Ce samedi matin, le soleil se lève sur l’eau claire et lisse du bassin d’Arcachon. Il n’y a pas un souffle de vent. Autour de la criée du port de pêche, il n’y a pas grand monde. Et ceux qui sont là, des employés de la criée, des mareyeurs sont forcément encore sous le choc du drame survenu dans la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 décembre : le « Cycnos », un fileyeur arcachonnais de 12 mètres, s’est écrasé contre la digue de Socoa, au Pays basque. Si le patron du bateau a pu être secouru, les deux matelots, Karamo Ndong, 58 ans, et Moustapha Ndong, 30 ans, n’ont pu être sauvés. Et leurs corps n…
Ce samedi matin, le soleil se lève sur l’eau claire et lisse du bassin d’Arcachon. Il n’y a pas un souffle de vent. Autour de la criée du port de pêche, il n’y a pas grand monde. Et ceux qui sont là, des employés de la criée, des mareyeurs sont forcément encore sous le choc du drame survenu dans la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 décembre : le « Cycnos », un fileyeur arcachonnais de 12 mètres, s’est écrasé contre la digue de Socoa, au Pays basque. Si le patron du bateau a pu être secouru, les deux matelots, Karamo Ndong, 58 ans, et Moustapha Ndong, 30 ans, n’ont pu être sauvés. Et leurs corps n’ont toujours pas été retrouvés.
Vendredi soir, la Ville d’Arcachon a publié un communiqué dans lequel elle explique que « c’est un moment de peine, et de souffrance pour nous tous », que « tout ce qui touche le monde de la mer, affecte chaque Arcachonnais, personnellement ». C’est vrai : le groupe Yannick Bestaven des Scouts et Guides de France marins du bassin d’Arcachon explique dans une publication Facebook « s’associer en prière » à ce drame.
« Un très bon pêcheur »
Karamo et Moustapha étaient Sénégalais, comme pas mal de marins-pêcheurs d’Arcachon depuis les années 1960. Des liens se sont construits entre ce grand pays d’Afrique et Arcachon. Aujourd’hui, une quinzaine de pêcheurs sénégalais travaillent encore pour des bateaux arcachonnais. « Nous étions un peu plus nombreux avant, mais certains sont partis au port de Royan », raconte Lamine Diedhiou, leur représentant sur le Bassin.
Lui connaissait bien les deux disparus. « Malgré leur nom de famille, ils n’avaient pas de lien de parenté. Karamo est arrivé à Arcachon il y a trente ans avec d’autres Sénégalais, poursuit-il. Il est né au Sénégal. Sa famille réside à Mbour, une ville à une soixantaine de kilomètres de Dakar. Il a toujours fait la pêche, même dans son pays. C’était vraiment un très bon pêcheur. Il a navigué sur le ‘‘Georges André’’ et sur ‘‘Excalibur’’, longtemps. Après, il a été sur d’autres bateaux. Il était venu ici pour travailler et pour gagner de l’argent. Il rentrait souvent chez lui, voir sa famille, ses enfants. Il devait y repartir le 29 décembre. »
« Il était venu ici pour travailler et pour gagner de l’argent. Il rentrait souvent chez lui, voir sa famille, ses enfants. Il devait y repartir le 29 décembre. »
Lamine a beau chercher, il ne se souvient pas que Karamo ait jamais eu un accident de pêche pendant sa longue carrière à Arcachon. Jusqu’à cette nuit fatale du vendredi 22 décembre.
La recherche des corps de Karamo et Moustapha Ndong a été abandonnée vendredi en fin de journée devant la digue de Socoa.
Nicolas Gréno
Le métier est le même en Afrique qu’ici, mais le salaire n’a rien à voir. « Moustapha aussi était marié et avait deux enfants au Sénégal, assure Lamine Diedhiou. Il leur envoyait de l’argent tous les mois. Lui travaillait à Arcachon depuis deux ou trois ans. Il n’est pas retourné au Sénégal depuis, je crois qu’il avait l’intention d’y retourner ce printemps, après la saison des fileyeurs. Il avait aussi fait la pêche en Espagne. Il était timide. Il ne sortait pas beaucoup. Il allait en pêche et sinon, le plus souvent, il restait chez lui. Il se sentait bien sur le ‘‘Cycnos’’, comme Karamo. » Son frère vit aussi sur le Bassin et est embarqué sur le « Poséidon », l’autre bateau de Stéphane Brouillet, l’armateur du « Cycnos ».

Ce samedi matin, le « Poséidon », l’autre bateau de Stéphane Brouillet, l’armateur du « Cycnos », naufragé tôt vendredi matin sur la digue de Socoa, était amarré devant la criée déserte du port de pêche d’Arcachon.
David Patsouris
De drôles de vies
Ces pêcheurs sénégalais à Arcachon vivent de drôles de vies. « Ce n’est pas évident, oui, je le concède, reprend Lamine. Le métier est dur et il n’y a pas de vie de famille. » À Arcachon, la petite communauté sénégalaise travaille dur pour nourrir les familles au pays et pour mettre du poisson dans les assiettes des Français.
« On parle du pays, on se donne des nouvelles du Sénégal, et puis être entre nous aide à évacuer beaucoup de choses. Ce n’est pas une vie drôle, c’est très compliqué. »
Elle est discrète. Elle a ses habitudes. Au bar-tabac Le Rallye, dans le quartier de l’Aiguillon, près du port. On y boit des cafés, on joue aussi, le loto, les cartes à gratter. « Oui, on se retrouve beaucoup là-bas, confirme Lamine. C’est le lieu de rendez-vous. On a besoin de se rencontrer comme ça. Ou alors on s’invite chez les uns les autres. On parle du pays, on se donne des nouvelles du Sénégal, et puis être entre nous aide à évacuer beaucoup de choses. Ce n’est pas une vie drôle, c’est très compliqué. »
« De bons marins »
Les pêcheurs sénégalais ont toujours été très appréciés sur le Bassin. Ils ont généralement commencé la pêche très jeunes et connaissent bien le métier. Ils connaissent aussi la mer. « Ils s’adaptent très bien sur les bateaux, témoigne Lamine. Ce sont de bons marins, ils ont beaucoup d’abnégation et sont courageux face à ce travail difficile et face à la mer. »
Que va-t-il se passer maintenant ? « Leurs familles ont été prévenues, assure Lamine Diedhiou. J’espère que les corps vont être retrouvés pour être ensuite rapatriés au Sénégal où ils reposeront. » Ce samedi, aucun élément nouveau n’a permis de reprendre les recherches interrompues vendredi en fin de journée.
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