Après un report de 24 heures, officiellement pour des raisons logistiques, le président iranien Ebrahim Raïssi entame ce mercredi 12 juillet sa tournée africaine de trois jours, au Kenya, en Ouganda et au Zimbabwe. C’est la première tournée en Afrique d’un leader iranien depuis onze ans. Pour de nombreux experts et analystes, il s’agit bien d’une nouvelle étape dans l’offensive diplomatique de Téhéran. En effet, ce déplacement intervient alors que Téhéran tente de rompre son isolement diplomatique en trouvant de nouveaux alliés sur la scène internationale. Les ambitions africaines de l’Iran ne sont pas nouvelles : depuis 1979, la présence iranienne sur le continent africain s’est inscrit dans une logique d’expansion idéologique et d’antiaméricanisme.
Pour Alireza Peyman-Pak, ancien chef de l’Organisation iranienne de promotion du commerce et actuellement fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, l’Iran avait « négligé » des opportunités en Afrique ces dernières années alors « que la Chine et un certain nombre de voisins de Téhéran, dont la Turquie et les Émirats arabes unis, ont renforcé leur présence sur le continent », a-t-il déclaré la semaine dernière à la télévision d’État. Officiellement, l’Iran a exporté pour 1,2 milliard de dollars de biens et de services vers l’Afrique l’année dernière.
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Téhéran vante « un nouveau départ avec les pays africains »
Le président Raïssi, accompagné du ministre des Affaires étrangères et d’une délégation d’hommes d’affaires de premier plan, a été accueilli dans la matinée par le chef de l’État kényan, William Ruto. Les deux dirigeants se sont engagés à renforcer les liens entre leurs deux pays.
Après leur entretien bilatéral, M. Raïssi a devant la presse qualifié sa visite au Kenya de « tournant dans le développement des relations entre les deux pays », ajoutant que ces discussions avaient reflété « la détermination » des deux pays à « étendre leurs coopérations économique, commerciale, politique et culturelle ».
William Ruto a de son côté décrit l’Iran comme « un partenaire stratégique essentiel du Kenya » et annoncé la signature bilatérale de cinq protocoles d’accord dans divers secteurs dont les technologies de l’information, la promotion des investissements et la pêche. « Ces protocoles vont développer et approfondir encore plus nos relations bilatérales pour permettre une croissance et un développement plus soutenus entre nos deux pays », a-t-il ajouté.
M. Ruto a ajouté que M. Raïssi lui avait fait part du projet iranien d’installer une usine dans la ville portuaire de Mombasa (sud) « pour produire un véhicule de fabrication iranienne baptisé Kifaru, qui signifie « rhinocéros en kiswahili » (la langue nationale du Kenya, ndlr).
L’Afrique est devenue un champ de bataille diplomatique plus intense ces derniers mois entre l’Occident et la Russie, à couteaux tirés depuis l’invasion russe de l’Ukraine et qui tentent chacun de rallier à leurs camps les pays africains. Ces derniers ont, eux, été frappés de plein fouet par les fortes hausses de prix, alimentaires notamment, enregistrées depuis le début de ce conflit.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Nasser Kanani, a décrit cette tournée de trois jours comme un « nouveau point de départ » de nature à doper les liens économiques et commerciaux entre Téhéran et les pays africains. L’Iran et les trois pays visités cette semaine ont de plus des « vues politiques communes », a-t-il affirmé lundi.
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Offensive tous azimuts
Téhéran a parallèlement renforcé ses liens avec la Chine et la Russie dans le cadre d’une stratégie tournée vers l’Est, alors que les relations restent tendues avec les Occidentaux, malgré des discussions indirectes engagées avec Washington, notamment sur le nucléaire. La semaine dernière, l’Iran a rejoint l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), une structure régionale créée en 2001 dont la Chine et la Russie sont des membres fondateurs.
Après s’être rendu en Indonésie, M. Raïssi a visité en juin trois « pays amis » d’Amérique latine – le Venezuela, le Nicaragua et Cuba –, où il a dénoncé « les puissances impérialistes », notamment les États-Unis.
Après le Kenya, il doit ensuite se rendre en Ouganda et au Zimbabwe, pour y rencontrer notamment ses homologues Yoweri Museveni et Emmerson Mnangagwa. À Kampala, les deux chefs d’État auront des entretiens bilatéraux, s’adresseront aux médias et à un forum d’affaires lors de la visite, a déclaré Faruk Kirunda, attaché de presse adjoint du dirigeant ougandais. Cette visite « vise à renforcer la coopération et le commerce entre les deux pays », a déclaré M. Kirunda à l’AFP.
Prochain rendez-vous pour le pouvoir iranien sur la scène diplomatique internationale, en août, au sommet des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), à Johannesburg, en Afrique du Sud.
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