Rugby/Football. Supporters et violence : « Le contrôle social est beaucoup plus important au rugby »
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Les scènes de violences de la part des supporters se multiplient ces derniers temps dans le football. Du bus des joueurs lyonnais attaqué à Marseille jusqu’au supporter de Nantes tué par un chauffeur VTC en marge d’un match contre l’OGC Nice. Un phénomène quasi-absent dans le rugby.
Au lieu de mettre dos à dos les deux sports, nous souhaitions avoir une explication socio-historique. Patrick Mignon, sociologue du sport, responsable du laboratoire de sociologie de l’Institut national des sports et de l’éducation physique (INSEP) et auteur de « La Passion du football » aux éditions Odile Jacob nous a livré son analyse.
Actu : Historiquement quelles différences existent-ils entre les populations du football et du rugby ?
Patrick Mignon : À partir du moment où le rugby et le football, fondés en Angleterre, sont séparés au-delà des règles, la distinction s’est faite sur le public et les voies d’accès à ces sports. Le football va acquérir un public et un recrutement très populaire. Le développement va se faire à travers les médias de l’époque, la facilité de créer des clubs et le développement de la population urbaine à travers la classe ouvrière. Le rugby va rester un sport qui sera pratiqué essentiellement dans des public schools, des grandes écoles qui forment les élites anglaises. Dans d’autres pays, le cheminement a été un peu différent.
L’Histoire du rugby et du football en France
Comment se sont développés ces deux sports en France ?
P. M : Le football et le rugby arrivent à peu près ensemble à travers les ports. Au début, il y a une confusion entre les deux sports à leur arrivée sur le territoire. Des différences vont commencer à apparaître. Le football va avoir les faveurs de l’Eglise car c’est une manière de rassembler les jeunes pour lutter contre l’esprit laïc et républicain. Le rugby va être l’arme des instituteurs et des hussards de la République. Il va donc se développer dans les villages avec cette connotation d’opposition au football positionné du côté religieux. Cette division va se tasser. Mais le rugby s’est développé de manière originale dans le sud-ouest, dans le sud-est en zone rurale mais aussi dans des régions ouvrières comme la Bourgogne, la Vallée des Alpes ou le Jura. Jusqu’à la guerre de 14-18, la différence entre les deux sports sera peu sensible.
Comment s’est faite la distinction entre le football et le rugby en France ?
P. M : Après la Première Guerre Mondiale, une séparation va se faire. Le rugby va devenir un sport universitaire à travers les grands clubs universitaires comme le PUC et le Racing à Paris, le TOEC à Toulouse le SBUC à Bordeaux ou le LOU à Lyon. Ce sport était plutôt destiné à des enfants de la bourgeoisie. Le football sera populaire et un sport plus chauvin. Durant l’entre-deux-guerres, un clivage assez fort apparait entre ces deux sports en France. La seule exception est le Sud de la Loire où le rugby est enraciné dans les villages ou dans les bassins industriels.
Le supporters du football et du rugby
Quelles sont les particularités des supporters du football et ceux du rugby ?
P. M : Le rugby va rester assez fortement contrôler par les élites. L’instituteur va avoir un discours moral. Les élites politiques vont jouer sur l’honneur local tout en insistant sur la société française, républicaine où chacun est le même. Il y a moins de différence dans le monde du rugby entre les pratiquants et les spectateurs. Dans le football, la différence est plus grande. Tout le monde peut jouer au football. Le professionnalisme va imposer une compétition et des différences entre les joueurs, les clubs, les supporters. Comme c’est populaire, il y a des enjeux nationaux beaucoup plus forts avec des questions de prestige.
Comment expliquez-vous les différences de tension et de comportement des supporters ?
P. M : Il y a un foyer de tension dans le football car il est beaucoup moins contrôlé. Quand le football commence à se développer dans les grandes villes en France, les individus se regroupent à travers leurs identités sociales et culturelles. Cet élément va générer des conflits entre les spectateurs à partir du moment où ils vont commencer à se déplacer. Le club de rugby constitue une entité en soi très autonome composée de personnes qui ont été joueurs et spectateurs et qui ont des liens familiaux. Quand vous intégrez un club de rugby, il y a un cérémonial. Le club se présente comme un élément qui facilite la vie des membres. Des liens sociaux sont créés. La négociation de la rivalité avec les adversaires est beaucoup plus canalisée et encadrée par rapport au football. Dans le public, les aînés vont faire taire les plus jeunes. Il y a un contrôle social beaucoup plus important dans les tribunes du rugby
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