Au Cameroun, l’homosexualité reste un délit punissable de 5 ans de prison. L’avocate genevoise Saskia Ditisheim défend depuis 2010 les droits des homosexuels camerounais. En 2011, elle a réussi à sortir de prison Bruno, depuis exilé en France. Vendredi dernier, ils se sont retrouvés à l’aéroport de Genève.
Ils ne s’étaient pas vus depuis 2011, c’était au Cameroun lorsque l’avocate genevoise a réussi à sortir Bruno de l’une des pires geôles camerounaises, la prison centrale de Yaoundé où il a été incarcéré pendant 6 mois pour homosexualité. Son crime ? La police a trouvé dans ses affaires des préservatifs contenant des logos gays. En prison, parce qu’il est homosexuel, il vit l’enfer. «J’ai subi les plus grandes violences. J’ai été bastonné, violé. Je ne pouvais rien dire car je ne voyais rien dans le noir. Mais c’est là où le calvaire a commencé, raconte Bruno Efaaba. Cette agression le plonge dans le coma. Il décrit des conditions de détention exécrables. «La prison centrale, c’est très difficile. On peut se retrouver dans un local à 50 personnes. Dans les dortoirs, les couchages se superposent – il mime avec les mains comme les couches successives d’un mille-feuille – nous avons juste un petit espace pour respirer. C’est le plus fort qui fait la loi. Et de surcroît, tu es gay, interroge-t-il? C’est là où tu subis tout. Tu passes par tout.»
«Il y a une grande homophobie au Cameroun»
Présidente de l’association Avocats sans frontières, Saskia Ditisheim se saisit alors de son dossier. Son premier au Cameroun. Au regard de la loi, son client risque jusqu’à 5 ans de prison. L’avocate est alors particulièrement choquée par ce qu’elle découvre. «Le fait qu’il a été bastonné, qu’il a été violé, qu’il a eu une anuscopie forcée, que l’on indique dans le dossier qu’il est homosexuel car il a une béance rectale, la désinvolture des juges, le fait que l’on n’ait pas retrouvé le dossier, le fait que l’on poursuive les personnes pour homosexualité, que l’on viole la dignité humaine, énumère de manière exhaustive l’avocate. Tout me choque. Il y a beaucoup de paramètres qui font qu’il y a une grande homophobie au Cameroun.»
«On a l’impression d’avoir la peste»
Bruno s’est exilé en France où il travaille et vit en paix. En témoignant, il veut contribuer à changer les mentalités au Cameroun où l’homosexualité est encore considérée comme une maladie. «Qui dit gay, dit malade sidéen. Pour les gens, c’est ça. Si tu annonces que tu l’as, tout le monde te fuit. C’est pareil pour les gays. Tes sœurs, tes cousines, tout le monde va te dire : tu ne peux pas venir chez moi. Tu te retrouves dans la rue. Aucun membre de ta famille ne va t’accueillir. On a l’impression d’avoir la peste», estime Bruno.
Saskia Ditisheim continue son combat pour la dépénalisation de l’homosexualité et le respect du droit et des conventions internationales. Selon les défenseurs de la communauté gay au Cameroun en 2023, 18 personnes ont été arrêtées pour homosexualité. Deux condamnations ont été recensées.
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