Présidentielle au Sénégal, l’opposition en ordre de bataille – 21/03/2024 à 12:46

par Bate Felix

Les Sénégalais sont appelés
aux urnes dimanche après que le scrutin présidentiel a été
repoussé par le président Macky Sall, plongeant le pays dans une
crise politique dont entend profiter l’opposition.

Le soutien à Macky Sall, qui ne se représentera pas à
l’issue de son deuxième mandat à la tête de l’une des
démocraties les plus stables d’Europe de l’Ouest, s’est érodé au
sein de la population sénégalaise.

Amadou Ba, 62 ans, a été désigné candidat par la coalition
au pouvoir. Cet ancien Premier ministre et ministre des Finances
devrait poursuivre les politiques favorables aux investisseurs
alors que le pays s’apprête à devenir un pays producteur de
pétrole et de gaz d’ici la fin de l’année.

Amadou Ba est toutefois confronté à une pléthore de
candidats, à commencer par Bassirou Domaye Faye, candidat
indépendant, proche allié de l’opposant Ousmane Sonko.

Les deux hommes ont été libérés de prison la semaine
dernière après une amnistie voulue par le président Macky Sall
pour apaiser les tensions politiques.

Ousmane Sonko, figure populaire auprès d’une jeunesse
sénégalaise qui se plaint du manque de travail et d’une économie
en berne, a terminé à la troisième place de l’élection
présidentielle sénégalaise en 2019 avant d’être disqualifié.

Des membres du Pastef, le parti d’Ousmane Sonko dont la
dissolution a été annoncée l’été dernier, et d’autres partis ont
formé une coalition et ont choisi Bassirou Diomaye Faye comme
candidat au mois de novembre, après la disqualification
d’Ousmane Sonko en raison d’une condamnation pour diffamation.

« L’opposition a certainement gagné du terrain après la
libération de Faye et Sonko », juge Mucahid Durmaz, analyste chez
Verisk Maplecroft et spécialiste de l’Afrique de l’Ouest. « Le
charisme et le courage de Sonko nourrissent la campagne de
Faye. »

Aucun sondage d’opinion n’est effectué au Sénégal, mais il
n’est pas certain qu’un candidat parvienne à atteindre la
majorité absolue au premier tour.

Bassirou Diomaye Faye a mené campagne en promettant de
combattre les inégalités et la corruption, en proposant des
réformes monétaires et institutionnelles et en renégociant les
contrats miniers, pétroliers et gaziers.

Une victoire de Bassirou Diomaye Faye verrait l’Etat peser
plus dans les secteurs de l’économie et des ressources, selon
Mucahid Durmaz qui ajoute qu’un rythme lent des réformes
pourrait cependant ternir la réputation du Sénégal en matière
d’investissements.

DES MOIS DE TENSIONS

Parmi les 19 candidats à la présidentielle figurent l’ancien
maire de Dakar, Khalifa Sall, et un vétéran de la politique
sénégalaise Idrissa Seck, dauphin de Macky Sall en 2019.

Initialement prévue le 25 février, le scrutin présidentiel,
a été repoussé par le président Macky Sall, trois semaines avant
l’échéance, arguant de soupçons de corruption au sein du Conseil
constitutionnel, qui a rejeté ces accusations.

Le report de l’élection présidentielle a attisé les tensions
dans un pays où 60% de la population a moins de 25 ans et qui
attend du prochain président qu’il restaure la confiance avec le
peuple et s’attaque aux problèmes d’inégalités.

« La vie est très chère, il n’y a pas de travail, et au vu de
nos ressources, il devrait y avoir une meilleure redistribution
des richesses pour que ce soit plus équitable », déclare
Mouhamadou Diallo, 25 ans, ingénieur en télécommunications.

« Il y a des immeubles à tous les coins de rue mais je ne
peux pas m’offrir un logement, ni même un lopin de terre. Cette
réalité crée des frustrations qui s’accumulent avec le temps »,
ajoute-t-il.

(Reportage de Bate Felix et Ngouda Dione; version française
Zhifan Liu, édité par Sophie Louet)

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