Ousmane Sonko, plus farouche opposant au président du Sénégal, Macky Sall, et candidat à l’élection présidentielle de 2024, a été inculpé et écroué, ce lundi, pour divers crimes, dont l’appel à l’insurrection, et son parti a été dissous, faisant craindre de nouveaux troubles au Sénégal. Ousmane Sonko, 49 ans, investi candidat par son parti, voit ainsi s’ouvrir une troisième procédure judiciaire à son encontre, qui risque de compromettre encore davantage sa participation à la présidentielle de février 2024.
Moins de deux heures après son inculpation, le ministre de l’Intérieur, Antoine Diome, a annoncé, dans un communiqué, la dissolution de son parti, le Pastef, créé en 2015, justifiant sa décision par ses appels « fréquents » à des « mouvements insurrectionnels » qui ont fait, selon lui, de nombreux morts, en mars 2021 et juin 2023, et entraîné « des actes de saccage et de pillage de biens publics et privés ». « Les biens du parti dissous seront liquidés », ajoute le communiqué.
L’opposant avait été condamné, le 1er juin, à deux ans de prison ferme dans une affaire de mœurs, un verdict qui le rend inéligible en l’état, selon des juristes. Sa condamnation avait engendré les troubles les plus graves depuis des années au Sénégal, qui ont fait 16 morts selon les autorités, une trentaine selon l’opposition.
« C’est une farce »
« C’est une farce », a réagi Me Ciré Clédor Ly au placement en détention de son client pour huit chefs d’accusation, dont « appel à l’insurrection, association de malfaiteurs, atteinte à la sûreté de l’État, association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste » et « complot contre l’autorité de l’État ». L’avocat a dénoncé « un dessein qui a été formé, réfléchi, planifié et qui a été exécuté ». L’opposant poursuivait, ce lundi, sa grève de la faim, qu’il a entamée dimanche, ont dit ses avocats à la presse. Ils n’ont pas précisé le lieu où il allait être incarcéré. Comme il s’agit de faits criminels, « le juge peut le retenir jusqu’à ce que le dossier soit instruit », a dit Me Babacar Ndiaye.
« Je viens d’être injustement placé sous mandat de dépôt. Si le peuple sénégalais, pour qui je me suis toujours battu, abdique et décide de me laisser entre les mains du régime de Macky Sall, je me soumettrai, comme toujours, à la volonté divine », a réagi Ousmane Sonko sur les réseaux sociaux après son face-à-face avec le juge. Il avait été arrêté, vendredi, après avoir notamment affirmé, sur les réseaux sociaux, que les forces de sécurité présentes devant son domicile l’avaient filmé. Il a précisé avoir « personnellement arraché le téléphone et demandé à la personne de le déverrouiller et d’effacer les images qu’elle a prises », ce que cette dernière a refusé de faire. Des gendarmes l’avaient ensuite arrêté.
L’accès à internet coupé sur les téléphones
De nouveaux troubles sont désormais craints à Dakar et dans tout le Sénégal. « On s’attend forcément à des manifestations. La question, c’est de savoir pour combien de temps et dans quelle proportion », a déclaré Mamadou Ngom, un éducateur. « Cette fois, je crois que c’est cuit pour Sonko. Les jeunes vont, certes, sortir mais ils n’y peuvent plus rien », a, de son côté, estimé Sidiya Tall, 34 ans.
Les autorités sénégalaises ont, par ailleurs, coupé, ce lundi, temporairement l’accès à internet sur les téléphones mobiles, en mettant en avant la « diffusion de messages haineux et subversifs » sur les réseaux sociaux, après les appels à manifester contre l’arrestation d’Ousmane Sonko. Amnesty International a dénoncé cette restriction, qu’elle considère comme « une atteinte à la liberté d’information », et appelé les autorités à « rétablir l’internet », dans un message sur Twitter, rebaptisé X.
Des heurts dans la ville d’Ousmane Sonko
Dans le centre de Dakar, de nombreuses personnes, inquiètes, se précipitaient pour prendre les moyens de transport, qui se faisaient rares. La société qui gère le train rapide reliant Dakar à sa banlieue a annoncé, ce lundi après-midi, « l’arrêt de (la) circulation sur toute la ligne en raison d’actes de malveillance » commis par des protestataires, dans un message sur X. Peu d’incidents étaient signalés à Dakar, ce lundi après-midi.
À Ziguinchor, la grande ville du sud dont Ousmane Sonko est le maire, des heurts ont éclaté, ce lundi, entre ses partisans et la police. Des groupes de jeunes mobiles y ont lancé des pierres aux policiers, qui ont tenté de les disperser à coups de grenades lacrymogènes. Plusieurs rues ont été barrées à l’aide, notamment, de blocs de pierres et de barres de fer par les manifestants, parmi lesquels des femmes, dans plusieurs quartiers de la ville.
Ousmane Sonko crie au complot du président Macky Sall pour l’écarter de la présidentielle de 2024. Le chef de l’État sénégalais, élu en 2012 pour sept ans puis réélu en 2019 pour cinq ans, s’en est défendu. Il a annoncé, le 3 juillet, qu’il ne se présenterait pas à ce scrutin.
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