Samy B nous raconte l’histoire originale de King Posse et plus encore

Notre rubrique Kote W Ye est de retour! Notre invité pour ce jeudi est le chanteur Samy B, voix bien connue de King Posse.

Les fans de la bonne musique des années 1990 et 2000 connaissent sans doute Samy-B, la douce voix du groupe King Posse, qui a fait rêver jeunes et moins jeunes pendant plus d’une décennie avec meringues carnavalesques et chansons les unes plus classiques que les autres.

Dans notre toute nouvelle sortie de #KoteWYe, Samy-B de son vrai nom Samuel Brutus nous raconte l’histoire assez originale de ce groupe devenu légendaire dans l’histoire de la musique haïtienne.

Le chanteur originaire de Pétion-Ville, âgé de 49 ans et père d’un garçon et d’une fille, vit en Haïti. Il nous raconte, entre autres, ce qu’il fait pour gagner sa vie depuis que King Posse, qui n’est plus actif sur le marché musical haïtien, sa lecture sur la nouvelle génération d’artistes haïtiens et le projet que chérit son groupe fétiche actuellement.

Loop: King Posse est aujourd’hui un groupe légendaire dan la musique haïtienne, mais peu de gens connaissent son histoire. Et su tu nous racontais comment est né le fameux King-Posse?

Samy B: King Posse a commencé à se grouper en 1994. A l’époque, c’était facile puisqu’on habitait presque tous entre Delmas et route de Frères. On se rencontrait lors des matchs de football chez les Frères Salésiens de Pétion-Ville, puis on a appris à se connaître, ce qui a facilité la formation du groupe.

Au début, notre plan était d’entrer en studio et sortir une chanson pour notre plaisir et pour pouvoir jouer aux superstars dans la cour de récréation de nos écoles. Après, on a rencontré Fred Lizaire, il a voulu rendre les choses plus sérieuses. Et c’est ce qu’il a fait en commençant par nous orienter vers plus d’idées, vu qu’on voulait garder notre idée de départ qui consistait à sortir une seule chanson. Dans la foulée, il a rencontré un ami à lui, le feu bassiste/trésorier/manager de Tabou Combo, Yvon Ciné, qui était aussi promoteur de Boukan Ginen, membre fondateur et propriétaire d’un jazz qui s’appelait « Superstar Music Machine », et lui a parlé de nous. Yvon ciné a décidé de nous rencontrer un bon matin pour nous auditionner sur la cours la maison de Haitian Budju où l’on faisait régulièrement nos répétitions.

Après nous avoir écouté chanter huit (8) compositions, Yvon ciné nous a dit : « M tande nou vle soti yon grenn mizik, men jan m wè nou bon la, s on album pou nou ta ban mwen. Mete sou 8 mizik sa yo fè l rive 12 epi m ap pèmèt nou rantre nan estidyo. »

Voilà comment on est devenu ce groupe professionnel, populaire après avoir remis à Yvon ciné l’album « Pa bat kò w » avec entre autres, la chanson « Lokal », devenue l’une des chansons les plus légendaires de l’histoire la musique haïtienne.

Loop : Depuis plusieurs années, King Posse a un peu disparu des radars de la musique haïtienne. Dis-nous donc Samy B, qu’est-ce qui s’est passé avec le groupe?

Samy B : Certes, on est absent de la scène musicale depuis maintenant beaucoup d’années, mais le groupe existe encore. Je peux aussi dire que notre fonctionnement est perturbé à cause de la situation dégradante du pays depuis quelques années; nos membres sont dispersés dans différents pays dont le Canada, les Etats-Unis et Haïti.

Par contre, au cours des dix dernières années, King Posse a fait l’effort d’être présent pour le carnaval – 2014, 2015, 2019. Récemment, en 2022, on s’est regroupé pour sortir une chanson intitulée « I don’t mind », du style afrobeat qui est disponible sur les chaines YouTube de Konpa Magazine, Konpa Event. Nos fans peuvent aller voir la vidéo.

Avec Bouda Ranks et Haitian Budju [deux autres membres du group, ndlr], on parle souvent des projets qu’on veut réaliser avec King Posse. On envisage de faire un come-back, entre autres projets du groupe.

 

Loop : King Posse ne produit plus, le groupe ne performe sur scène depuis de nombreuses années. Personnellement, comment gagnes-tu ta vie depuis?

Samy B : A l’époque où King-Posse fonctionnait à plein régime, je vivais effectivement de la musique. Mais depuis que le groupe n’est plus opérationnel sur le marché de la musique, je suis obligé de faire autres choses pour vivre.

A une époque, j’étais dans la location de camions, mais j’ai été obligé de les vendre quand des hommes ont commencé à les détourner. Je suis aussi dans l’immobilier car je loue des maisons à des particuliers. Puisque je vis en Haïti, je suis continuellement obligé de changer mes investissements en raison de l’instabilité dans le pays. Je suis aussi peintre et vers 2015, j’achetais aussi des tableaux pour les revendre.

Loop : Ça arrive que des membres de KP soient tentés par une carrière solo. Cette idée ne t’est-t-elle jamais passée par la tête?

Samy B : Pour le moment, non. Je dois avouer que cela m’a déjà tenté, mais à chaque fois que j’ai essayé, j’ai laissé tomber. Il est déjà difficile de réaliser des projets avec King-Posse, donc je ne compte pas faire de projets personnels pour le moment, même s’ils sont nombreux ceux qui m’ont déjà proposé de le faire avec moi. Pour l’instant, il n’y a que King Posse qui m’intéresse.

Loop : Est-ce que King Posse compte proposer de nouvelles œuvres musicales aux fans, si oui quand ?

Samy B : Notre projet pour l’instant est de faire un « Back on stage ». Ce format nous sera beaucoup plus facile, d’autant qu’il y a une grande demande des fans pour nos « classiques ». Il y a des chansons de King-Posse qui ont traversé le temps que le public aimerait revivre avec King Posse sur scène.

Très bientôt les fans auront des affiches de King Posse en Europe, en Amérique du Nord. Il y a des discussions et des démarches qui se font à ce sujet.

Loop : Du temps où King Posse était en vogue, est-ce que les revenus du groupe permettaient à tous les musiciens de vivre de la musique ?

Samy B : Je pense que je peux répondre « oui ». Des années 1990 aux années 2000, je crois que la réponse est oui.

Loop : Quelle est la lecture de Samy B sur le monde musical haïtien de nos jours et est-ce que tu vois King Posse s’y imposer facilement, surtout face à la nouvelle génération?

Samy B : De mon point de vue, je vois qu’il est difficile de faire de la musique en Haïti actuellement. Tout comme la population, la musique se déplace. La musique haïtienne est une musique réfugiée aujourd’hui. Plus rentable par rapport à l’époque de King Posse à l’aide de l’internet, des réseaux sociaux qui offrent plus d’assiettes aux artistes pour gagner de l’argent, mais la musique pour « Ayiti cheri », celle qui s’inspire de notre soleil, de notre ambiance, tend à disparaître.

Je crois que la nouvelle génération doit se réveiller parce qu’il est très difficile qu’un Haïtien, obligé d’aller vivre en Chine, puisse dire qu’il fait de la musique pour les Haïtiens. Je crois que, pour faire de la musique pour les Haïtiens, de la bonne musique, celle de Grand-Rue, de Rue Pavée, de Martissant, de Delmas 1, 2, des Cayes, de Jérémie, de Petit-Goâve, il faut être dans l’ambiance d’Haïti. On peut toujours faire une chanson haïtienne en étant aux Etats-Unis, mais je vous garantis que ce ne sera pas le même « feeling ».

La nouvelle génération est en train de monter avec une musique dite « haïtienne », mais à la vérité c’est une musique « hybride » qui perd de son piment local.

Il est vrai qu’il y a des artistes qui font beaucoup d’efforts dans la nouvelle génération, mais il y en a beaucoup qui ne proposent pas grand-chose musicalement. On est dans une totale régression où les chansons ne sont pas de bonne qualité. Donc, bien sûr que King Posse arriverait à s’imposer dans ce paysage musical. Aujourd’hui, un jeune qui veut chanter comme Samy B n’a que le Rabòday, qui, musicalement fait défaut, comme son proposé par la radio. Ce jeune ne pourra pas interpréter un Michael Jackson ou un Bob Marley.

Si tu écoutes la chanson I don’t mind que King-Posse a sorti en 2022, tu verras qu’on est tous devenus meilleurs. « G on bagay ki rele pi wouye pi koupe » (rire). C’est pour cela aussi que jusqu’à présent personne n’arrive à prendre la place qu’a occupé King-Posse dans la musique en Haïti.

Loop : Plusieurs membres de King Posse, dont Black Alex, nous ont quittés depuis maintenant quelques années. Un mot en leur mémoire?

Samy B : Black Alex est mort, Losito aussi. Ces artistes sont venus, ils ont fait leur temps et ont écrit une histoire qui s’intitule King Posse. Ils ne sont plus là mais ils ont laissé derrière eux beaucoup de personnes qui continuent de raconter cette histoire. Je fais partie de ces personnes et je compte continuer à raconter cette histoire. En attendant, que leurs âmes reposent en paix.

Loop : Merci Samy pour l’interview, mais avant de te laisser partir, un dernier mot pour tes fans et ceux de King Posse en général.

Samy B : Je ne peux pas leur dire de dernier mot pour l’instant. Par contre, je peux leur donner quelques paroles de réconfort. « Kenbe la pa lage. Ayiti p ap mouri », parce qu’un peuple démobilisé est un peuple appelé à disparaître. « Kenbe la. Bondje ap veye sou nou. Samy B renmen nou e se tout yon plezi pou Samy B te fè pati de nasyon sa e pou l te ekri istwa ki rele King Posse a tou, yon istwa kif è anpil moun reve ».

Bonus: voici une compilation YouTube des plus grands hits de King Posse.

Allwitch Joly


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