« Sada KANE, le Bernard PIVOT sénégalais » Amadou Bal BA

«Sada KANE journaliste sénégalais, le Bernard Pivot sénégalais. Grand-Croix de l’Ordre du Mérite, sa promotion de la culture du mérite et de l’excellence» par Amadou Bal BA –

M. Sada KANE, le Bernard PIVOT sénégalais qui anime, de très longue date, des émissions littéraires, est un homme timide, humble, modeste. Il apprécie de parler de la contribution littéraire des autres, mais il fuit la lumière. Comme les distinctions s’accumulent, j’ai décidé quand même de lui consacrer ces quelques lignes. En raison de son engagement en faveur de la culture, de la littéraire depuis plus de 30 ans, M. Sada KANE a été honoré, le vendredi 15 juin 2023, au palais présidentiel, par le président Macky SALL, d’une très haute distinction de la Grand-Croix de l’Ordre du Mérite. Son émission, «Regards», diffusée à la Radio-Télévision Sénégalaise, et maintenant, «Impressions» sur 2SVT, témoignent d’un engagement constant, de qualité, de très longue date pour la promotion de la littérature. M. Sada KANE est un combattant de la culture du mérite, de l’excellence et du travail bien fait. Le président Macky SALL a appelé au respect des traditions républicaines, au civisme et à l’éducation, des valeurs fondamentales auxquelles M. Sada KANE, à travers ses émissions, contribue à développer au Sénégal.

Le 21 juillet 2023, Sada KANE a été honoré par la presse culturelle sénégalaise. Auparavant, en 2017, il lui a été décerné la Calebasse d’Or et le 19 décembre 2019, le président Macky SALL l’a élevé au rang de Grand chevalier de la Légion d’honneur, ainsi que d’autres incalculables distinctions.

Homme d’abord de la presse écrite, puis de la radio, présentateur vedette à la télévision sénégalaise Sada KANE ayant battu tous les records de longévité (33 ans), depuis 1979, il est «Le Bernard PIVOT», de ce Grand petit pays qu’est le Sénégal. Aussi, les émissions littéraires de Sada KANE sont une source précieuse et inestimable d’une bonne partie de la vie culturelle africaine. À force de travail, de rigueur, de curiosité Sada KANE ne cesse dans ses émissions littéraires de nous étonner émerveiller et nous enrichir culturellement spirituellement et intellectuellement, par sa régularité et sa grande constance de son effort de nous étonner chaque jour.

Il faut dire que notre Sada KANE, toujours en éveil, aux aguets des curiosités intellectuelles, tranche, avec son professionnalisme, sa grande rigueur intellectuelle et morale avec une certaine presse paresseuse, superficielle, à scandale, agressive, militante ou désobligeante à souhait, vautrée dans le caquetage et le déballage, et abandonnant tout journalisme d’investigation, pour les invectives puériles. «Le métier de journaliste, ce n’est pas de faire plaisir, non plus de faire tort, c’est battre la plume dans la plaie» comme le disait Albert LONDRES (1884-1932), en 1929, dans «Terre d’ébène» (Voir mon article, 6 août 2014). En effet, Sada KANE s’est fixé une ligne de conduite, une déontologie de son métier de journaliste : «Les interviews dans nos télévisions sont souvent inutilement agressives, et se transforment en pugilat dont rien ne peut sortir. Or, l’interview est avant tout, sûrement exclusivement, l’art de recueillir des informations, à travers un processus de questionnement, pas forcément un interrogatoire, et en ce qui me concerne, par de la conversation, bien préparée et documentée», dit Sada KANE à Seneweb. Le journaliste doit mettre à la hauteur de son interlocuteur, ne pas l’agresser, ni le rabaisser ; il doit être dans de bonnes dispositions, en vue d’un échange constructif afin de mieux éclairer le public «Le journaliste interviewer doit pouvoir mettre ses opinions et ressentiments de côté, pour s’en tenir au rôle plus important, pendant l’émission, d’être avant tout, l’interprète de la curiosité publique, laquelle ne doit pas être confondue , encore moins se résumer à des prises de positions figées , partisanes, qu’elles soient politiques, ethniques, religieuses, ou pire, personnelles. Être dans de bonnes dispositions, c’est penser que la bonne question est celle qui est documentée et utile, et non pas nécessairement celle qui embarrasse, bloque et pousse à l’agressivité» dit Sada KANE, en grand seigneur de la communication, à Seneweb du 23 septembre 2022.

Sada KANE, dans sa grande noblesse d’esprit, toujours au service désintéressé des arts et lettres, dispose non seulement d’un compte personnel Facebook, mais aussi d’une page Facebook consacrée à la littérature «Les Amis de Sada KANE». C’est un très haut lieu « où dialoguent les cultures » pour reprendre une expression chère au président-poète Léopold Sédar SENGHOR dont il est un grand admirateur.

Sada KANE est un aristocratique peul, un Torodo, apparenté à l’écrivain Cheikh Hamidou KANE et Amadou Tamimou WANE, dont la famille est Saint-Louisienne, mais de souche foutankaise, donc peule. Il est né à la Médina un 12 mai, un quartier populaire de Dakar, qui a vu naître le sculpteur mondialement connu Ousmane SOW (voir mon article, Médiapart 12 novembre 2022) mais aussi un grand écrivain et intellectuel sénégalais, militant pour la langue ouolofe et dont la mère est peule, Boubacar Boris DIOP (voir mon article, 16 octobre 2022).

Son père, Amath KANE, est né, par le hasard de l’histoire, à Kayes au Mali, mais ses ancêtres sont originaires de M’Bolo Birane (arrondissement de Saldé, département de Podor), au Fouta-Toro. En revanche, son grand-père paternel est natif de Saint-Louis ; il est citoyen français, et a appris à ses descendants les bonnes manières en leur disant : «Vous n’êtes pas des indigènes ; il faut savoir tenir votre rang. Ne parlez pas fort. Adoptez, en toute circonstance, le sens de la mesure et la retenue !». Sada KANE a donc hérité de cet ancêtre la pudeur, la retenue, mais aussi les bonnes manières, cette grande noblesse d’esprit qui le caractérise.

Comme le veulent les coutumes ancestrales peules, à savoir l’endogamie, son père s’est marié à sa cousine Fatimata Sada WANE, dite Ama, originaire de M’Boumba. Son frère est Amadou Tamimou WANE, un grand spécialiste de l’histoire du Fouta-Toro et ses traditions ; il a considérablement contribué à la radio sénégalaise à valoriser l’héritage culturel des Haalpulaar, des Peuls, une civilisation millénaire, à travers une émission «Visages du Fouta». Le fils de Amadou Tamiou WANE, Mamadou Amadou WANE, a été directeur du journal Carrefour, puis président du conseil d’administration du journal Le Soleil, jusqu’à sa mort, en février 2020. C’est son oncle Amadou Tamiou WANE, cette haute figure familiale et de l’histoire du Sénégal qui a considérablement influencé le jeune Sada, fils aîné qui ne voulait, ni aller étudier à l’étranger, ni être instituteur, mais seulement devenir journaliste ou hommes de lettres.

Sada KANE, autodidacte, a démarré dans la presse écrite par un «Journal des jeunes» ; après douze numéros il va rejoindre le journal «Le Soleil». Il a été formé par de grands journalistes comme Habib SY et Bara DIOUF. Sada KNA a eu suivi quelques stages à l’étranger, notamment à Paris et en Tunisie.

Sada KANE est passé par la suite à la radio, au journal parlé ; à cette époque, les journalistes devaient suivre des cours de diction, dont certains étaient dispensés par l’écrivain, romancier et poète, Joseph ZOBEL (1915-2006, voir mon article du 5 juin 2016).

Dans ses émissions littéraires, Sada KANE a choisi de s’exprimer, ni en Peul, ni en Ouolof, mais en langue française ; c’est un choix délibéré dans un pays multiculturel, Sada voulant s’adresser à toutes les composantes de la nation sénégalaise dignes d’intérêt, mais aussi à l’Afrique francophone et au reste du monde, témoignant ainsi de sa grande ouverture d’esprit et son universalisme.

Au cours de mon séjour au Sénégal en décembre 2022, j’ai échangé pendant plus de 53 minutes au téléphone avec Sada. J’ai découvert son exceptionnel et riche parcours personnel et personnel au service de l’information et de la littérature. Sada KANE qui interviewe les écrivains comme mon ami et frère l’écrivain Iba Ciré NDIAYE, s’est engagé à nous relater, par écrit dans un ouvrage le sens de ses combats pour que la lumière, la paix, le bien-être et la démocratie pour ce «Grand petit pays» qu’est notre cher Sénégal.

J’attends donc avec impatience et grand intérêt le récit de cet homme riche de ses rencontres et d’un itinéraire hors du commun.

Paris, le 25 juillet 2023, actualisé le 16 décembre 2023, par Amadou Bal BA – 

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