Refonte de la politique africaine de la France, le temps nous est compté !

Après un été marqué par l’escalade des tensions entre la France et le Niger suite au coup d’État du 26 juillet à Niamey, le président de la République annonçait en septembre l’organisation à l’automne d’un débat parlementaire sur « la stratégie de la France en Afrique et au Sahel ». Une décision à saluer et qui est désormais prévue le 21 novembre prochain. Loin d’être une fin en soi, ce débat doit marquer un nouveau départ dans les relations franco-africaines, à condition que nous soyons en mesure de tirer les leçons de nos actions passées et de nous projeter avec de nouvelles ambitions et une approche radicalement différente.

Relation déséquilibrée

À bien des égards, la région du Sahel cristallise nombre des défis auxquels la France est confrontée aujourd’hui dans sa relation avec le continent africain, et plus particulièrement avec les pays qui ont connu la colonisation française. Le rejet qui s’exprime, non pas de la France et des Français.es mais bien de la politique menée par notre pays, est le résultat avant tout d’une relation qui depuis des décennies est ressentie comme déséquilibrée, teintée de paternalisme, d’incompréhensions et souvent de contradictions. Une relation qui n’a pas vraiment su soigner les stigmates de la colonisation.


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C’est aussi, au Sahel, la conséquence d’une politique française marquée par un grand déficit démocratique (rappelons une fois de plus que l’opération Barkhane n’a jamais fait l’objet d’un vote du Parlement français), dominée par une dimension militaire et sécuritaire, et largement sourde aux aspirations populaires et aux interpellations des sociétés civiles.

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En 2021, plusieurs d’entre nous alertions déjà dans une tribune publiée dans le quotidien Le Monde sur « l’inadaptation des stratégies et le besoin d’une réorientation pour s’attaquer aux causes profondes des conflits ». Mais nous avons été bien peu écoutés par les pouvoirs publics français, peu soucieux de redevabilité et souvent aveugles face aux évolutions profondes qui se jouent sur toute une partie du continent. La suite de l’histoire est désormais connue.

Prendre de la hauteur

L’été 2023 représentera probablement un moment de bascule dans les relations de la France avec une partie de l’Afrique. Face à ce que beaucoup estiment être une nouvelle vague d’émancipation, il est nécessaire de prendre de la hauteur, d’adopter une posture d’humilité et d’écoute réciproque, et analyser de façon honnête et objective les dynamiques à l’œuvre. Il s’agit désormais de normaliser nos relations et d’arrêter de nous projeter dans un prétendu exceptionnalisme français vis-à-vis d’un continent qui évolue bien plus vite que nos conceptions souvent datées et stéréotypées.

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