Sénégal, la puissance des Mourides

Le Sénégal a un nouveau président et il a été élu dès le 1er tour…

Bassirou Diomaye Faye devient ainsi le plus jeune président de l’Histoire moderne du Sénégal, puisqu’il a été élu à 44 ans, le jour même de son anniversaire.

Joli cadeau pour quelqu’un qui n’aurait jamais dû être candidat ! Il a en effet remplacé au pied levé le vrai et charismatique chef de l’opposition, Ousmane Sonko, qui ne pouvait se présenter pour cause d’inéligibilité.

Mais comme le soulignait en wolof un des slogans de sa campagne victorieuse : « Sonko mooy Diomaye, Diomaye mooy Sonko » ; « Sonko c’est Diomaye ; Diomaye c’est Sonko ». Et c’est vrai qu’il est difficile de les différencier ces deux-là :

Même carrière au sein de l’administration fiscale, pas encore 50 ans pour les deux et un compagnonnage d’une décennie au sein du même parti, le PASTEF qu’ils ont fondé ensemble. L’alliance des deux a fait des miracles dans les grandes villes !

Pourquoi particulièrement les grandes villes ?

L’info de France Inter

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Parce que c’est là que se concentre la jeunesse sénégalaise qui compose la majorité de la population. Une jeunesse de mieux en mieux formée et qui en avait assez de la politique à-la-papa des Wade et Sall de ces 20 dernières années.

Ce sont eux qui ont fait l’élection : d’abord à Dakar, la capitale – qui s’est soulevée de bonheur dès les premières estimations – mais aussi à Thiès – la région de naissance de M. Diomaye et à Ziguinchor dont M. Sonko a été le maire.

Mais le plus spectaculaire a été le « score quasi-soviétique » – au dire de la presse locale – réalisé par M. Diomaye à Touba, la ville sainte de la confrérie sunnite des Mourides.

Qui sont les Mourides ?

Il s’agit d’une des 4 principales confréries sénégalaises, mais c’est celle qui est la plus riche et la plus politique, donc influente. Des confréries soufies, c’est-à-dire pratiquant un islam plutôt modéré reposant sur une hiérarchie et des pratiques ésotériques.

Tous les ans, les Mourides organisent à Touba un pèlerinage, ou Grand Magal, qui l’occasion de tester la puissance de la confrérie : l’année dernière, en septembre, près de 6 millions de Sénégalais ont participé à ce rassemblement.

Les Mourides sont dirigés par un Calife général : Ousmane Sonko lui doit une intervention, en 2021, pour obtenir sa libération de prison et une autre l’année dernière, pour ramener le calme dans les rues.

Le nouveau président appartient à cette confrérie ?

L’info de France Inter

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Non et le parti dont il est le chef est en principe plutôt méfiant vis-à-vis de cet islam confrérique même si Messieurs Sonko et Diomaye ont toujours ménagé les leaders religieux. Les Mourides et leur Calife général en ont profité pour se rendre indispensables.

La consigne a été passée de voter comme un seul homme pour le jeune président Diomaye et lui permettre ainsi de s’épargner un second tour. Les Mourides, en échange, obtiennent un accès privilégié au futur exécutif. C’est très important pour eux :

Depuis de nombreuses années, les confréries – et notamment les Mourides – font face à la concurrence d’une version de l’islam promue par l’Arabie saoudite et violemment anti-soufie. Dans confrontation interreligieuse, l’appui de l’État est précieux.

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