Les statistiques harmonisées de dépenses sociales de l’OCDE viennent de sortir et elles sont sans appel : comme cela s’observe de façon continue depuis 1997, la France est la championne mondiale des dépenses sociales. En 2022, la part de ces dernières dans le PIB s’élève ainsi à 31,6 %, contre 26,7 % en Allemagne, 30,1 % en Italie, 28,1 % en Espagne et 21,1 % pour l’ensemble des pays de l’OCDE. De quoi souligner que la France est très loin d’être un pays libéral comme certains, adeptes du déni de réalité et des fake news, voudraient nous le faire croire. Même les pays scandinaves qui étaient parmi les États les plus dispendieux jusqu’à la fin des années 1990 ont compris la leçon et ont réduit la part de leurs dépenses sociales à par exemple 29 % en Finlande et 23,7 % en Suède, contre respectivement 32,2 % et 33,7 % dans les années 1990. Autrement dit, quand on veut, on peut !
Le poids des dépenses publiques totales dépasse les 58,5 % du PIB,
là aussi un record mondial
Le drame est que si, à la rigueur, avec de tels niveaux, la France avait éradiqué la pauvreté et les inégalités, nous pourrions crier « au diable l’avarice ! ». Mais, malheureusement, il n’en est rien. Certes, grâce à ce poids exorbitant, la « redistribution à la française » permet de faire baisser le taux de pauvreté de 22 % à 14,5 %, soit environ 5 millions de personnes sauvées de la pauvreté. Pour autant, ce taux de pauvreté ne baisse plus depuis des années et a même augmenté de 0,5 point l’an passé. Autrement dit, les moyens sont là, mais pas les résultats.
Pourquoi ? Principalement parce que les inefficacités et les gaspillages en tous genres sont devenus l’apanage des administrations publiques. Il n’y a qu’à lire le rapport de la Cour des comptes chaque année pour mesurer l’ampleur des dégâts et comprendre qu’il est possible de réduire certaines dépenses publiques sans détériorer le service public. Ce n’est pas une question de moyens, qui sont déjà pléthoriques, mais d’allocation de ces moyens !
N’oublions effectivement pas que le poids des dépenses publiques totales dépasse les 58,5 % du PIB, là aussi un record mondial. Et tout ça pour quoi ? Pour une croissance économique de plus en plus faible, des services publics de moins en moins qualitatifs et un chômage qui est déjà en train de repartir à la hausse.
Quelques chiffres sont plus éloquents que de longs discours : la croissance annuelle structurelle de l’économie française est passée de 2,5 % dans les années 1980 à environ 0,9 % depuis une quinzaine d’années. Dans ce cadre, en termes de PIB par habitant, la France a chuté de la onzième place mondiale en 1990 à la 24e place depuis 2019, donc avant même la pandémie, qui n’a évidemment pas arrangé les choses, tout comme la flambée inflationniste de 2021-2023.
En outre, la situation actuelle et celle à venir sont très loin d’être aussi roses que certains voudraient nous laisser croire. Et pour cause : en dépit d’une flambée de la dette publique de près de 700 milliards d’euros depuis 2020, le PIB français en valeur (c’est-à-dire augmenté de l’inflation) n’a progressé que de 286 milliards d’euros. Encore plus inquiétant, au regard des derniers indicateurs avancés de la conjoncture française (indices des directeurs d’achat mais aussi du climat des affaires et de la confiance des ménages de l’INSEE), il devrait même baisser au quatrième trimestre 2023.
De plus, avant même le retour de la récession, le taux de chômage français mesuré par l’INSEE a déjà augmenté de 0,2 point au troisième trimestre 2023, atteignant 7,4 %, un plus haut depuis le deuxième trimestre 2022. Cette augmentation (la plus forte depuis 2020) est d’autant plus inquiétante que le chômage est normalement une variable retardée de l’activité. Cela signifie qu’habituellement, le chômage augmente six mois après l’avènement de la récession. Or, selon les chiffres de l’INSEE, celle-ci n’a pas encore commencé. De quoi imaginer ce qui attend le chômage français avec la baisse du PIB qui se dessine pour le quatrième trimestre 2023 et le premier trimestre 2024. L’indice INSEE du climat de l’emploi montre d’ailleurs que le taux de chômage pourrait rapidement remonter vers les 8 %.
Le taux de chômage des moins
de 25 ans, il remonte à 17,6 %,
au plus haut depuis l’été 2022
En outre, soulignons qu’il ne s’agit là que du chômage de catégorie A. Si l’on observe le taux de chômage toutes catégories, également appelé taux de sous-emploi, la sanction est bien plus grave. Celui-ci, qui comptabilise donc tous les chômeurs (ceux de la catégorie A + le halo du chômage, c’est-à-dire les chômeurs qui ne sont pas comptabilisés parce qu’ils ne recherchent pas d’emploi activement ou ne sont pas disponibles + le chômage partiel), est de 16,9 %, soit plus de 5,5 millions de personnes et un plus haut depuis le quatrième trimestre 2021. Quant au taux de chômage des moins de 25 ans, il remonte à 17,6 %, au plus haut depuis l’été 2022.
Des chiffres qui annoncent de nouvelles hausses des dépenses sociales et qui montrent combien la société française est en danger, car, bercés par l’explosion de la dette publique qui devait protéger cette dernière et par les promesses du retour imminent du plein-emploi, de nombreux Français risquent de ne pas comprendre pourquoi l’activité effective baisse et le chômage augmente. C’est d’ailleurs en cela que le devoir de transparence sur la réalité économique française est indispensable pour responsabiliser les Français et leur permettre ainsi de sortir de la crise par le haut.
Si tel est le cas, la France pourra alors (enfin !) retrouver durablement le chemin du dynamisme économique et social. Sinon, la crise sociétale est au coin de la rue. Aussi, regardons la réalité en face, modernisons le fonctionnement des dépenses publiques, y compris sociales, luttons contre tous les gaspillages des deniers publics, retroussons-nous les manches et sauvons notre « Douce France » !
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