Les derniers spectateurs ne sont pas encore assis que « Queen Blood » a déjà commencé. Des silhouettes habitent le fond de salle, des rythmes d’afrobeat grondent. L’ambiance est mise, du « clubbing » comme Ousmane Sy le revendiquait. « Une musique pour toutes les danses et une maison pour toutes les cultures. » « Queen Blood » est une célébration du mouvement, du vivre-ensemble avec ses différences. Et tout autant un combat.
Les sept interprètes réunies s’inventent une expérience partagée empruntant au hip-hop, mais pas seulement. Les corps ondulent, les lignes se brisent, la chorégraphie se nourrit de figures d’élévation plus que d’un travail au sol. Surtout, la pièce ne laisse aucune danseuse en retrait, offrant à chacun un solo ou un pas de côté. On sentait une certaine tension ce soir de première parisienne. « Queen Blood » a été contrarié, les représentations du Rond-Point (Théâtre de la Ville hors les murs), prévues il y a deux ans, reportées. Surtout, il a fallu digérer la disparition brutale d’Ousmane Sy, en décembre 2020. « Queen Blood » porte sa mémoire.
Le spectacle n’a pas la force de « One Shot », dernier opus de Sy. Mais il offre une série de portraits dansés. Lorsque, sur la voix de Nina Simone, les solistes viennent s’aligner sur le devant de la scène, une autre force jaillit. La chanson fait le récit de quatre femmes afro-américaines et des stéréotypes afférents – « Four Women » en est le titre. La dimension engagée de la musique est, ici, magnifiée par la danse. La gestuelle n’illustre pas mais prolonge la voix et son propos. Une main sur le visage, un regard perdu suffisent. « Queen Blood » retient alors son souffle et nous avec.
Train d’enfer
Puis la partition chorégraphique reprend à un train d’enfer. Les jeux de jambes s’accélèrent, les entrées et sorties de scène s’enchaînent, un peu trop systématiques. Au final, comme délivrées, les danseuses osent sourire. On assiste depuis quelques saisons à une éclosion de talents féminins sur la scène hip-hop ou krump. Les spectacles des stars du genre ont montré la voie. Dans « Fighting Spirit », Ousmane Sy mettait déjà en valeur des femmes, les membres du groupe Paradox-Sal. « Queen Blood » lui emboîte le pas. Après tout, la meilleure façon de marcher c’est encore de danser.
Queen Blood
Danse
d’Ousmane Sy
Paris, Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 7 mai www.theatredurondpoint.fr
Tournée du 10 mai au 18 juin : Cébazat, Aurillac, Le Petit-Quevilly, Lieusaint, Sarzeau, Roubaix…
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