Rouge direct, collectif contre l’homophobie dans le football, suspend ses activités pour dénoncer un « cyberharcèlement massif et des menaces de mort »
C’est avec une voix anormalement chevrotante que Julien Pontes, porte-parole de Rouge direct, a exprimé au Monde, mardi 31 octobre, son désarroi concernant la suspension des activités de son collectif. Quelques heures plus tôt, ceux qui se définissent comme des « lanceurs d’alertes » spécialisés dans la lutte contre l’homophobie dans le football justifiaient sur X (anciennement Twitter) cette décision par une augmentation importante et inquiétante du « cyberharcèlement homophobe massif et des menaces de mort » les visant.
Créé en 2016, Rouge direct est un collectif dont le but est de relayer tous les actes homophobes dans le monde du ballon rond et de donner l’alerte sur ce sujet. Et la tâche n’est pas de tout repos : cinq personnes y travaillent de manière « permanente », tous les jours. Le collectif – qui ne dispose même pas d’un compte bancaire, car des subventions « ne leur serviraient pas », affirme son responsable – tâche de « recenser un maximum d’actes homophobes, tout ce que ne fait pas la Ligue de football professionnel [LFP] », affirme Julien Pontes. Pour cela, Rouge direct reçoit des preuves venues de toute la France, envoyées par de « simples personnes souhaitant lutter contre l’homophobie ».
Depuis la dénonciation des chants homophobes entendus dans les travées du Parc des Princes lors du match PSG-OM, le 24 septembre, le quotidien des militants – déjà pas toujours évident – est devenu un cauchemar. « Nous avons arrêté de compter, mais, dans les jours précédents, nous avons reçu plus de 350 menaces de mort, raconte, heurté, le porte-parole du collectif. Un collègue a même reçu la visite peu aimable de supporteurs du PSG à son domicile. Pour notre sécurité, l’avocat a dit stop. »
« Les instances font régner l’impunité »
Dans ce combat, Rouge direct se sent délaissé. Après avoir rencontré la ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra, le 31 août, le collectif pensait avoir été entendu par une personnalité politique « très coopérative ». Aujourd’hui, Julien Pontes regrette le manque de prises de décision fortes de la part de la ministre, qu’il soupçonne d’avoir reculé « devant la pression de la LFP et de la Fédration française de football ». Pour lui, « ces deux instances font régner l’impunité contre l’homophobie dans le monde du football », « cette cause ne les intéresse pas ». Le porte-parole prend l’exemple de la nouvelle licence club – que les clubs français sont obligés d’obtenir pour toucher certains droits télévisuels. « Les clubs doivent atteindre 7 000 points pour avoir la licence. L’état de la pelouse vaut 1 300 points, quand un atelier organisé contre l’homophobie ou le racisme en rapporte 100… Voilà où nous en sommes », déplore-t-il.
Pour reprendre son activité, le collectif exige trois actions de la ministre des sports. Il souhaite qu’Amélie Oudéa-Castéra prenne le temps de signaler ces menaces de mort au procureur, qu’elle mette en œuvre les propositions concrètes de Rouge direct exposées lors de la réunion du mois d’août et que le collectif soit intégré ponctuellement aux travaux de l’Instance nationale du supportérisme. « Nous comptons sur une réponse rapide et pleine de responsabilité de la ministre », résume Julien Pontes.
Contacté, le ministère des sports n’avait pas répondu à nos sollicitations mardi en fin de journée. Le collectif est parvenu à joindre le cabinet de la ministre, qui aurait dit, selon Rouge direct, qu’« Amélie Oudéa-Castéra ne fera pas de soutien public pour le collectif ».
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