Sada Diallo est à la fois un des plus jeunes et des plus anciens du RWDM : “J’ai quitté la Guinée à 12 ans et je n’ai pas revu ma mère depuis”

À l’échelle molenbeekoise, on pourrait presque dire qu’il fait partie des meubles. Il a beau être un des plus anciens du club, Sada Diallo n’a toujours que 21 ans. Nicolas Alavoine, le troisième gardien, est arrivé avant lui. “Il y a Florian (Le Joncour) qui est ici depuis plus longtemps aussi”, reprend le milieu belgo-guinéen, qui a débarqué au RWDM le 1er juillet 2021.

Ça en dit long sur les nombreux va-et-vient au Machtens ces dernières années. Mais peut-être aussi sur la persévérance de Diallo qui commence à grappiller des minutes lors de (presque) chacune des rencontres. Et dire que l’an dernier il était encore prêté en D1 Amateurs, chez les Francs Borains. “Au départ, je ne voulais pas y aller. Je me disais que les entraînements au RWDM auraient été plus bénéfiques pour ma progression. Je voulais rester, mais j’ai écouté mon oncle et mon agent qui me disaient que ça faisait deux ans que je ne jouais pas… Finalement, nous sommes montés en Challenger Pro League. Et ce grand saut vers la D1A ne me fait pas peur, non. C’est dans la continuité.”

De la Guinée au Machtens, celui qui a terminé troisième du “test beep” récemment (derrière Ilay Camara et Shuto Abe) revient sur son drôle de parcours.

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Comment s’est passée la trêve, Sada ?

”Nous avons eu trois jours de repos. Ça nous a fait du bien (sourires). S’il y a du stress avant le match de Westerlo ? Non, pas du tout. C’est vrai que c’est contre un concurrent dans le bas du tableau, mais si nous gagnons, nous pouvons aussi nous rapprocher du top 6. Nous avons bien bossé en tout cas.”

D’un point de vue personnel, vous commencez à engranger des minutes.

”Sincèrement, je ne m’attendais pas ça au début de la saison. Grâce à la confiance que le coach m’a accordée, j’ai commencé à y croire et je me suis entraîné à fond. Les Francs Borains auraient voulu que je retourne en prêt encore une saison, pour les aider en Challenger Pro League. Mais Claudio Caçapa a dit qu’il comptait sur moi. C’est sûr que ça fait plaisir. Il a un côté très humain.”

guillement

« Avant le match à Bruges, le coach a dit qu’il prendrait tout sur lui. »

Vous étiez monté une petite minute contre OH Louvain, mais vous avez surtout dû commencer au Club Bruges, dans des conditions assez difficiles (défaite 7-1 au Jan Breydel), à un poste qui n’est pas le vôtre.

”Je l’ai appris deux jours avant. Franchement, je n’étais pas stressé… peut-être un peu mais c’était du stress positif. C’est vrai que je ne suis pas un défenseur central, mais j’ai dû y jouer vu le nombre d’indisponibles qu’il y avait. J’ai travaillé les automatismes deux jours avant. Vincent Euvrard me disait déjà que j’avais un profil pour évoluer à cette place… Je préfère jouer dans l’entrejeu, mais je prends ce qui vient, sans pression. En vrai, j’ai joué à presque toutes les positions ici (rires).”

L’équipe a vraiment souffert. Que retenez-vous de cette lourde défaite ?

”Même si nous avons perdu, c’était une bonne expérience. Si on m’avait dit, il y a cinq ans, que je jouerais en D1, je n’y aurais probablement pas cru. Après cette rencontre contre le Club Bruges, je me suis dit qu’il fallait que je travaille encore plus. Nous rêvons tous d’aller plus haut.”

Sada Diallo a dû dépanner au poste de défenseur central contre le Club Bruges d’Antonio Nusa. ©NVE

Le coach vous a sorti à la mi-temps parce que vous aviez été averti. Que vous a-t-il dit exactement ?

”Durant la semaine qui a suivi, nous avons longuement parlé. Il m’a dit qu’il savait que ce n’était pas ma position, mais qu’il m’a mis là pour dépanner. Avant la rencontre déjà, il m’a dit que si ça ne se passerait pas bien, il prendrait tout sur lui. Ça m’a rassuré. C’est vrai qu’il a joué au poste de défenseur central durant sa carrière de joueur, il a pu me donner quelques conseils du coup (sourires). Maintenant, je me dis que si j’ai affronté ça, je suis prêt pour n’importe quoi.”

Revenons un peu sur votre parcours. Vous êtes né en Guinée, avant de rejoindre la Belgique à 12 ans.

”C’est ça. Je suis venu avec mon oncle. Nous habitions près de Braine-le-Comte. J’étudiais et puis j’ai joué au foot à Braine aussi, durant deux ans et demi, avant de rejoindre Charleroi. Thierry Hazard a tout fait pour me garder à Braine, mais je me suis écouté. Je ne suis resté qu’une année à Charleroi, durant une saison tronquée par le Covid. Non, je ne savais pas que Braine était “le club des Hazard”. Thierry me disait qu’il voulait me voir en équipe première là-bas.”

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Vous jouiez déjà au foot en Guinée ?

”Oui, mais juste dans la rue avec des amis, pas dans un club. Du jour au lendemain, nous avons décidé de venir en Belgique. Ma maman vit toujours en Guinée. Mon père fait parfois des allers-retours.”

Vous êtes allé au Sénégal cet été. Vous avez peut-être pu revoir votre famille (NdlR : le Sénégal et la Guinée sont des pays frontaliers) ?

”C’était la première fois que je retournais en Afrique depuis que je suis arrivé en Belgique. Ça m’a fait du bien et j’en ai profité au maximum. Ça m’avait manqué. J’ai même prolongé mon séjour d’une semaine. Je n’ai pas revu ma mère par contre elle n’a pas pu faire le déplacement. Nous avons parlé au téléphone. Elle était triste. C’est une source de motivation pour moi. Cet été, j’espère que je pourrai la voir. Y retourner est en tout cas dans les plans. Et mon père ? Oui, j’ai pu le revoir.”

guillement

« Le Mali a voulu me sélectionner… Mais je ne suis pas malien. »

Transfermarkt indique bizarrement que vous avez aussi joué au Mali.

”Oui, je sais. Ce n’est pas vrai du tout… Je ne suis jamais allé au Mali. Par contre, ils ont voulu me convoquer pour la Can U23. Mais je ne suis pas malien. J’avais accepté, mais nous n’avons pas su faire la documentation. La Guinée ne m’a jamais contacté, non. Je n’y pense pas pour l’instant. Je ne me concentre que sur le RWDM.”

Dans le vestiaire, vous avez l’impression d’avoir dépassé ce statut de “petit frère” désormais ?

”C’est vrai que je suis un des plus jeunes. Disons que je suis entre les deux. C’est moi qui accueille aussi les plus jeunes qui arrivent comme Pathé (Mboup) ou Ilay (Camara) par exemple. Makhtar (Gueye) ? C’est mon grand frère (rires). Le Sénégal et la Guinée, c’est la famille. Nous nous sommes vite compris. Pape, c’est un protecteur. Après le match contre le Club Bruges. C’est le premier qui est venu me voir. Il m’a dit d’oublier ce match et que d’autres viendront. Nous nous voyons en dehors des terrains aussi, avec Pathé, Ilay et Moussa (Sissako) aussi. L’ambiance dans le groupe est vraiment top.”

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