Le 3 février, Macky Sall a pris tout le monde de court en reportant l’élection présidentielle à trois semaines du scrutin. L’Assemblée nationale a fixé cette élection au 15 décembre et a voté le maintien au pouvoir de Macky Sall jusqu’à la prise de fonctions de son successeur, vraisemblablement début 2025 alors que son deuxième mandat expirait officiellement le 2 avril.
Cette décision a mis le feu aux poudres et une vague de contestations dans le pays. Depuis vendredi, des manifestations ont été réprimées par les forces de sécurité. Celles-ci ont dispersé le moindre rassemblement en tirant des gaz lacrymogènes. Samedi, un lycéen de 16 ans a été tué alors qu’il manifestait dans le sud du Sénégal, portant à trois le nombre de tués dans le pays depuis l’annonce de ce report. Landing Camara, dit Diedhiou, est mort samedi soir des suites de ses blessures à l’hôpital régional de Ziguinchor, fief de l’opposant emprisonné Ousmane Sonko.
Dans un message sur les réseaux sociaux, la France ou encore l’ambassade des États-Unis au Sénégal a « exhorté toutes les parties à agir de manière pacifique et mesurée » et a de nouveau « demandé au président Sall de rétablir le calendrier électoral, de restaurer la confiance et d’apaiser la situation ». De son côté, l’Union européenne (UE) a-elle « appelé les autorités à garantir les libertés fondamentales », selon une porte-parole du chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell.
Dimanche soir, Walf TV, une télévision privée sénégalaise suspendue il y a une semaine pour « incitation à la violence » à travers ses images sur les protestations, a été rétablie sur les bouquets TNT et Canal du pays. « On remercie le peuple sénégalais qui s’est beaucoup battu, et le président pour son geste qui libère tout un peuple », a déclaré Cheikh Niass, le PDG de la chaîne.
Une nouvelle manifestation prévue mardi
Si la majorité des villes y compris la capitale Dakar semblent avoir retrouvé un semblant de calme, des points de contestation subsistent. À Ziguinchor, chef-lieu de Casamance, les heurts ont continué, mettant aux prises des dizaines de jeunes, qui ont formé des barrages et jeté des pierres, aux forces de sécurité. « Un jeune a reçu un projectile sur la tête et il est décédé de ses blessures à la réanimation hier soir », a déclaré dimanche un responsable hospitalier sous couvert de l’anonymat.
Une enquête a aussi été ouverte après la mort vendredi d’un étudiant en géographie de 22 ans à Saint-Louis (nord) dans des circonstances encore floues. Un vendeur ambulant a également succombé à ses blessures samedi à Dakar, victime selon ses proches d’un tir de gendarme la veille.
La majorité des villes ont retrouvé leur calme samedi, dont Dakar, la capitale. Mais à Ziguinchor, chef-lieu de Casamance, les heurts ont continué, mettant aux prises des dizaines de jeunes, qui ont formé des barrages et jeté des pierres, aux forces de sécurité.
L’opposition dans le pays a dénoncé les « dérives de ce pouvoir finissant ». « Nous prenons à témoin la communauté régionale et internationale, face aux dérives de ce pouvoir finissant », a déclaré Khalifa Sall, l’un des principaux candidats à la présidentielle.
La coalition du candidat antisystème Bassirou Diomaye Faye, qui a reçu le soutien d’Ousmane Sonko, a dénoncé pour sa part « la brutalité des forces de sécurité qui ont exercé des violences inouïes » tout en saluant « les efforts » de la société civile et des acteurs politiques pour « faire barrage au coup d’État constitutionnel » et maintenir la présidentielle le 25 février.
Une nouvelle manifestation lancée par un collectif de la société civile, Aar Sunu Election (« Protégeons notre élection »), est prévue mardi.
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