Sur le ring, Sédia Sanogo déjà quatre fois championne de France se déploie avec grâce. Tout en muscles ! Elle cogne. Elle frappe. Son regard est fixe. Elle ne lâche rien. Elle a la rage des gagneuses… Elle qui n’est pas née et qui n’a jamais vécu en Côte d’Ivoire, a fait le choix de représenter le pays de ses ancêtres pour les prochains Jeux olympiques. Un pays où la boxe anglaise féminine est inexistante : « J’ai senti que la boxe était morte en Côte d’Ivoire, lâche Sédia Sanogo, on a un peu un état d’esprit à l’ancienne, à savoir que les femmes n’ont pas le droit de pratiquer ce type de sport encore considéré comme une chasse gardée pour les hommes. »
La boxe, c’est une histoire de famille
Sédia Sanogoa a commencé très tôt, dès l’âge de 13 ans, au club de Garges-lès-Gonesse en banlieue nord de Paris. Son père et sa sœur ont pratiqué ce sport, mais c’est avec son frère, boxeur lui aussi, qu’elle fait ses premiers pas. Des débuts prometteurs en équipe de France où elle devient championne de France cadette. Le club lui propose alors d’intégrer une filière sport et études, mais pour ses parents, ce sera un non catégorique. Son coach « la lâche à son tour ». Il quitte la France pour poursuivre ses études en Angleterre : « Le coach » dit-elle, « c’est comme un deuxième père, un grand frère, un confident, un meilleur ami. Sur le ring, on n’est jamais seule »… Elle abandonne tout. Et tire un trait sur sa carrière, jusqu’au jour où douze ans plus tard, par le plus grand des hasards, elle tombe sur son coach en pleine rue. Et ce sera un nouveau départ.
Sédia Sanogo aime les défis
Aujourd’hui, Sédia Sanogo est éducatrice spécialisée. Elle accompagne des jeunes suivis par l’aide sociale à l’enfance. Mais elle est obligée de travailler pour payer sa préparation physique et ses stages à l’étranger : « La championne de ma catégorie est Turque, donc régulièrement, je vais à Istanbul pour suivre ses combats. Moi, je suis seule, je n’ai pas de soutien financier alors qu’une athlète de haut niveau doit pouvoir s’entraîner deux fois par jour. Elle respire boxe, elle mange boxe, elle se réveille et elle dort « boxe ». Malgré ces difficultés, Sédia Sanogo a la rage de vaincre, elle est déterminée.
Capitaine de l’équipe ivoirienne, sa force c’est son mental
Elle est déjà dans un autre combat. Elle n’a qu’une seule idée en tête : offrir la victoire et une médaille à la Côte d’Ivoire qui n’en a jamais eu.
Les boxeuses membres de l’équipe nationale ivoirienne se comptent sur les doigts de la main. Elles sont cinq. « Je dois motiver les troupes et je suis seule à insuffler cet esprit d’équipe même chez les hommes…. Mais ce n’est pas facile, car je vis en France alors que le reste de l’équipe est en Côte d’Ivoire.
Et combattre sous les couleurs de la Côte d’Ivoire, c’est aussi un choix personnel, car c’était l’une des dernières volontés de ma grand-mère qui voulait me voir boxer sur ses terres. De là où elle est, elle me regarde, dit-elle avec fierté, en se disant que sa petite fille a renoué avec ses racines. »
« La femme forte d’Afrique »
Cette athlète de haut niveau a donc créé LFA : la femme forte d’Afrique ; une association pour développer le sport de combat en Côte d’Ivoire. « Pour moi, le sport est un outil. Je veux m’adresser aux femmes, à celles qui ont perdu confiance en elle, à celles qui sont victimes de violences conjugales… Vous savez, pour monter sur un ring, il faut avoir confiance en soi. C’est une première étape, et je souhaite accompagner ces femmes dans leur reconstruction. »
Rachid Labdouni, son entraîneur, la soutient dans ses choix
« C’est une athlète complète qui a un énorme talent et des capacités incroyables, elle aurait pu prétendre rejoindre l’équipe de France, mais elle a fait le choix de combattre pour son pays, le Côte d’Ivoire et je la soutiens », explique son entraineur Rachid Labdouni.
Pour aller chercher cette qualification pour les Jeux olympiques… Sédia Sanogo est prête à faire des sacrifices… C’est difficile, mais elle ne lâche rien. Son prochain combat est prévu en mai au Nigeria.
Avec les coups, les longues tresses de Sédia se sont détachées… La boxeuse, les poings emprisonnés dans les gants, ne peut refaire son chignon… Alors son coach, dans un large sourire, la recoiffe. Elle reprend son souffle. Elle donne tout.
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