Sénégal : l’opposant Ousmane Sonko inculpé et écroué, son parti dissous

La situation dégénère au Sénégal. L’opposant Ousmane Sonko, dont les péripéties judiciaires scandent la vie politique du pays ces derniers mois, a été inculpé et écroué lundi pour divers crimes, dont l’appel à l’insurrection.

Le parquet a affirmé dans un communiqué que « depuis un certain temps », des « actes, déclarations, écrits, images, et manoeuvres » de la part de l’opposant étaient « constitutifs de faits pénalement répréhensibles ». Il a également affirmé qu’Ousmane Sonko avait « volé avec violence le téléphone portable d’une femme gendarme » et avait « aussitôt appelé le peuple, par un message subversif divulgué sur les réseaux sociaux, à se tenir prêt », raison pour laquelle il a décidé d’ouvrir une enquête pour « divers chefs de délits et crimes ».

Moins de deux heures après son inculpation, le ministre de l’Intérieur, Antoine Diome, a annoncé dans un communiqué la dissolution de son parti, le Pastef, justifiant sa décision par ses appels « fréquents » à des « mouvements insurrectionnels » qui ont fait, selon lui, de nombreux morts en mars 2021 et juin 2023 et entraîné « des actes de saccage et de pillage de biens publics et privés ».

« La stabilité du Sénégal est compromise »

Le Pastef a estimé que son président avait été arrêté « brutalement », a demandé sa « libération immédiate » et appelé les Sénégalais « à résister constitutionnellement contre ces abus et dérives tyranniques ». La « stabilité (du Sénégal) est désormais compromise, car le peuple n’acceptera jamais cette ultime forfaiture » du pouvoir contre « le favori » de la présidentielle, a affirmé le parti dans un communiqué. Il dénonce un emprisonnement « sous des motifs fallacieux » et dit attendre une « notification » de la dissolution « anti démocratique » pour l’attaquer par des « voies légales ».

Lundi, en début de soirée, des heurts sporadiques ont éclaté aux Parcelles assainies, dans la banlieue, où des jeunes se sont attaqués aux forces de l’ordre qui les ont dispersés avec des gaz lacrymogènes. « Libérez Sonko ! », ont scandé ces jeunes qui ont brûlé des pneus et érigé des barrages de pierres sur la chaussée.

Grève de la faim

A 49 ans, Ousmane Sonko voit ainsi s’ouvrir une troisième procédure judiciaire à son encontre, qui risque de compromettre encore davantage sa participation à la présidentielle de février 2024. L’opposant a été condamné le 1er juin à deux ans de prison ferme dans une affaire de moeurs, un verdict qui le rend inéligible en l’état, soulignent ses avocats et des juristes.

Sa nouvelle inculpation lundi « est une farce », a estimé son avocat Me Ciré Clédor Ly. Ousmane Sonko poursuivait lundi sa grève de la faim qu’il a entamée dimanche. « Si le peuple sénégalais, pour qui je me suis toujours battu, abdique et décide de me laisser entre les mains du régime de Macky Sall, je me soumettrai, comme toujours, à la volonté divine », a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux.

Ousmane Sonko dépeint le président Macky Sall comme un dictateur en puissance, tandis que les partisans du chef de l’Etat le qualifient d’agitateur qui sème l’instabilité. Macky Sall a annoncé début juillet qu’il ne briguerait pas un troisième mandat, après des mois d’ambiguïté à ce sujet.

Source AFP

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