Soyons francs: nous ne savons pas lire l’avenir dans le marc de café. Si, pour clore notre enquête estivale Destination 2050, nous vous proposons ce scénario du futur, ce n’est en rien avec la présomption d’écrire l’avenir avec certitude. Plutôt de mettre en musique des pistes intéressantes sur lesquelles des experts se sont penchés avec rigueur. Car si le tourisme de masse, tel qu’il se vit notamment sur la Côte d’Azur, entre en contradiction avec la crise climatique et les limites planétaires, de nombreux scientifiques démontrent aussi, par leur travail, que des voies alternatives existent.
« La prospective, ce n’est ni de la science-fiction ni de la prévision mais la production d’approches raisonnées du futur pour éclairer l’action présente. Aujourd’hui, si personne ne peut prédire le futur, on sait par contre qu’il faut drastiquement faire évoluer notre manière de voir et de faire », précisait l’anthropologue Marie Stutzmann dans l’introduction de notre enquête. A la tête d’une agence spécialisée dans la transformation en transition écologique et la régénération, notamment sur les questions touristiques, la scientifique a planché sur six scénarios du tourisme en 2050 pour des entreprises du secteur.
« Éclairer les décisions à court terme »
Imaginer demain, c’est aussi ce qu’a fait l’Agence pour la transition écologique (Ademe) en élaborant, à la veille de l’élection présidentielle de 2022, 4 chemins types pour conduire la France à la neutralité carbone en 2050 afin « d’éclairer les décisions incontournables à court terme ». C’est en s’appuyant sur cet exercice méticuleux que le géo-prospectiviste Philippe Rossello, responsable d’un bureau d’études construisant les territoires du futur, œuvre en ce moment à l’élaboration d’un rapport baptisé Le tourisme côtier régional en 2050. Un travail effectué pour le compte de l’Ademe Paca et du Plan bleu, l’observatoire méditerranéen de l’environnement et du développement durable piloté par l’ONU, qui décline aussi 4 voies possibles pour demain. C’est avec le concours de ces experts mais aussi du géographe Rémy Knafou, auteur du livre Réinventer (vraiment) le tourisme et de l’économiste Christian Gollier, spécialiste du climat et de l’économie de l’incertain, que nous avons élaboré le récit d’anticipation que nous vous proposons aujourd’hui.
Juillet 2050. Sur les rivages de la Côte d’Azur, c’est sûr, l’été sera chaud. En réalité, il l’est déjà depuis plusieurs semaines. Ici, le climat enregistre un réchauffement de plus 2,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, dans la droite lignée de ce que projetaient en 2022 les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans tous ses scénarios. Depuis plusieurs années, la French Riviera a pris des allures de Costa del sol espagnole d’antan. Dans les terres, les 45°C sont devenus fréquents, et les pics de chaleur font flirter le littoral depuis plusieurs jours avec les 40°C. Sur la côte, le fort taux d’humidité rend l’atmosphère suffocante, pour un ressenti frisant les 50°C. Voilà déjà plus de deux mois que la mer Méditerranée attire les baigneurs. Sur ses rivages, le tourisme s’est considérablement transformé.
« L’été 2035 et ses fortes chaleurs ont fait l’effet d’un électrochoc »
« Méditerranée, l’évasion frugale et préservée », c’est le slogan qui s’affiche maintenant à l’année sur le site du Comité régional du tourisme durable (CRTD) Côte d’Azur, l’organe chargé de promouvoir le territoire mais surtout d’en assurer une gestion raisonnée. Un virage que les départements des Alpes-Maritimes et du Var ont dû prendre, comme d’autres hotspots touristiques mondiaux, après la charnière de l’été 2035, marqué par une sécheresse historique, des coûts de l’énergie exponentiels et de fortes chaleurs aiguillant massivement les touristes vers des lieux plus frais.
C’est cette année-là, après trois semaines de confinement européen destiné à faire baisser la pollution atmosphérique, que le gouvernement a choisi de faire du tourisme un ministère régalien associé à celui de l’économie et de l’environnement. Cette année-là aussi qu’il a délégué aux régions la mission d’organiser des réflexions locales à long terme associant élus, professionnels du secteur et habitants, réunis en assemblées citoyennes. Une série de mesures, déjà à l’œuvre ça-et-là en 2023, y ont été gravées dans le marbre.
En 2050, la location saisonnière est strictement encadrée sur des critères bioclimatiques. Photomontage Var-Matin/M. Mauhourat/A. Selvi.
Haro sur l’extension du parc d’hébergement
Sur le modèle de l’archipel des Baléares, un décret a mis en place dès 2035 sa limitation, avec la fermeture de deux lits touristiques quand un est créé dans les hôtels du littoral, la transformation de nombreuses résidences secondaires en résidences principales et la forte limitation de la construction neuve, comme le préconisait le scénario « Génération frugale » du rapport Transition(s) 2050 de l’Ademe, sorti en 2022. Pour ne pas faire flamber la spéculation immobilière ni favoriser les propriétaires, la fiscalité sur les plus-values immobilières a considérablement augmenté.
« Sur l’application Fairbnb, seuls les logements labellisés « bioclimatiques » peuvent être soumis à la clientèle. »
Sous la pression des pouvoirs publics, la réglementation des applis de location d’habitations individuelles s’est durcie. La taxation est plus coercitive et chaque propriétaire ne peut louer qu’un seul bien, dans une limite de 50 jours par an. Résultat: plusieurs de ces appli se sont recentrées sur l’échange gratuit de maison. Dès 2035 aussi, un vaste plan d’aide à la rénovation énergétique de l’habitat a obligé propriétaires et bailleurs à investir dans l’isolation à base de matériaux bio-sourcés, l’équipement en énergies renouvelables et la végétalisation des façades afin de limiter au maximum le recours à la climatisation, réchauffant les rues et émettant des gaz à effet de serre.. Sur l’application Fairbnb, seuls les logements labellisés « bioclimatiques » peuvent être soumis à la clientèle.
Etaler et raisonner les flux
Conséquence de la réduction du parc de logements: la fréquentation s’est réduite et totalement lissée sur les 4 saisons. Une tendance nationale rendue possible par la modification et le phasage selon les zones du calendrier des vacances scolaires estivales, couplés d’un plan de rénovation des écoles pour permettre aux enfants de mieux vivre en classe en période de pic de chaleur (végétalisation de toutes les cours d’école, isolation thermique…). Systématisé dès 2035 dans les lieux les plus prisés de la Côte d’Azur pour préserver la biodiversité, fortement menacée par la foule, des quotas de fréquentation (avec réservation en ligne et QR code d’accès) ont permis de réguler l’affluence touristique, notamment dans les lieux fragiles.
« Un tourisme 4 saisons, c’est une vraie révolution économique », Philippe Rossello, géoprospectiviste
Pour les déployer massivement, des expériences pionnières ont inspiré comme celle mise en place dès 2022 sur les sites de Sugiton et Pierres tombées dans les Calanques de Marseille, qui avaient ainsi fait fondre leur fréquentation journalière estivale de 2500 à 400 personnes pour limiter le piétinement. En 2050, l’accès à certains sites naturels très menacés est désormais interdit dans les Alpes-Maritimes comme le Var pour donner une chance à la nature de reprendre ses droits.
Et le modèle économique du tourisme a achevé sa mue. « Un tourisme 4 saisons, cela veut aussi dire des commerces et des activités ouverts toute l’année, donc de l’emploi moins saisonnier et plus pérenne. Une vraie révolution économique », étayait en 2023 le géo-prospectiviste Philippe Rossello, alors coordinateur du Grec-Sud, le GIEC local.
Depuis l’interdiction des loisirs nautiques utilisant des énergies fossiles, les sentiers sous-marins se sont généralisés. Photo Franck Fernandes.
La mer Méditerranée sanctuarisée
En cette année 2050, « la 4e Révolution touristique », décrite par le géographe Rémy Knafou en 2023 dans son ouvrage Réinventer (vraiment) le tourisme, n’est plus un vœu pieux. Et elle passe par une reconquête des espaces naturels. En mer, les Zones de mouillage pour équipement léger, telles que celle mise en place dès 2022 à Villefranche-sur-Mer, sont la norme depuis longtemps.
Convaincues par la démarche pionnière de la Norvège, qui interdisait dès 2026 tout navire utilisant les énergies fossiles dans ses eaux et ses fjords, les autorités locales ont acté de n’autoriser l’accès aux rades azuréennes et varoises qu’aux bateaux électriques, avec un volume de places limité et sur inscription préalable. Car il y a urgence à préserver les herbiers de posidonie, précieux alliés dans le stockage de carbone, dont la pérennité était menacée par les ancres des nombreuses embarcations de plaisance. Et à amplifier les repiquages pour créer de véritables forêts sous-marines.
Pour préserver les espèces endémiques de poissons menacées par la tropicalisation de la Méditerranée, des mesures de régulation drastiques des loisirs en mer sont désormais appliquées. Sur le littoral, les guérites de location de jets skis et autres bouées tractées ont été remplacées par des stands de snorkeling. Ceux-ci proposent de découvrir la fragile et magnifique biodiversité du bassin méditerranéen en parcourant les sentiers sous-marins qui pullulent de Menton à Saint-Tropez.
« Les douches de plage sont un lointain souvenir, remplacées depuis 10 ans par des parasols fixes »
Cet été, avec l’appli Protège ta mer, les amateurs de baignade peuvent, à l’aide de leur smartphone imperméable, participer à une expérience XXL de science participative pour aider les océanographes à recenser les espèces du littoral, très changeantes avec le réchauffement croissant des eaux ces 50 dernières années. La physionomie des plages aussi a changé. Les douches y sont un lointain souvenir, remplacées depuis plus de 10 ans par des parasols fixes pour protéger des rayons du soleil. Certaines criques ou plages étroites, enclavées près d’aménagements côtiers, ont, quant à elles, disparu, à cause de l’inéluctable hausse du niveau de la mer de plus 25 centimètres.
Derrière les rochers de la route entre Antibes et Villeneuve-Loubet, la plage a disparu. Photomontage D. Meiffret/N. Le Cousturier.
La « canopée des Anglais »
Sur terre, les villes déclinent depuis plusieurs années un vaste plan de végétalisation urbaine et l’outil d’aide à la décision publique Plus fraîche ma ville, lancé par l’Ademe en 2023, est désormais la condition sine qua non à toute politique d’aménagement. A Nice, la mythique Promenade des Anglais s’est couverte d’une vaste canopée, saluée internationalement. La nature a regagné une bonne partie des trottoirs… et tilleuls, platanes et érables ont remplacé les palmiers pour un meilleur rafraîchissement et davantage de dépollution.
Pour rafraîchir la fournaise, la promenade des Anglais s’est couverte d’une épaisse canopée. Photos générées avec l’intelligence artificielle DALL.E 2.
Avec le triplement progressif des surfaces agricoles et l’aide massive à la conversion au bio (qui représentait déjà 21% de ses exploitations en 2022), Alpes-Maritimes et Var peuvent se targuer d’avoir inversé la mauvaise tendance d’il y a 30 ans. En 2022, le Grec-Sud (le Giec local) pointait dans un rapport une région exportant « 61% de sa valeur agricole” alors que sa consommation était “principalement issue d’importations ». Tout l’inverse en 2050. Et cela profite aussi au tourisme. Dans la veine de ce que proposait déjà la ville de Mouans-Sartoux dès le 1er juillet 2023, de nombreux circuits d’agritourisme (avec initiation aux techniques de permaculture, viticulture, oléiculture) ont vu le jour, de la vallée de la Roya aux vignobles de la Provence verte.
Le train à toute vitesse
« Tu te souviens quand on mettait 6h pour faire Paris-Nice en train? » Voilà la phrase que les moins de 10 ans ne peuvent pas connaître en 2050… Car depuis une décennie, le rail a (enfin) achevé une ambitieuse modernisation en Côte d’Azur et au-delà. Face à l’emballement climatique, le gouvernement français et les instances mondiales se sont résolus à taxer le kérosène. Objectif: mettre un coût de frein au transport aérien dans l’attente que le développement de l’avion fonctionnant au e-kérosène (produit à partir d’électricité verte, d’hydrogène et de CO2) ne sorte de sa longue phase expérimentale…
« En 2050, la démondialisation du tourisme est plus que jamais à l’œuvre »
Réparties en aides publiques nationales au profit du développement du rail, ces taxes ont permis de dépoussiérer l’offre de train. Après l’inauguration de la Ligne à grande vitesse reliant Marseille à Vintimille, une méga ligne longeant la Côte du Sud de l’Italie à l’Espagne est désormais en fonction. Le Nice-Paris se fait désormais en 3 heures. Et un réseau de Trains express régionaux (TER) nouvelle génération a accéléré le cadencement, flirtant avec celui du métro parisien d’antan.
En 2050, relier Nice à Paris en train ne prend pas plus de 3 heures. Photo d’illustration Istock.
Côté tarif, la vapeur s’est là aussi inversée. Avec le report d’une partie de la taxe kérosène sur le prix du billet, se déplacer en avion est devenu nettement plus coûteux que le train. En raison de la raréfaction des énergies fossiles, la « démondialisation du tourisme », évoquée par le géographe Rémy Knafou dès 2023, est plus que jamais à l’œuvre et les clientèles françaises et européennes ont résolument pris le pas sur les plus lointaines. Les collectivités locales ont massivement développé depuis une décennie les offres d’abonnements intermodaux trains-trams-bus. Le fruit d’un cheminement des consciences, constaté dans l’Hexagone dès le début de la décennie 2020. Ainsi, fin juillet 2023, un sondage CSA révélait que 64% des jeunes de 18 ans voulaient réduire leur usage de l’avion. Une génération Z qui, à l’aube de la cinquantaine, a su mettre en application ces convictions tout au long de sa vie active.
Une transition à l’échelle européenne
« La politique climatique sera européenne ou ne sera pas. Car la concurrence entre les entreprises et les pays pour les parts de marchés en Europe est extrêmement forte. Si vous ne pénalisez les émissions de CO2 qu’en France, vous réduisez la compétitivité de notre pays sans réelle baisse des émissions, transférées vers les pays les moins regardants », prévenait en 2023 l’économiste du climat et de l’incertain Christian Gollier.
« De 90€ en 2023, la taxation de la tonne de CO2 est passée à 250€ en 2030 pour flirter avec les 800€ en 2050 »
Pour le tourisme comme pour toutes les autres activités émettrices, il a fallu jouer groupé et anticiper pour relever le défi de la transition. En cette année 2050, la vaste planification européenne de la taxation du carbone arrive à échéance, 30 ans après le lancement du Pacte vert qui devait emmener l’Union vers la neutralité carbone. De 90€ en 2023, la taxation de la tonne de CO2 est passée à 250€ en 2030 pour flirter cette année avec les 800€. Cela a conduit à une forte décroissance de la consommation des produits et services les plus carbonés, en incitant chacun à intégrer dans son mode de vie son impact sur le climat, dans le respect des libertés individuelles.
Pour rendre la mesure acceptable, une dose de justice sociale y a été très rapidement intégrée. Afin de compenser la perte du pouvoir d’achat des ménages les plus modestes, le chèque énergie s’est ainsi systématisé en France et au-delà depuis une quinzaine d’années. Et la taxe sur le kérosène s’est faite nettement plus coercitive pour les ultras-riches. Dès 2030, celle-ci s’élevait à 2000€ la tonne de CO2 pour les propriétaires de jets privés. Et si les aéroports de Nice ou du golfe de Saint-Tropez en voient toujours atterrir quelques-uns en ce mois de juillet 2050, c’est avec l’assurance que l’argent généré sera employé dans la transition.
Les sites naturels menacés, comme les gorges du Verdon, seront visitables… en réalité augmentée. Photomontage H. De Santos/Istock/A. Selvi.
Vacances, j’oublie tout… et j’en fais moins!
« Faire le tour du monde? C’est un truc de ton époque, ça… » Si cette Révolution touristique est advenue en 2050, c’est avant tout grâce au changement des mentalités qui a progressivement infusé dans la société. Marqué par les mesures coercitives imposées par la crise climatique, avec comme point d’orgue les confinements et mesures choc (périodes sans voiture imposées, réduction drastique de l’élevage bovin) prises à partir de 2035, population mondiale et pouvoirs publics ont peu à peu pris conscience de l’importance de revoir notre rapport au temps libre.
Lancées dès 2037, les Assises nationales des vacances ont ainsi reçu plusieurs dizaines de milliers de contributions citoyennes et recentré la discussion autour d’un tourisme plus local. La même année, la start-up gouvernementale Evasion en circuit court et la mise en place d’un chèque vacances à utiliser dans sa « région climatique » (des territoires redécoupés à l’aune des enjeux environnementaux) ont considérablement orienté les déplacements vers de la découverte de proximité.
« Faire beaucoup de choses en vacances, parfois autant voir plus qu’à la maison, aller toujours plus loin, ça sera passé de mode en 2050 », Marie Stutzmann, anthropologue
Dans le même temps, une vaste offre en réalité augmentée de découverte des sites remarquables, trop menacés ou lointains pour être visités, s’invite désormais sur les téléviseurs connectés de nos salons. Car les imaginaires ont, eux aussi, fait leur révolution. Ce 12 juillet 2050, le titre Vacances, j’oublie tout et j’en fais moins s’affiche à la une du magazine Evasion tandis que Philosophie mag explore Les vertus de la lenteur.
Sur le réseau social Y, le hashtag #rienfaire et les influenceurs « Slow & local life » ont totalement ringardisé le tour du monde, comme le prédisait dès 2023 l’anthropologue Marie Stutzmann. « En 2050, la vacance aura remplacé les vacances telles qu’on les envisage aujourd’hui. L’imaginaire du faire, avec sa dimension ostentatoire, sera révolu. Faire beaucoup de choses en vacances, parfois autant voir plus qu’à la maison, aller toujours plus loin, ça sera passé de mode », tablait-elle avec clairvoyance.
Cette année 2050, c’est sûr, le bilan de l’année touristique devrait être bon sur nos rivages. Mais en une trentaine d’années, les marqueurs de réussite ont bien changé. « Année record pour l’enrichissement de la biodiversité et la santé des entreprises éco-responsables! La Côte d’Azur et le Var confirment leur place de leaders du tourisme durable », pouvait-on lire sur le dossier de presse 2049 du Comité régional du tourisme durable.
Comment se diriger dès maintenant vers un futur touristique soutenable? L’avis de notre comité scientifique
Dessiner un scénario touristique pour un futur proche n’a pas été une mince affaire. Et, restons humbles, celui-ci n’est qu’une proposition, évidemment. Qu’en pensent les experts de notre comité scientifiques qui ont contribué à son élaboration? « Il est ambitieux et pas pessimiste, c’est ça que je trouve intéressant », commente le géopropsectiviste Philippe Rossello. Coordinateur du Groupe d’experts pour le climat en Paca, le scientifique ajoute: « Tendre vers cela nécessite de lourds investissements dédiés à la transition mais aussi une évolution de nos modes de vie, de production, de consommation. De vrais changements de pratique et de comportements par rapport à aujourd’hui et encore plus à hier ».
Cette révolution touristique, quelle que soit la forme précise qu’elle prendra, devra nécessairement prendre en compte la nouvelle donne climatique… et économique. « Un des enjeux clés des prochaines décennies, c’est de parvenir à faire accepter à chacun des sacrifices pour affronter nos responsabilités envers les générations futures tout en préservant nos libertés individuelles fondamentales », prévient l’économiste Christian Gollier, spécialiste du climat et de l’économie de l’incertain, auteur d’une leçon inaugurale au Collège de France intitulée Entre fin de mois et fin du monde : économie de nos responsabilités envers l’humanité.
Quant à l’anthropologue Marie Stutzmann, elle questionne: « 6 des 9 limites planétaires ont déjà été dépassées. Ce scénario est-il suffisant pour garder la Côte d’Azur habitable et tourismable en 2050? N’est-il pas plutôt celui de 2035? » Et la spécialiste, à la tête d’une agence spécialisée dans la transition, d’ajouter: « Notre conviction est que limiter son impact environnemental ne suffit plus. Il faut passer au modèle régénératif opérant tel un système vivant en harmonie avec les limites planétaires. Et si dès 2024, les parties prenantes coopéraient, conscients qu’on ne peut découpler économie locale et durable et de la pertinence de la régénération pour inventer de nouveaux business modèles? »
« Construire un nouvel imaginaire touristique adapté aux contraintes, climatique, démographique, énergétique, économique, est la seule manière de sauver nos vacances sans détruire le monde », conclut, quant à lui, le géographe Rémy Knafou, auteur du livre Réinventer (vraiment) le tourisme.
Les commentaires sont fermés.