Les cris d’alarme des professionnels de santé contre la sédentarité, des enseignants d’éducation physique et sportive sur la dégradation des capacités motrices des enfants tout juste sortis du primaire se succèdent… Mais semblent toujours sonner dans le vide. Pourtant, dans les parcs, dans les rues, on pourrait croire que le nombre croissant de personnes qui courent, ou marchent, ou font du vélo, est en passe de résoudre le problème ?
Hélas non. Faire du sport, être de plus en plus nombreux à en faire, c’est évidemment très bien. Mais notre société se bat contre une mutation profonde de son mode de vie, entamée avec la mécanisation et la tertiarisation, puis ultra-accélérée par la vague des smartphones et écrans pour tous dans la dernière décennie. Au-delà de la partie visible des sportifs des parcs et jardin, c’est toute l’activité physique quotidienne – quasiment inexistante chez une majorité de Français – qui est à revisiter.
En donnant, enfin, au sport, la place sociale centrale qui devrait être la sienne.
Décrypter les évolutions sociétales, c’est l’ambition de Regards, La France en 2023, la nouvelle rubrique de Ouest-France, à lire en supplément numérique, et sur notre site internet.
Découvrez ci-dessous les articles du sixième numéro de Regards, qui ambitionne, appuyé sur le travail des 600 journalistes d’Ouest France, de prendre le pouls d’une société en pleine évolution.
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Regards : les Français et le sport à la veille des Jeux Olympiques.
Des Français encore trop sédentaires
Si de plus en plus de Français pratiquent régulièrement un sport, des inégalités demeurent. Age, genre, niveau social… Des populations particulièrement vulnérables et pour la santé desquelles l’activité sportive doit être facilitée, sont encore sur la touche, comme le montre notre enquête chiffrée.
La présidente de l’observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps), Martine Duclos, ne dit pas autre chose. Pour elle, l’urgence nationale qu’est la sédentarité appelle à « une prise de conscience massive ».
Une nécessaire évolution
Ministre des sports parmi les plus emblématiques, de 1997 à 2001, Marie-Georges Buffet déplore, dans l’entretien qu’elle nous a accordé à quelques mois des JO, les décennies écoulées dans l’immobilisme. Elle espère encore que l’année olympique permette de faire bouger les choses, en particulier pour l’Éducation physique et sportive (EPS).
Une initiation dès le plus jeune âge d’autant plus importante que la place des clubs sportifs, qui autrefois liaient la pratique sportive à une socialisation qui incitait les gens à se retrouver, a énormément régressé, victime des nouveaux modes de vie et justement, de socialisation. Solitaire, loin des clubs : la pratique sportive des Français est en pleine mutation.
Au-delà du défi sportif pour les athlètes français, ces Jeux olympiques à Paris devront aussi affronter l’épreuve de l’héritage à l’aune duquel ils seront jugés dans l’histoire : impact carbone, social, parité etc. Pour le sociologue Hugo Bourbillères, pas de réponse avant… sept ans. Soit en 2032 !
Dès l’école, peut mieux faire
Éternel débat, entre proclamations politiques et revendications venues du terrain, les moyens accordés à l’Éducation physique et sportive (EPS) sont, plus que jamais cette année, sujets à polémique. La France revendique en Europe un des plus grands nombres d’heures d’EPS obligatoires au cours de la scolarité. Mais, dans les faits, les enseignants ne peuvent que constater la dégringolade des capacités physiques des élèves en fin de primaires, puis celle des lycéens qui n’ont plus que deux heures par semaine et bien souvent, n’en feront presque plus de leur vie.
Le Snep-FSU, syndicat des enseignants d’EPS, préconise quatre heures d’EPS pour tous, du primaire à la licence, des moyens humains et matériels en conséquence… Un rêve olympique ?
Une demande largement soutenue par les professionnels de santé. Pour le cardiologue rennais François Carré, « nos collégiens de 15 ans préparent l’infarctus de leur trente ans ».
Ailleurs en Europe, comme en Finlande, où le nombre d’heures d’EPS est inférieur à celui affiché par la France, les jeunes sont pourtant de moins en moins sédentaires. Le secret, selon Sarah Pochon, maîtresse de conférences en Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) ? La Finlande a placé cette matière au cœur des enseignements fondamentaux, développe les mobilités dans toutes les couches de la société et… le plaisir dans le sport.
Les femmes arrivent
Une des grandes mutations sportives du siècle écoulé est l’arrivée massive des femmes dans le sport et l’activité physiques, elles qui en étaient sciemment écartées par Coubertin lui-même lors des premiers Jeux…
En retrouvant les Jeux 124 ans plus tard, la France ambitionne de faire des Jeux de 2024 les premiers jeux complètement paritaires. Ambition louable, même si elle est encore loin d’être atteinte au sein même de la direction du comité d’organisation, encore tenue par deux-tiers d’hommes.
Pourtant des bastions, des forteresses mêmes, sont tombés, dans le haut niveau. Comme celui de l’arbitrage du football, où une pionnière comme Stéphanie Frappart a marqué les esprits lors de la dernière Coupe du monde. « Une femme qui arbitre chez les hommes, ce n’est plus un frein », estime-t-elle.
D’autres prés carrés masculins, comme la boxe, s’ouvrent de plus en plus aux femmes. Seul frein au niveau compétition pour ces sportives : insuffisamment d’adversaires féminines, ce qui les oblige à affronter… des hommes.
Le sport qui inclut
Au-delà de sa nécessité pour la santé, la pratique sportive est un formidable levier d’inclusion sociale et les initiatives se multiplient en ce sens :
– des stages de tennis destinés aux personnes en situation de handicap psychique. Accès à plus de mobilité physique, inclusion dans un sport collectif… De nombreux bénéfices découlent de ces pratiques ;
– des entraînements de foot pour de jeunes mineurs isolés qui, le temps d’un match, oublient les odyssées chaotiques qui leur ont fait traverser la moitié de la planète, en quittant racines et familles.
– ou encore des rencontres d’un nouveau type entre recruteurs et personnes en recherche d’emploi. Un gain de temps pour mieux se connaître, des deux côtés ;
– ou des parenthèses pour que les détenus, coupés de la société, oublient quelques heures leur situation, grâce à la pratique sportive. Des activités qui contribuent à l’apaisement des lieux de privation de liberté et facilitent, pour certains, l’accès au chemin de la réinsertion.
Le sport qui soigne
La décennie écoulée a permis aux patients et surtout à leurs soignants, de prendre conscience que le sport n’était pas seulement un moyen de prévenir les maladies : c’est aussi un traitement.
Ancien joueur du FC Nantes, touché par une leucémie en 2001, Christophe Pignol, est devenu onco-coach. Il s’est appuyé sur cette double expérience de vie pour construire son activité, et participer à la reconstruction des anciens malades, après les traitements.
Un peu partout en France, des clubs de rugby dédiés à la prise en charge de malades du cancer du sein, se sont développés récemment. Alliant, comme les clubs de sport autrefois, les bienfaits du sport à ceux d’une socialisation et d’un soutien mutuel entre patients, indispensable dans ces circonstances.
Pour Anaïs Quemener, espoir français du running, le sport c’était avant, puis pendant et désormais après, le cancer. Touchée à 24 ans, à la veille des championnats de France d’athlétisme qu’elle comptait bien disputer, par un cancer particulièrement agressif, elle a continué à s’entraîner pendant toute la période de soins, alors même qu’en 2015, le « sport sur ordonnance » était bien moins répandu chez les médecins. Sept ans plus tard, en septembre 2023, elle enregistre le deuxième meilleur temps français de l’année en marathon en battant son record personnel… Et ne rate plus un octobre rose pour contribuer, à son échelle, à la mobilisation pour prévenir et prendre en charge les cancers du sein.
Les nouveaux sports
Pour inciter les jeunes qui manquent de culture sportive à s’impliquer dans des compétitions, certains ont eu l’idée de pousser de nouveaux sports ou de s’appuyer sur les nouvelles technologies.
C’est ainsi qu’est né le « chase tag », un jeu de chat et de souris mais… pour les grands. Le sport est là, la compétition et le spectacle aussi. Ne manquent plus que les équipements, encore trop rares.
Nouveau également et tout aussi sportif, le cyclisme Esport. Oui, il se pratique dans le salon, mais non, pas sur un canapé. Sur un vrai vélo avec de la sueur, des équipiers, des montées, des descentes, des adversaires redoutables… Bref, presque comme en vrai, mais sans le bilan carbone…
Reste le débat, difficile à trancher, de l’e-sport sur jeux vidéo… La compétition est bien là, l’esprit d’équipe, l’attrait du public aussi, mais on reste dubitatif sur la réelle dépense physique des compétiteurs, au-delà des échauffements musculaires qu’on imagine indispensables avant et après des heures devant un écran…
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