Une comédie inattendue réalisée en six jours, la suite d’un film d’aventures qui avait égayé l’été 2018, des blagues de cour de récréation… Encore un menu chargé pour les amateurs de cinéma en cette première semaine du mois d’août.
ON AIME BEAUCOUP
« Yannick » : la révélation Quenard consacrée
Non prévu à l’agenda, « Yannick » déboule un peu par surprise cet été dans les salles obscures. Signé Quentin Dupieux, réalisateur particulièrement prolifique capable de mettre en boîte un, voire deux films par an, il a été tourné en six jours chrono dans les locaux du Théâtre Déjazet à Paris (Xe). L’histoire ? Celle de Yannick (Raphaël Quenard), un veilleur de nuit habitant de Melun qui a posé une RTT et bravé les transports en commun pour se rendre au théâtre. Mais la pièce qui se joue sous ses yeux l’ennuie au point qu’au bout d’un moment, il n’en peut plus, interrompt la pièce et… prend les comédiens en otage. Une reprise en main de la soirée pleine de rebondissements.
Habile réflexion sur l’art et le divertissement, « Yannick » — même s’il part d’un postulat délirant — est sûrement le film le plus « normal » de Quentin Dupieux, qui pousse d’ordinaire très loin les curseurs de l’absurde. Drôle, cette prise de pouvoir d’un spectateur est aussi glaçante. Naviguant sans cesse entre ces deux humeurs, à mi-chemin entre comédie et thriller, Dupieux réussit à garder la tension du (vrai) spectateur de bout en bout jusqu’à un épilogue implacable. Un film court (1h07), nerveux, sur le fil, qui consacre le talent immense de Raphaël Quenard, la révélation du cinéma français de ce début d’année.
« Yannick », comédie française de Quentin Dupieux, avec Raphaël Quenard, Blanche Gardin, Pio Marmaï et Sébastien Chassagne (1h07)
ON AIME AUSSI
« Les Blagues de Toto 2 » : champêtre et sympathique
Toto et ses copains partent en classe verte dans une ferme écolo autosuffisante. Mais le couple qui les accueille au domaine des Pâquerettes semble bien mystérieux et les enfants découvrent qu’un fantôme rôde dans le château voisin. Toto va mener l’enquête et mettre au jour une énorme arnaque…
Trois ans après le très enlevé « Les Blagues de Toto », on retrouve le petit héros et ses camarades dans une comédie champêtre et sympathique. Les gags sont un poil datés — dans le car scolaire, ces enfants-là ne regardent pas TikTok, mais font des « batailles de chaussettes qui puent » —, comme les jeux de mots (« Un corps de ferme ? Mais elle est où, la tête ? »). On suit cependant avec plaisir ces gamins pleins d’énergie, qui ne ratent pas une occasion de faire une bêtise. Et dans le rôle des parents flippés et ultra-protecteurs, Anne Marivin et Guillaume de Tonquédec ne ménagent pas leurs effets pour nous attendrir et nous faire rire.
« Les Blagues de Toto 2 – classe verte », comédie française de Pascal Bourdiaux, avec Hugo Trophardy, Guillaume de Tonquédec, Anne Marivin… (1h24). À partir de 6 ans
« Détective Conan : le sous-marin noir » : nerveux
Aller voir le nouveau film « Détective Conan » au cinéma chaque année pourrait devenir une tradition pour certains. C’est le vingt-sixième long-métrage du petit détective nippon, qui cherche sans relâche à regagner sa forme adulte. Pour rappel, le manga créé en 1994 par Gosho Aoyama narre les aventures de Shinichi Kudo, détective lycéen transformé en enfant après sa rencontre avec les Hommes en Noir, cette mafia composée de tueurs aux noms d’alcools.
Cette fois-ci, les aventures de Conan le mènent avec ses amis en mer, sur la « Bouée du Pacifique ». Sur fond de surveillance biométrique, il devra résoudre le mystère de l’assassinat d’une employée d’Europol. Mêlant plus ou moins adroitement animation « traditionnelle » et 3D, l’animé bourré de suspense ne perd pas de son caractère enlevé ni de sa nervosité. De quoi ravir les spectateurs, qui manquaient pourtant à l’appel pour les deux dernières sorties de la franchise.
« Détective Conan : le sous-marin noir », film d’animation japonais de Yuzuru Tachikawa… (1h49)
« Le Colibri » : une fresque italienne mélodramatique
Adapté d’un roman italien, « Le Colibri » raconte le destin tourmenté de Marco Carrera, de son enfance à sa vieillesse. Lorsque le psy de sa femme vient lui annoncer qu’il court un grave danger, Marco se replonge dans son passé. Le spectateur redécouvre alors tous les moments forts qui ont jalonné sa vie, de son coup de foudre sur une plage pour la voisine quand il était jeune à sa rencontre ultra-romantique avec son épouse, en passant par la naissance de sa fille, des retrouvailles, des trahisons, des accidents, des enterrements…
Ce film déborde de passions, de femmes sublimes et hystériques, d’assiettes qui volent… Malgré d’incessants sauts dans le temps qui compliquent inutilement le récit, ce long-métrage émeut peu à peu, jusqu’à une fin poignante.
« Le Colibri », drame italien de Francesca Archibugi, avec Pierfrancesco Favino, Kasia Smutniak, Bérénice Bejo… (2h06)
« Tropic » : futuriste
Dans un futur proche, ou la France d’un univers parallèle, on ne saura vraiment jamais, Tristan et Lazaro sont des jumeaux qui partagent tout, ou presque. Le premier est le plus doué des deux, et c’est lui qui est sélectionné pour intégrer un corps d’astronautes. Mais il est un jour victime d’une mystérieuse substance toxique tombée du ciel, qui le défigure et altère ses capacités mentales. Son frère se sent obligé de prendre sa relève…
La rivalité entre deux frères très proches, l’abnégation d’une mère envers ses enfants, le courage et l’investissement nécessaires pour aller au bout de ses rêves… Ces thématiques, le jeune réalisateur Édouard Salier choisit de les traiter via un film relevant de la science-fiction, et qui a donc eu droit à une sélection hors compétition au récent festival du film fantastique de Gérardmer.
Hélas, si les acteurs investissent parfaitement leur rôle, et que les effets spéciaux ne déméritent pas, la lenteur de l’intrigue et une durée déraisonnable handicapent le film, qui constitue néanmoins une belle ligne de plus sur le CV d’Édouard Salier, auparavant réalisateur de plusieurs épisodes de la série Netflix « Mortel ».
« Tropic », drame français de science-fiction d’Edouard Salier, avec Pablo Cobo, Louis Peres, Marta Nieto… (1h50)
ON TROUVE MOYEN
« On dirait la planète Mars » : un peu aride
David, la cinquantaine, est sélectionné par l’agence canadienne de l’espace pour une mission stratégique. Son profil psychologique se révèle parfaitement identique à celui de l’un des cinq astronautes envoyés sur Mars. Or, des conflits entre ces cinq scientifiques menacent leur expédition. Avec les quatre autres « doublures », David se retrouve donc envoyé dans le désert pendant deux ans et demi pour participer à des expériences destinées à apaiser les tensions entre les vrais explorateurs. David prend ce travail tellement au sérieux qu’il va sacrifier son prénom, sa vie et sa raison…
À partir d’une idée très originale, « On dirait la planète Mars » s’amuse de l’impossibilité d’aseptiser ou de « robotiser » les relations humaines : dans la mission de David, tout commence à partir en vrille quand les sentiments s’en mêlent. Certaines séquences s’avèrent assez cocasses, comme lorsque deux doublures annoncent qu’ils — ou plutôt leurs homologues astronautes — attendent un enfant. Malheureusement, le rythme du film est lent et ces notes d’humour trop sporadiques.
« On dirait la planète Mars », comédie canadienne de Stéphane Lafleur, avec Steve Laplante, Larissa Corriveau, Fabiola N. Aladin… (1h44)
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