A distance, les gérants de camping repèrent très vite les primo-campeurs – ceux qui ont la tente mais ont oublié le maillet. Chez les autres, il ne manque rien. On pourrait voir dans le camping une parenthèse informelle loin de la vie quotidienne structurée ; c’est tout l’inverse, le triomphe de l’organisation.
Dans la famille Campeur, chacun sait tacitement ce qu’il a à faire. Celui qui tend. Celui qui déroule. Celui qui gonfle. « Finalement, la seule improvisation du camping, c’est le lieu », constate Aymeric de Rorthays, directeur général d’Au Vieux Campeur, l’enseigne culte des randonneurs. « Il n’y a pas de “on arrive et on pose tout en vrac”. Le camping, c’est l’ordre dans le désordre », observe-t-il. Jusqu’à la manière de faire son sac à dos. Il reste étonné du nombre de clients qui demandent comment ranger le leur, ainsi que des tutos sur la meilleure façon de le remplir : « C’est de la fausse improvisation, tout doit être rigoureux. Même dans le choix de la nourriture lyophilisée, on voit les gens préparer leurs menus à l’avance et se demander : “Qu’est-ce que je mangerai le lundi” ? »
Quand on vit avec peu de chose, on ne peut pas se tromper. Professeure dans le Nord, Cécile Dubois a sa liste d’équipements, qu’elle a régulièrement complétée lors de ses trois premières années de camping : des cintres pour faire sécher les serviettes à l’intérieur jusqu’à la balayette pour éviter l’accumulation de brins d’herbe dans la tente. Beaucoup de campeurs admettent des tendances maniaques, célébrant un monde où chaque petite pince se range dans sa petite boîte.
Attention portée au décorum
« C’est assez agréable, parce qu’on apprend vite : entre le premier et le dernier jour, on installe, on désinstalle, on empaquette de plus en plus rapidement », raconte Philippe (qui a requis l’anonymat), la quarantaine, cadre dans une ONG et assez fier de la capacité qu’il a développée à trouver l’arbre idéal auquel accrocher sa corde à linge. Dans cette quête de perfection, monter sa tente, c’est aussi l’occasion de regarder comment ça se passe chez les autres, de lorgner le matériel des Néerlandais avec leurs sardines high-tech à des années-lumière de celles des Français.
« Terre dans la tente ! » Un cri retentit devant ce havre familial posé dans le Gers. Un visiteur n’a pas respecté le rituel consistant à enlever ses chaussures sur la bâche posée sous l’auvent avant d’y entrer. Le modèle de tente influe sur l’ambiance du séjour et conditionne aussi le bon déroulement de l’installation. Avec celui à arceaux, pendant que deux adultes les tiennent et s’engueulent, les gamins courent partout, tandis que, avec les systèmes gonflables, les enfants tiennent à participer. « Quand t’as tout monté, tu te poses et tu contemples », résume Cécile Dubois. Généralement, le campeur n’est pas peu fier. « Il y a un côté “tu te fais un château”, explique Eva Zingoni, une Parisienne mère de deux enfants, souvent partie dans le Gers et en Dordogne. Tu te crois le créateur de l’Univers. »
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