Que provoque la résurgence de la mémoire amérindienne en Guyane ? : épisode • 1/4 du podcast Outre-mer, métropole : quels rapports ?
Pendant quatre semaines, le mardi, le temps du débat s’attachera aux débats qui naissent et prospèrent dans les outre-mer. La semaine prochaine, nous poserons la question du chlordécone aux Antilles, puis nous aborderons l’après-référendum en Nouvelle-Calédonie avant de revenir à la situation de Mayotte.
Pour débuter cette série, le Temps du débat s’intéresse ce soir à une histoire peu connue en France métropolitaine : celle des écoles religieuses qui, depuis les années 1930, ont scolarisé des enfants amérindiens tout en les évangélisant et en les séparant de leur culture d’origine.
Une situation racontée dans un livre publié l’automne dernier aux éditions Anacharsis, livre qui a lancé un vif débat en Guyane, en particulier lors d’un Grand conseil coutumier, en décembre dernier.
Débat qui rebondit avec la proposition de créer à ce propos une commission vérité et réconciliation.
Pour en débattre, Emmanuel Laurentin reçoit Hélène Ferrarini, journaliste ; Jean-Victor Castor, député de la 1ère circonscription de la Guyane ; Christophe Yanuwana Pierre, membre du Grand Conseil Coutumier et de la Jeunesse Autochtone de Guyane ; Jean-Pierre Massias, professeur de droit.
L’enquête sur les ‘homes’ pour enfants amérindiens
« Quand ça se met en place dans les années 1930, c’est rudimentaire » raconte Hélène Ferrarini : « les religieuses groupent des enfants amérindiens, qui vivent chez les religieux ». Institutionnalisés après la départementalisation de 1946, les ‘homes’ naissent parce que les autorités publiques « s’appuient sur le clergé catholique pour les administrer ». Christophe Yanuwana Pierre rappelle qu’il s’agissait alors de « déposséder des communautés entières ». Jean-Victor Castor explique que dans ce processus, « il y a cette idée constante : il n’y a qu’une civilisation, la nôtre. Les autres, on va les pacifier ». Apprentissage de la langue française, évangélisation, les ‘homes’ répondent aussi à un objectif économique pour Hélène Ferrarini : « dans les années 1950, la Guyane est considérée comme sous développée parce que sous peuplée, et donc la préfecture décide de faire des amérindiens des travailleurs ».
Vers une commission vérité et réconciliation ?
Christophe Yanuwana Pierre regrette que, pendant longtemps, « tout ce qui concernait les populations autochtones était ignoré, méconnu, méprisé ». Aujourd’hui, la résurgence mémorielle « s’inscrit dans une démarche plus générale du réveil autochtone » analyse Jean-Victor Castor. Ce travail de reconnaissance pourrait passer par la formation d’une commission vérité et réconciliation pour Jean-Pierre Massias : « pourquoi la France ne mettrait-elle pas la même solution que les autres grandes démocraties occidentales sur ces questions-là ? » s’interroge-t-il, alors que le Canada ou même certains Etats d’Europe du Nord ont connu des phénomènes comparables. Il explique : « il faut accepter l’idée qu’une telle commission, c’est un mécanisme qui va permettre de mettre en place un cercle vertueux, de prise de parole, pour retrouver la mémoire ».
Parler justice sociale et environnementale à travers la mémoire
Jean-Pierre Massias appelle à élargir la focale : « une commission vérité, ça projette l’histoire dans l’avenir, et ça va permettre de reposer des questions sur le vivre-ensemble, sur la question des suicides, la question des familles accueillantes ». Pour Christophe Yanuwana Pierre, le problème principal est celui des « inégalités d’accès aux infrastructures publiques », notamment aux écoles : « nos politiciens locaux doivent envisager un parcours de scolarisation au plus près des familles et procéder à la fermeture du dernier des ‘homes’ » à Saint-George-de-l’Oyapock. La propriété des terres est aussi au cœur des débats : « il a fallu les manifestations de mars et avril 2017 pour trouver un accord sur la restitution de 400 000 hectares » raconte Jean-Victor Castor, « et aujourd’hui, rien n’est fait ». Hélène Ferrarini insiste : « ce que demandent les Amérindiens de Guyane, c’est une reconnaissance ».
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