Ce mercredi soir, au terme de la séance annuelle de renouvellement du bureau du Conseil national, les élus devraient sans surprise propulser Thomas Brezzo comme président de l’institution parlementaire.
En se déclarant candidat à cette haute fonction de l’État dans les colonnes de Monaco-Matin, l’avocat de profession avait publiquement étalé au grand jour la crise politique qui couvait depuis plusieurs mois place de la Visitation et, de fait, évoqué la défiance des conseillers nationaux envers Brigitte Boccone-Pagès.
Jusqu’alors, les tensions, notamment exprimées au travers d’une missive du 13 mars dans laquelle 22 élus lui demandaient de ne pas se représenter, relevaient du secret de polichinelle.
« Vous êtes un phare éteint dans la nuit »
Ce mardi midi sur ses réseaux sociaux, celle qui est, pour l’heure, toujours présidente a violemment contre-attaqué au travers d’une lettre ouverte à l’attention de Thomas Brezzo, qualifié de « président autoproclamé ».
Dans ce pamphlet parsemé de références littéraires et historiques, de sous-entendus, et largement relayé par ses soutiens, Brigitte Boccone-Pagès attaque fort dès les premières lignes.
Avec des mots, sans nul doute, savamment choisis. « Vous êtes le héros d’un psychodrame (…) Les révolutions sont toujours faites au nom de principes admirables, formulés des soi-disant grands hommes, mécontents de leur sort et qu’on n’a pas couverts d’honneurs comme ils le souhaiteraient. Cher Maître, vous êtes un phare éteint dans la nuit. »
On est donc loin de ses propos tenus dans nos colonnes le 13 mars, lorsque, interrogée sur les rumeurs de tensions au sein du Conseil national, elle déclarait que la Haute assemblée ne pouvait « se permettre, en ce moment, une crise éventuelle ». Allusion au contexte délicat que traverse la Principauté avec les affaires judiciaires et le risque d’un placement sur liste grise.
Mais cela, c’était avant que Thomas Brezzo ne sorte du bois.
« Des agneaux et des vipères »
Brigitte Boccone-Pagès dépeint ensuite Thomas Brezzo comme un chef de meute ambitieux et, entre les lignes, semble aussi tacler les élus frondeurs. « Vous avez rameuté les loups en poussant des cris d’orfraie, mais les loups n’ont pas répondu présents, puisqu’il ne peut n’y en avoir qu’un et c’est vous, déclare-t-elle. Ce n’étaient donc que des agneaux et des vipères qui vous ont suivi, et si comme la rumeur le prétend, vous cherchez les honneurs et les ors, et bien je vous offre l’honneur de prendre mon siège, et je vous laisse le soin d’aller chercher les ors, là où ça brille. »
Une phrase qui pourrait laisser penser que Brigitte Boccone-Pagès ne se portera pas candidate ce mercredi soir, s’épargnant ainsi le camouflet d’un vote.
Autre inconnue politique: dans un tel contexte de rupture, démissionnera-t-elle ou restera-t-elle élue au sein d’un parti – l’Union – qui porte désormais bien mal son nom ? Si oui, au sein de la majorité ou avec le statut d’une opposante ? Contactée hier pour davantage de précisions, Brigitte Boccone-Pagès n’a pas donné suite à nos sollicitations.
« Être un exemple avant tout, c’est mieux »
« Et non mon cher maître, je ne vous déteste point et si c’était le cas vous vous en seriez aperçu, lui assène-t-elle avant une énième salve. Pour conclure, permettez-moi de vous dire que je vous sais gré d’une qualité, c’est de croire que l’enfer n’existe pas car la noblesse de la politique c’est le combat des idées, pas l’indécence des accusations. Donner des leçons aux autres, c’est bien, mais être un exemple avant tout c’est mieux. »
Reste désormais à savoir si, ce mercredi soir dans l’Hémicycle du Conseil national, le ton sera davantage policé que cette déclaration écrite. Mystère.
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