TÉMOIGNAGES. Réseaux sociaux, TV, applis… Les ados s’informent-ils encore ?

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Les actualités peu réjouissantes n’incitent pas les jeunes à s’informer. (©evgeniia_1010 / Adobe Stock)

« Les jeunes, toujours le nez dans leurs écrans… » ; « Avec Tiktok, ils vont devenir débiles »… Vous aussi, vous avez l’impression d’avoir déjà entendu ces remarques ? Normal, nos ados, cette génération hyperconnectée, traînent avec eux une lourde réputation.

Dans l’imaginaire collectif, les jeunes passent tout leur temps libre rivés à leurs écrans, et ne s’intéressent pas vraiment à l’actualité. Mais est-ce vrai ? Les jeunes boudent-ils à ce point l’information ?

Oui, les jeunes s’informent…

Remettons tout de suite l’église au centre du village : oui, les jeunes s’informent. La très grande majorité des 13-17 ans considère même qu’il est important d’être informé, pour 83% des personnes interrogées, selon une étude CSA réalisée par Milan Presse et YouTube. Si les jeunes suivent a minima l’actualité, c’est bien pour se forger leur propre opinion, pour 35% d’entre eux, et pour se tenir au courant de ce qui se passe, pour 36% d’entre eux. 

En témoigne Mattéo, 13 ans, en classe de 4ᵉ, interrogé par actu.fr : « J’entends France Inter de loin le matin en me brossant les dents. Je sais toujours à peu près ce qui se passe en France et dans le monde. C’est important de ne pas rester dans l’ignorance. En ce moment, on parle beaucoup de punaises de lit et de la guerre en Israël par exemple ». 

Lucille, en classe de 1ʳᵉ, est aussi bien au courant de ce qui se passe autour d’elle. Elle est même abonnée au Monde : elle a l’application sur son téléphone, reçoit les notifications chaque jour, et lit très souvent des articles du média en ligne. « Pour moi, c’est important de savoir ce qui se passe dans le monde, de pouvoir parler de l’actualité nationale ou internationale, pour se forger une opinion », livre la jeune lycéenne auprès d’actu.fr.

En classe de 3ᵉ, Marine aussi reste informée, mais un peu à contrecœur. « C’est important de rester informés à notre âge, mais je n’aime pas beaucoup ça parce que malheureusement, on voit souvent des choses négatives », glisse-t-elle. 

… Mais majoritairement avec les réseaux sociaux

Laurence Colineaux-Marsac, professeure d’histoire-géographie dans un lycée des Pays-de-la-Loire, donne un cours intitulé « S’informer » à ses élèves de 1ʳᵉ, dans le cadre de l’option géopolitique. Elle constate que la plupart des élèves continuent de s’informer, mais d’une manière différente. 

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La grande majorité n’utilise pas la presse écrite, le CDI devient d’ailleurs un lieu de non-fréquentation au lycée. Je constate que les élèves passent leur temps à scroller leurs téléphones, et ce qui fonctionne vraiment chez eux, c’est Hugo Décrypte, ça leur donne envie d’aller plus loin ensuite, de creuser certains sujets.

Laurence Colineaux-MarsacProfesseure d’histoire-géographie

Si Lucille lit Le Monde, elle fait un peu figure d’exception dans son entourage. « Autour de moi, c’est une minorité de lycéen qui s’intéresse vraiment à l’actualité et lit le journal. La plupart utilisent les réseaux sociaux », confie la lycéenne.

En effet, la jeune génération s’informe beaucoup ainsi. Ils sont la première source d’info des 13-17 ans, à 62%, devant la télévision (52%) et les parents (54%). 

Les ados préfèrent l’info divertissement 

L’étude CSA révèle bien que les jeunes ont « une préférence sans appel pour les formats vidéos ». Et ils plébiscitent l’info divertissement, loin devant l’actualité nationale et locale.

À la question « Quel type d’information est le plus important pour toi ? », les jeunes ont répondu « les informations sur le cinéma, les jeux vidéos, les séries, la musique… » à 80%. L’actualité en France vient en deuxième position, à 58%. 

Marine s’informe majoritairement via les réseaux. Même son de cloche chez Mattéo qui s’informe beaucoup via Instagram, ou en swipant des shorts sur YouTube, ces courtes vidéos verticales de quelques dizaines de secondes.

Je suis Hugo Décrypte sur Instagram, il résume les cinq actus du jour, c’est pratique. Je regarde aussi les stories de Quotidien, qui résument les actus fortes de la journée ou passent des petites chroniques diffusées dans l’émission.

MattéoÉlève en classe de 4ème

Le journaliste Hugo Décrypte a popularisé l’info via les réseaux sociaux en s’adressant largement aux ados et aux jeunes adultes. Sa chaîne YouTube et son compte Instagram cumulent chacun plus de deux millions d’abonnés.

TikTok, Instagram et YouTube ont bonne presse

Pour de nombreux jeunes, les réseaux sociaux restent le moyen le plus adéquat de s’informer facilement. « C’est rapide et plus simple pour moi de voir ces infos apparaître dans mon fil Instagram, et c’est adapté à notre âge », lance Mattéo. 

Pierre est, lui aussi, bien au courant de l’actualité grâce aux réseaux sociaux, Twitter et TikTok en tête. Il ne cherche pas particulièrement à s’informer, mais voit passer les grosses infos dans son fil. Ensuite, l’algorithme fait son travail, et Pierre s’habitue à suivre l’actualité ainsi.

Quand un gros sujet éclate – le conflit Israël-Hamas par exemple -, il arrive au lycéen d’ouvrir YouTube et de regarder une vidéo qui décrypte le sujet plus en profondeur.

Des jeunes moins à l’aise à l’écrit

Pour autant, Laurence Colineaux-Marsac remarque que certains de ses élèves ne s’alimentent que sur les réseaux sociaux. « Et ça, c’est problématique, avec cette bulle, ils ne se rendent pas forcément compte qu’ils ont toujours la même info », commente-t-elle.

Et puis, autre souci avec les réseaux sociaux : les collégiens et lycéens sont de moins en moins à l’aise avec l’écrit et manquent de vocabulaire. « Leur faire lire un article de presse en cours, c’est devenu hyper laborieux et certains ne comprennent strictement rien à ce qu’ils lisent, c’est flippant. Pourtant, je leur répète que moins ils liront, plus ce sera compliqué », décrit l’enseignante.

Attention aux fake news également, qui circulent largement en ligne. Lucille a le bon réflexe : quand elle voit passer des infos sur Instagram, elle essaie toujours de chercher la source. 

J’essaie de démêler le vrai du faux pour avoir une information fiable. Sur les réseaux, je ne regarde que du divertissement, ça n’est vraiment pas une source d’information pour moi. 

LucilleÉlève en classe de 1ère

Pour Laurence Colineaux-Marsac, certains élèves ne sont pas trop conscients de l’impact d’une fake news. « Ils ont du mal à hiérarchiser les infos, à connaître la pertinence de leurs sources, ils me disent encore “j’ai vu ça sur internet”. Donc, on travaille beaucoup sur la désinformation. »

Une actualité pas toujours légère

Pour autant, les réseaux sociaux permettent d’avoir accès à une info parfois plus positive qu’ailleurs. 55% des 13-17 ans pensent que les vidéos d’information sur internet sont moins démoralisantes que les infos de la télé.

Et pour cause : l’actualité peut paraître bien anxiogène parfois.

En cours de géopolitique, les élèves me disent tout le temps que c’est une super matière mais que c’est anxiogène et qu’il ne faut pas être dépressif ! Et ils ont raison. D’ailleurs le programme scolaire en lui-même est très anxiogène, on pointe beaucoup ce qui est négatif. C’est hyper dur d’être ado en ce moment.

Laurence Colineaux-MarsacProfesseure d’histoire-géographie au lycée

D’ailleurs, elle essaie de temps en temps d’inverser la vapeur en trouvant des sujets un peu plus réjouissants.

« Pour un cours sur la démocratie, j’avais demandé aux élèves de faire le portrait de personnalités qu’ils considèrent comme leur héros. C’était compliqué de trouver des exemples, alors ils m’ont demandé qui étaient les miens à leur âge, et j’avais cité Gorbatchev et Mandela, car à mon époque, les murs tombaient les uns après les autres ! Aujourd’hui c’est l’inverse, les frontières se ferment, alors ça ne les aide pas du tout », raconte la professeure d’histoire-géographie.

Pour autant, les ados savent bien que si l’actualité n’est pas légère, il est nécessaire de la suivre quand même. « Peu importe si c’est triste ou pas, ça se passe. Je trouve ça important de se tenir informés, même de ce qui n’est pas léger », nous glisse Pierre.

Mattéo est aussi abonné à Okapi, magazine pour ados entre 10 et 15 ans, depuis quelques années. Au début de chaque numéro, la rubrique « C’est l’actu » brasse les sujets du moment, et rend l’actualité plus légère avec des infos sur les animaux, les chanteurs, le sport…

« Je regarde le JT de 20h avec mes parents »

La télévision garde une grosse place dans la vie des plus jeunes. Mattéo regarde l’émission Quotidien une fois par semaine. Le talk-show de Yann Barthès, diffusé sur TMC, a le mérite de parler aux plus jeunes. Les codes de l’info divertissement sont là : les reportages sérieux et les chroniques humoristiques se succèdent et abordent tous les sujets.

Les parents jouent aussi un rôle prépondérant dans l’accès à l’information de leurs enfants. Chez les 13-14 ans, ils sont même la première source d’info, à 61% selon l’étude CSA.

« Si je suis l’actualité, c’est aussi parce que je regarde le JT de 20h sur TF1 avec mes parents », raconte Marine. Même chose pour Lucille, qui regarde le Journal de France 2 tous les soirs avec ses parents. « Suivre les infos ensemble nous permet d’en parler, d’échanger sur ce qu’on a lu plus tôt dans la journée, de confronter nos points de vue », précise la jeune fille.

Médias plus adaptés

De nombreuses offres de médias adaptés aux enfants ont éclos ces dernières années. Le média généraliste franceinfo a récemment lancé « Ça dit quoi », un podcast d’information quotidien qui s’adresse aux plus jeunes. Le journaliste tutoie son auditeur et vulgarise des sujets aussi complexes que le conflit Israël-Hamas ou le glyphosate.

Les ados sont également friands d’1 jour 1 actu, un média d’actualité adapté aux enfants, qui propose divers formats. Un outil aussi utilisé en cours parfois. « On a regardé la vidéo « C’est quoi un attentat » hier en cours après que le prof a été tué à Arras« , précise Mattéo.

Les médias traditionnels investissent de plus en plus TikTok ou Instagram. À grands renforts de vidéos, avec voix off et illustrations, ils vulgarisent des sujets, et construisent l’info autrement.

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