Le bouche-à-oreille est prometteur. Si bien qu’il attise la curiosité depuis quelques semaines. Et nombreux sont celles et ceux qui ont déjà réservé leur billet pour l’avant-première, le 4 juillet, du film Rainier III par lui-même. Une seconde projection est prévue le 5 juillet toujours au Grimaldi Forum pour permettre à une large audience monégasque de découvrir ce documentaire réalisé par Yann-Antony Noghès, qui s’inscrit dans le cadre de la commémoration du centenaire de la naissance de l’ancien souverain.
« Un travail de chercheur d’or »
« L’idée de départ, selon la volonté de la princesse Stéphanie, était de faire un film pour la communauté de Monaco, évoquant le prince Rainier III, pour comprendre l’homme qui l’état, sans être intrusif ou indiscret et en restant fidèle à sa mémoire », développe Yann-Antony Noghès.
Gardienne de la mémoire de son père, la princesse a suivi la production « de très près », tout comme les conseillers historiques du projet, Thomas Fouilleron et Vincent Vatrican. Et tous ont été partants pour l’originalité du documentaire : celle d’une trame sonore qui se fonde sur des enregistrements d’interviews et de discours du prince Rainier III, pour en faire le narrateur de sa propre histoire dans ce film écrit à la première personne du singulier.
« En lisant et en écoutant ce que disait le prince, il considérait que Monaco, le plus souvent, était mal raconté, mal décrit par les journalistes. Notre idée a été que le prince lui-même raconte son règne, sa vie, son Monaco », continue le réalisateur, qui a écouté des dizaines d’heures d’interviews données dans les médias français au cours de 56 ans de règne. « Un travail de chercheur d’or qui nous a permis de trouver pas mal de pépites. »
Sauf une : une série d’échanges entre Rainier III et le journaliste britannique Peter Hawkins dans les années 60, qui avait donné lieu à une biographie autorisée. « Nous avons compris, au détour d’une phrase dans le livre, que plusieurs entretiens avaient été enregistrés avec un magnétophone. On a contacté les éditeurs, les descendants de l’auteur, mais les bobines sont restées introuvables. »
L’obsession que l’on prenne son pays au sérieux
La matière présente dans les archives nationales, était heureusement suffisante. Et parfois exhumée d’une époque où il n’y avait ni replay, ni rediffusion. « Il avait une parole rare, franche, lucide. Beaucoup de choses qu’il a pu dire, les gens ne s’en souviennent plus. »
Les équipes ont articulé 845 enregistrements, films et photos en salle de montage pour produire ce film de 52 minutes autour de la quête d’une vie du prince Rainier : celle que son pays soit pris au sérieux et respecté.
« Quand il monte sur le trône en 1949, son pays est à bout de souffle, souffre d’une très mauvaise image, rappelle Yann-Antony Noghès. J’ai même découvert qu’à la fin de Seconde Guerre mondiale, l’indépendance de Monaco ne tenait qu’à un fil. Les résistants voulaient annexer Monaco. Ils ont contacté Raymond Aubrac, commissaire régional de la république à Marseille, qui a réfléchi à cette annexion et a demandé l’autorisation au général de Gaulle. Ce dernier lui aurait répondu : ‘‘Si vous l’aviez fait sans me demander, je vous aurais réprimandé officiellement mais félicité personnellement. Mais si vous me demandez l’autorisation, je vous la refuse’’. Ça s’est joué à ça. En 1949, le prince Rainier, devenant souverain, le sait. Et dès son discours d’intronisation, il parle d’autonomie et d’indépendance ».
Une anecdote comme celle-là, le documentaire en contient beaucoup. Revenant notamment sur des moments forts du règne de l’ancien souverain : sa façon de transformer l’économie du pays envers et contre tout, sa bagarre avec le général de Gaulle, son bras de fer avec Onassis. Mais aussi sa volonté d’intégrer l’ONU et le Conseil de l’Europe pour positionner Monaco sur la carte du monde. En s’attachant davantage au chef d’État et à quelques souvenirs de l’homme. Notamment son passage en pensionnat en Angleterre, d’où il a fugué, où il raconte qu’on le moquait pour son embonpoint.
Achevé il y a quelques jours, le film trouve un équilibre entre l’Histoire, l’émotion et des moments drôles. Après les deux avant-premières, il sera visible lors de projections en cours de calage au cinéma des Beaux-Arts, au cinéma d’été, au théâtre des Variétés. Et dans un deuxième temps sur Monaco Info et TV Monaco. « Des chaînes de télévision sont intéressées aussi pour le diffuser à l’international, confirme Yann-Antony Noghès. Ce projet est d’abord pensé pour la communauté monégasque mais si le film peut avoir une vie à l’extérieur sur des chaînes ou des plateformes, tant mieux ».
L’actrice a prêté sa voix pour ce projet, en souvenir du prince Rainier III qu’elle a côtoyé dans sa jeunesse, lorsque son père, le colonel Jean Ardant, était gouverneur du Palais princier.Photo Patrick Blanchard.
La voix de Fanny Ardant en écho du récit
Si le prince Rainier III est le récitant de sa vie dans le film Rainier III par lui-même, une voix narratrice était tout de même nécessaire pour lier le récit. Et c’est le timbre si singulier de Fanny Ardant qui se mêle à la voix de l’ancien souverain. « C’est la princesse Stéphanie qui nous a soumis l’idée de Fanny Ardant », confirme le réalisateur. L’actrice française est liée intimement à la Principauté où elle a vécu ses jeunes années. Son père, le colonel Jean Ardant, ayant été précepteur du prince Rainier lycéen à Montpellier, avant de devenir gouverneur du Palais princier.
« Fanny Ardant a passé son enfance à Monaco. Le prince Rainier a été une figure marquante dans sa vie. J’ai ressenti beaucoup d’affection pour ce personnage », confirme Yann-Antony Noghès, qui était aux côtés de l’actrice, en mai dernier à Paris, pour enregistrer la trame sonore du documentaire.
« Elle n’a pas été facile à convaincre. Elle est exigeante, professionnelle et a souhaité lire le script intégral avant d’accepter. Un script qu’elle a travaillé, retenu et qui a donné lieu à un moment privilégié lors de l’enregistrement avec sa voix élégante, douce et forte à la fois. Elle a apporté au projet, tout ce dont nous pouvions rêver ».
Comment assister
La séance du 4 juillet au Grimaldi Forum est déjà complète. Pour celle du 5 juillet à 19 heures, toujours à la Salle des Princes, quelques places sont encore disponibles, en accès gratuit mais sur réservation obligatoire via la plateforme montecarloticket.comou via le 99.99.30.00.
La projection du film sera accompagnée de sous-titres en anglais.
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