« Après quatre années d’instruction, le dossier, encore aujourd’hui, ne repose que sur le fantasme d’un bar à hôtesses. »
Vendredi matin, au terme de trois jours d’un procès de proxénétisme à Monaco, qui s’est cristallisé autour du restaurant-club du Sass’ Café, les ultimes plaidoiries sont revenues à Mes Charles Lécuyer puis Antoine Vey, les avocats de la SARL éponyme et du propriétaire de cette institution de l’avenue Princesse-Grace, Samuel T. alias Samy.
Face aux accusations d’instauration d’une « politique institutionnalisée » pour tirer parti et profit de la présence des prostituées fréquentant les lieux, leurs deux conseils ont plaidé la relaxe avec une lecture tout autre du dossier.
« Ils se devaient de gérer leur présence »
Il s’agissait, selon eux, de « réguler négativement » leur nombre pour éviter les « débordements de la prostitution » et, de fait, que cela nuise à la renommée d’un établissement fréquenté par une clientèle hétéroclite. Notamment avec un tri sélectif, « comme pour chaque client », ainsi que la mise en place d’une mention « T » dans le logiciel de réservation et d’attribution des tables, destinée à identifier une vingtaine de « Travailleuses » au sein d’une base clients de plus de 20 000 personnes.
Un point longuement abordé lors des débats et cité par le substitut du procureur Valérie Sagné avant de requérir, ce jeudi, 12 mois de prison ferme à l’encontre de son dirigeant(1) et 200.000e d’amende pour la SARL Sass’ Café. « Je pense que la preuve a été apportée que ce logiciel ne permettait pas de favoriser ou de gagner plus de subsides. Il n’existait pas de comptabilité pour savoir combien consommait telle prostituée, alors que c’était le cas pour les clients lambda avec la mention spender« , martèle Me Antoine Vey, ténor du barreau parisien.
Quant à cette réputation notoire de « bar à hôtesses », Me Vey la balaie: « À cause de la configuration du Sass’ sur la voie publique, les prostituées se mettaient devant, espérant pouvoir travailler grâce à la notoriété de l’établissement. Sur place, ils se devaient de gérer leur présence physique puisque celles-ci ne sont pas interdites d’exercer en Principauté. Alors, ils appelaient parfois la Sûreté pour les aider. Mais jamais le Sass’ n’a souhaité ou n’a eu besoin d’avoir des prostituées (…) Il n’était pas, pour autant, envisagé de leur interdire l’accès et de les discriminer ».
Depuis l’éclatement de l’affaire, c’est désormais le cas.
« Une ambiguïté »
Alors que le proxénétisme hôtelier est prohibé en France, la tolérance de la prostitution à Monaco entretiendrait, selon plusieurs avocats de la défense, « ambiguïté » et « confusion ». Un phénomène qui, toujours selon eux, concernerait d’autres établissements de nuit du pays. « Tolérance de la prostitution et proxénétisme sont deux choses différentes », avait insisté Valérie Sagné pour le ministère public.
« Je vais donner un conseil au gouvernement : interdisez la prostitution à Monaco ! Ce serait tellement plus simple. Sinon, on met tout le monde dans la nasse », fulmine Me Christian Di Pinto, avocat au barreau de Nice.
Son client, l’ex-physionomiste du Sass’, fait partie de ces « comportements individuels, isolés, occultes » pointés du doigt par l’avocat du propriétaire de l’établissement. Konan Thierry D. avait outrepassé ses fonctions en trouvant plusieurs fois des prostituées pour des clients du Sass’, allant même jusqu’à les conduire au domicile du client VIP « Barry » ou dans des hôtels du pays.
« Mon client, c’est un peu le benêt de ce dossier. Il sait qu’il a déconné et reconnaît les faits. Mais il n’a jamais pris un droit d’entrée! Cela, c’est une invention. Il n’a jamais fait le proxénète, tel qu’on peut le voir dans les films, soutient Me Di Pinto, le seul à ne pas réclamer une relaxe. Il a voulu être gentil. Et c’est un gentil garçon. Il reprend tout à zéro et ne veut plus entendre parler de Monaco. »
Dans ce dossier, il y avait aussi Assia. A, hôtesse d’accueil, qui avait perçu 4.600 euros répartis en 15 virements opérés par des prostituées, devenues des amies et confidentes au fil des années. Des cadeaux pour des événements familiaux (mariage et naissance), selon elle.
Décision le 14 mai
Les juges, qui ont commencé à délibérer dans la foulée du procès, rendront leur décision le 14 mai.
Ce jour-là, le verdict concernera aussi trois autres prévenus sans lien professionnel avec le Sass’ Café: une propriétaire russe qui avait loué deux appartements aux escorts à Beausoleil; l’homme à tout faire de Barry qui avait déniché, véhiculé et payé des filles pour son compte et, enfin, un trafiquant de drogue et « concierge » auprès de la communauté brésilienne s’adonnant à la prostitution.
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