« Nous ne pouvons abandonner aucun théâtre d’opérations », a affirmé le président Macron, avant de partager un repas de Noël avec les militaires français déployés en Jordanie dans le cadre de l’opération Chammal, le 21 décembre. Pourtant, au cours de ces dix-huit derniers mois, la France a bien été obligée de se retirer militairement de la zone dite des trois frontières car située aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger… Et donc de mettre un terme à ses opérations de contre-terrorisme dans cette région.
« Je pense au Sahel. J’ai décidé d’importantes reconfigurations et me suis exprimé à ce sujet en février dernier. Le putsch de cet été au Niger en confirme la nécessité et nous continuerons, là-bas, de protéger nos intérêts. Mais nos armées seront moins présentes en permanence, moins posées, aussi moins exposées », a rappelé M. Macron.
Pour rappel, le 27 février, celui-ci avait dévoilé une « stratégie pour l’Afrique », laquelle proposait d’instaurer un « nouveau modèle de partenariat » selon deux axes : une « réduction visible des effectifs [militaires] français » associée à une « augmentation des effectifs de [des] partenaires africains » et une offre de « formation, d’accompagnement et d’équipements au meilleur niveau » plus conséquente.
« Vos frères d’armes mettent en oeuvre ces orientations, avec courage, avec détermination, dans un contexte souvent difficile. Et le CEMA [chef d’état-major des armées] a donné des directives claires. C’est un immense défi logistique qui est relevé quotidiennement pour désengager nos éléments du Niger et les choses se déroulent avec professionnalisme, calme, respect », a ensuite déclaré le chef de l’État.
Cela étant, lors de l’annonce de cette nouvelle « stratégie pour l’Afrique », personne ne se doutait que le Niger, dernier pays sur lequel Paris comptait pour tenir à l’oeil les groupes jihadistes actifs dans la région des trois frontières, allait être le théâtre d’un coup d’État… Et qu’il dénoncerait les accords militaires noués avec la France.
Quoi qu’il en soit, fin septembre, après plusieurs semaines de bras de fer et de tractations diplomatiques au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest [Cédéao], le président Macron dut se résoudre à annoncer le retrait des forces françaises de ce pays. Retrait qui fut amorcé durant la première semaine d’octobre.
Ce désengagement du Niger aura pris trois mois. En effet, ce 22 décembre, une cérémonie organisée à Niamey a officiellement marqué la fin de dix ans de présence militaire française dans ce pays. Celle-ci s’est terminée avec la « signature » d’un « document conjoint » par le colonel Mamane Sani Kiaou, le chef d’état-major de l’armée de Terre nigérienne, et le général Éric Ozanne, le commandant des forces françaises au Sahel.
« La signature de ce texte s’est faite en présence du Togo et des États-Unis », représentés respectivement « par le chef d’état-major général des armées et l’attaché militaire de Défense », a précisé l’armée nigérienne.
Dans son dernier compte-rendu des opérations, l’État-major des armées a indiqué que « moins de 100 militaires français » étaient encore présents à Niamey à la date de 19 décembre. Et d’ajouter : « Il ne reste plus de troupe combattante, de véhicule blindé, ni d’aéronef de combat. Des rotations aériennes quotidiennes sont effectuées pour achever le désengagement du fret, avec le concours supplémentaire d’aéronefs alliés. En parallèle, des convois logistiques civils permettent d’évacuer du fret non sensible vers les ports de la région pour un acheminement par voie maritime ».
À noter que la fin du retrait des forces françaises coïncide avec l’annonce de la fermeture de l’ambassade de France au Niger parce que celle-ci « n’est plus en capacité de fonctionner normalement ni d’assurer ses missions »… et aussi avec la reconnaissance par les Nations unies de la junte nigérienne comme « autorité légitime ». Ce qui est un désaveu de plus pour le président élu, Mohamed Bazoum, ainsi que pour la diplomatie française.
Par ailleurs, alors que, dans le cadre de son alliance avec le Mali et le Burkina Faso, le Niger envisage un rapprochement avec la Russie, les États-Unis, qui maintiennent encore une importante présence militaire dans ce pays [même si elle est passée de 1100 à 648 soldats, ndlr], ont récemment dit avoir l’intention de reprendre leur collaboration avec Niamey… mais en procédant « par étapes », c’est à dire en fonction des décisions prises par la junte pour restaurer l’ordre constitutionnel.
D’autres pays européens sont sur la même ligne, même si Niamey a aussi coupé les ponts avec l’Union européenne [UE], en dénonçant les accords relatifs à la mission EUCAP Sahel Niger et à la mission de partenariat militaire de l’UE au Niger [EUMPM]. Tel est ainsi le cas de la Belgique.
« Au Niger, l’opération New Nero a pris fin à la suite d’un coup d’État. La Défense reste présente pour continuer à surveiller les activités et la situation générale dans la région », a en effet indiqué le ministère belge de la Défense, le 19 décembre.
Le même jour, en visite à Niamey, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a laissé entendre que l’Allemagne souhaitait continuer à coopérer avec le Niger.
« Nous avons clairement indiqué quelle position était la nôtre, ce qui est envisageable et ce qui ne l’est pas. Et nous allons désormais préparer sereinement les prochaines étapes. J’ai dit, au nom de la partie allemande, que nous souhaitions reprendre les projets de coopération. Même après la prise du pouvoir, nous n’avons pas tout arrêté », a-t-il déclaré.
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