Raymond Laurent, la voix de la communauté haïtienne

Tout le monde m’a appelé ou a appelé un membre qu’il connaissait à la radio. « Est-ce que Raymond est malade? Est-ce qu’il a un problème? » Et ce sont des appels qui ne provenaient pas que de Montréal, mais aussi des États-Unis et de Haïti, raconte le vétéran de la radio communautaire montréalaise en riant.

Ça montre la popularité de l’émission, dit-il. Je suis payé par la reconnaissance des gens. C’est mon salaire, et je prends le plus grand plaisir à rendre service à la société.

Habillé d’un complet impeccable, Raymond Laurent est assis dans une chaise du studio de CKUT, la radio étudiante de l’Université McGill, à Montréal. C’est de ce petit local que l’animateur propulse sa voix sur Internet, mais aussi sur différentes antennes radiophoniques de la métropole, en Haïti et aux États-Unis, tout à fait bénévolement.

Chaque samedi, son auditoire peut entendre quelques rythmes ensoleillés, puis le menu du jour de l’émission, énoncé dans un doux mélange de français et de créole. S’en suit l’annonce des regrettées morts au sein de la communauté haïtienne de Montréal et d’ailleurs.

Raymond Laurent fait ensuite le tour de l’actualité québécoise, canadienne et internationale avec ses collaborateurs et collaboratrices, en réservant toujours, bien sûr, la part belle de son émission à Haïti. Haïti d’abord! clame comme slogan celui qui a immigré à Montréal à 19 ans, mais qui fait souvent le trajet entre la Belle Province et la perle des Antilles.

L’animateur se targue d’ailleurs d’être la CNN de la communauté haïtienne en raison de son réseau de fidèles correspondants en Haïti, notamment à Jacmel, où son émission est diffusée en direct à la radio locale.

Hommage à une voix « rassurante, mais ferme »

Il y a quelques jours, son marathon hebdomadaire a été récompensé du Grand Prix au Gala Dynastie, une cérémonie québécoise qui célèbre l’excellence noire. L’équipe a salué sa voix rassurante, mais ferme, qui unit la communauté haïtienne et confronte les politiciens et politiciennes, ainsi que son engagement social (Service d’aide aux néo-Québécois, maison des jeunes L’Ouverture).

À son micro, Raymond Laurent a reçu Justin Trudeau, Jean Chrétien, Paul Martin, Denis Coderre et Valérie Plante. Michel Martelly alias Sweet Micky, musicien et ancien président haïtien maintenant interdit de séjour au Canada, a aussi pu être entendu (Nouvelle fenêtre) à l’antenne de Samedi midi Inter.

Ces grandes pointures politiques reconnaissent la portée de l’émission de radio communautaire au sein de la diaspora haïtienne, qui compte plus de 150 000 personnes au Canada.

« Je ne suis pas un vendeur de micros. Je dis ce que je pense. Je ne fais pas ce travail pour faire de l’argent, je le fais pour dire la vérité, et rien que la vérité, sans parti pris. »

— Une citation de  Raymond Laurent

Micro militant

Raymond Laurent est un syndicaliste avant tout. Il a d’ailleurs œuvré pour des centrales syndicales jusqu’en Floride, aux États-Unis, où il a continué d’animer son émission de radio à partir de son téléphone de maison, il y a plusieurs années.

À Samedi midi Inter, il a toujours défendu les travailleurs et travailleuses du domaine du textile, de l’éducation ou encore de la santé. Il faut avoir des gens pour les défendre, et je suis fier de le faire! martèle-t-il.

Il soutient que c’est ce combat de David contre Goliath qui le motive à revenir, semaine après semaine, dans son siège d’animateur. J’aime le micro, et avec mon micro, je peux rendre service aux plus démunis de la société.

Raymond Laurent se qualifie de «journaliste combattant».

Photo : Zacharie Routhier

Après le tragique tremblement de terre de 2010 en Haïti, qui a coûté la vie de plus de 200 000 personnes, Raymond Laurent a également voulu, à l’instar de Radio-Canada et de TVA, diffuser son émission en direct des lieux du drame, ressentant un profond besoin de raconter les histoires du peuple haïtien.

Sans surprise, ce moment est gravé dans sa mémoire comme étant sa plus bouleversante émission de Samedi midi Inter. Avant d’entrer en ondes, j’ai fait le tour de la capitale, dit-il, la voix tremblante d’émotion. J’ai vu des religieuses, exposées sous des draps blancs devant l’église. J’ai vu la chair humaine de gens transportés dans des camions comme ceux qui ramassent les débris à Montréal. J’ai tout vécu.

« J’ai perdu des amis, des gens à qui j’avais parlé quelques jours auparavant, des gens qui étaient de vrais citoyens, qui aimaient leur pays. »

— Une citation de  Raymond Laurent

Trois ans plus tard, lorsqu’un train transportant du pétrole a déraillé, puis explosé à Lac-Mégantic, semant la mort dans son sillage, l’animateur n’a pas hésité à se rendre aussi sur les lieux, et à coordonner une importante levée de fonds, rappelant que les Québécois et Québécoises avaient fait de même lors du tremblement de terre en Haïti.

« Samedi midi Inter est un pont entre nos peuples », résume le Gala Dynastie sur la page consacrée à Raymond Laurent, un compliment que le principal intéressé accueille avec bienveillance. C’est un bel hommage, conclut-il.

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