interdit la manifestation parce qu’elle « risquait de perturber gravement » la circulation, selon une lettre reçue par des représentants du collectif. « La marche a été interdite. C’est un problème d’itinéraire. Donc nous allons changer cela », a réagi dans la foulée Malick Diop, un coordinateur du collectif, qui a décidé de tenter d’organiser la marche samedi.

En milieu d’après-midi, dans le quartier où était prévue la manifestation, un journaliste de l’AFP a constaté une forte présence policière, mais pas de manifestants.

Dans quel contexte survient cette interdiction ?

Le Sénégal est en proie à l’une de ses plus graves crises politiques des dernières décennies depuis que le président Macky Sall a annoncé le report de la présidentielle le 3 février, à trois semaines de l’échéance. L’Assemblée nationale a ensuite entériné le renvoi de l’élection au 15 décembre et le maintien du président Sall à son poste jusqu’à la prise de fonctions de son successeur, a priori donc début 2025.

Ce changement in extremis dans un pays vanté pour sa stabilité et ses pratiques démocratiques, a provoqué des cris de « coup d’Etat constitutionnel ». Vendredi et samedi, des manifestations réprimées par les forces de sécurité ont fait trois morts, de nombreux blessés et provoqué d’importants dégâts matériels.

Internet a-t-il vraiment été suspendu ?

L’internet sur les mobiles a bel et bien été suspendu mardi. « En raison de la diffusion sur les réseaux sociaux de plusieurs messages haineux subversifs qui ont déjà provoqué des manifestations violentes, (…) l’internet des données mobiles est suspendu », a indiqué dans un communiqué le ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique. L’accès aux données mobiles avait déjà été bloqué il y a huit jours pour être rétabli mercredi.

Quelles sont les réactions ?

La réponse des autorités aux récentes tentatives de mobilisation, l’usage de la force, les arrestations, les mauvais traitements subis par un certain nombre de journalistes selon les organisations de presse, la suspension de l’internet des données mobiles et la coupure pendant quelques jours du signal d’une télévision critique du pouvoir ont attiré de nouvelles critiques envers le Sénégal. La France a appelé les autorités « à faire un usage proportionné de la force », et a réitéré « son appel aux autorités à organiser l’élection présidentielle le plus rapidement possible (…) et à garantir les libertés publiques ».

Les Etats-Unis ont, quant à eux, exhorté le Sénégal à « respecter pleinement » le droit de manifester et de s’exprimer, dans un message de leur ambassade. Amnesty International a, pour sa part, exigé des autorités une enquête « rapide, minutieuse, indépendante, impartiale, transparente et efficace sur le recours à l’usage mortel de la force contre les manifestants ». De son côté, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a dénoncé un « recours inutile et disproportionné à la force contre les manifestants et des restrictions de l’espace civique ». Il a réclamé des enquêtes rapides et indépendantes.

« Nous sommes (…) très inquiets de la situation au Sénégal. Il est d’abord extrêmement important que le droit de tous les Sénégalais à manifester pacifiquement soit respecté, que les forces de l’ordre respectent ce droit et ne fassent pas un usage meurtrier de la force », a déclaré le porte-parole du secrétaire général de l’ONU Stéphane Dujarric, réclamant une résolution de la situation par des « moyens constitutionnels ».

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A noter également que les recherches pour les vols internationaux vers le pays ont diminué de 17 % lors de la semaine du 2 au 8 février par rapport à la semaine précédente, note aussi la société spécialisée dans les données aériennes ForwardKeys. Quant à Macky Sall, il a affirmé ce lundi sa volonté « d’apaisement et de réconciliation » et a proposé un dialogue au reste de la classe politique. De nombreux médias ont évoqué la possibilité d’une amnistie dont pourraient bénéficier les prisonniers.

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