Une fois de plus, le festival
Musiques Métisses s’est transformé pendant trois jours en cérémonie festive des vibrations du monde avec une 47e édition où le public a pu danser et rêver dans un élan collectif puissant sur les musiques d’artistes venus de plus de 21 pays. Parmi eux, The Bongo Hop a ouvert la deuxième journée de concerts avec son voyage sonore transcontinental, l’occasion d’une rencontre avec son architecte Étienne Sevet :
Quelle est la genèse du projet Bongo Hop ?
Je vivais à Cali, j’organisais des soirées et je mixais. A l’époque, je n’étais pas musicien mais cela faisait quelques années que j’étais en Colombie et que je parcourais le monde pour des reportages, des rencontres. A force d’être entouré de musiciens, j’ai ressenti une forme d’urgence. A l’époque
Quantic qui était aussi à Cali, m’a dit : « Tu devrais faire ta musique ». Quand on m’a volé mon ordi, il m’a passé le sien avec lequel il avait déjà produit plusieurs projets. J’ai commencé à sampler, à faire des lignes de basses tout en bossant la trompette. Un jour, j’avais passé tout mon temps avec un morceau dans la tête. En rentrant, une phrase est sortie de ma trompette et j’ai créé un titre autour. C’était parti.
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Je me répète toujours en boucle des airs, comme des samples, un juke-box des sons que j’entends dans mon quotidien et que je mixe. Nowa est donc la première chanson que j’ai faite. A l’origine, je voulais faire un projet pour un rappeur de Cali autour de l’afrobeat, du hip hop et du jazz. La semaine suivante, j’étais dans une phase congolaise qui imprègne mon deuxième titre. Puis rebetiko car j’étais parti à Istanbul pour World Sound, avant de me centrer sur les musiques ouest-africaines, du Cap-Vert, d’Haïti…
Parlez nous de ces influences afro-colombiennes du Pacifique présentes dans votre musique…
J’ai toujours eu une espèce de distance respectueuse avec ces musiques du Pacifique qui m’ont procuré un énorme choc émotionnel quand je les ai découvertes. A l’origine, je suis parti en Colombie en 2004 pour faire un reportage sur Hector Lavoe. Je connaissais la cumbia, la salsa, mais arrivé à Cali j’ai été invité à un concert de currulao, une musique traditionnelle du pacifique colombien. Sur scène, il y avait Nidia Góngora avec son groupe Grupo Socavon l’ancêtre de Canalón de Timbiquí. Je n’étais pas préparé à ce choc, cette musique, on ne pouvait écouter ça nulle part. C’est ce qui fait que je me suis installé en Colombie et qui a défini mon avenir en tant que personne et musicien.
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Il n’est pas question pour moi de salir, dégrader cette musique pure de tous ces musiciens surtout dans un contexte social si difficile. La musique est leur seule lueur d’espoir. Je n’avais pas envie d’y toucher directement même si d’autres l’ont fait dans un désir de métissage. C’est intéressant, mais j’ai vécu là bas et je ne peux y toucher. Dans ma musique, il y a des petits éléments comme amener le 6/8 dans un rythme ternaire, l’utilisation par petites touches d’instruments colombiens ou la voix de Nidia. Dans le deuxième album, Satingarona pt. 2, je me suis permis un réarrangement d’un morceau de groupe Buscaja, San Gabriel, mais ce n’était pas un titre vraiment traditionnel, avec sa basse électrique et ses vibes un peu reggae. Quand tu vis le festival de musique afro-colombienne Petronio Álvarez Pacific à Cali, tu ne veux pas en faire une pâle copie. Je ne saurai pas le faire.
Nous sommes au festival Musiques métisses. Une notion importante dans votre musique…
C’est une notion qu’on voudrait faire disparaître. Aujourd’hui, on a plutôt tendance à penser affirmation d’identité, ce qui divise les gens. La Colombie est un pays de métissages par excellence comme la France, un point de passage historique des peuples. C’est une société métisse qui a joué la carte de l’identité pour permettre l’alternance politique et l’élection l’an dernier de Gustavo Petro et de l’Afrodescendante Francia Marquez comme vice-présidente. Un changement fort qui a fait sortir le pays de cette sorte de post-colonialisme narco-financier.
Mais ce sur-investissement politique de l’identité est à double tranchant et contraire à la logique musicale qui est universelle. On ne peut pas occulter dans la musique du pacifique la dimension des peuples autochtones ou de la contredanse espagnole. C’est ça la magie de la musique, sa richesse métisse. Il n’y a pas de musique pure sauf dans des endroits extrêmement isolés. La musique provoque le désir de découvrir l’autre, on est fait pour se mélanger.
A chaque projet vous rajoutez des influences, des destinations dans la musique de The Bongo Hop :
Oui comme un carnet de voyage en Colombie, en Tanzanie, au Cap-Vert; les caraïbes. Tu absorbes les cultures, tu dérives comme les plaques des continents. Ma musique est transatlantique. Je suis de Bordeaux, j’ai grandi au bord de l’océan avec cette question ; qui a-t-il de l’autre côté ? Que ce soit haïtien, acadien, cajun, tout ça excite mon imaginaire. J’ai découvert par exemple la musique gnawa à Marrakech que j’ai intégrée dans mon dernier EP La Ñapa.
Comment composez vous ces carnets de voyage ?
Mon premier outil, c’est le dictaphone, j’y note mes inspirations avant de travailler sur mon ordinateur et de commencer par exemple par les lignes de basse. Pour mes premiers disques, j’avais mes compositions et mes maquettes et j’ai rencontré le producteur multi-instrumentiste Patchworks qui m’a invité dans son studio. Bruno est un sorcier du sample et notre approche se rejoignait puisque je travaille sur des boucles. Nous avons une culture commune du hip hop et de l’electro. C’était grisant, pour mon premier morceau, on était passé en une après-midi d’une maquette à un titre presque finalisé. En dix secondes, il est capable de trouver la bonne ligne de basse. Sur mon dernier EP, j’ai commencé à changer de méthode en travaillant surtout avec un autre producteur, Charles Buisson, et en enregistrant des lignes d’instruments en session avec des potes musiciens. L’esprit home studio a été conservé.
The Bongo Hop c’est aussi une foule d’invités sur chaque projet comme Nidia Góngora :
Oui, ça a été un moment très émouvant de travailler avec cette grande chanteuse. Avec elle, c’est aussi un long travail de préparation sur les paroles. Le titre La ñapa évoque la solidarité, les difficultés du quotidien de beaucoup, négociant La ñapa (du rab ou un crédit) après la crise du Covid qui a durement touché le Colombie, provoquant même des émeutes et plus tard l’élection de Gustavo Petro. J’avais aussi vraiment envie de faire un vrai morceau lusophone avec le chanteur Paulo Flores. Je fais une musique très dansante, mais le fond est très important pour moi. Le titre La Carga vient d’un article évoquant le point de passage de la drogue sud-américaine dans le désert malien. Un sujet qui parlait forcément à Nidia.
A quand un nouvel album de The Bongo Hop ?
Bientôt. J’ai encore changé de logique, j’aime beaucoup le groupe que j’ai rassemblé pour les concerts et j’ai envie d’enregistrer en studio avec eux. C’est une autre dynamique, les musiciens peuvent proposer leurs idées, être coarrangeurs, ce que faisait Patchworks auparavant. C’est la richesse d’un travail plus collectif. Je n’ai pas la science de la composition pour coucher ma musique sur une partition, ce n’est pas mon background. C’est une approche qui a déjà commencé pour le live. Il faudra attendre fin 2024 pour le nouvel album.
The Bongo Hop est en concert :
le 1er juillet au Vercors Music Festival à Autrans
le 16 juillet au festival d’été de Quebec
le 4 août au festival Les Guinguettes de l’Auzon à Carpentras
Live à Fip
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