« Toute sa vie était un mensonge » : Emma, victime d’un escroc de l’amour à Paris, a perdu 83 000 euros
L’invitation officielle pour cette matinée du 14 juillet 2022 aux Champs-Élysées est signée « Monsieur Emmanuel Macron, président de la République, et Madame Brigitte Macron ». Emma (son prénom a été changé) regarde ces deux noms couchés à côté du sien. Elle n’imagine pas une seule seconde que ce document puisse être un faux.
La simple chargée de clientèle, qui vit dans son petit appartement des Hauts-de-Seine, bascule depuis quelques semaines dans une autre dimension. Celle des paillettes, de la haute société et surtout de la passion. Car il faut se rendre à l’évidence. La ravissante trentenaire a totalement succombé à Gabriel. Ce diplomate au charme fou ne connaît pas seulement le gratin de la société. C’est aussi un compagnon délicieux, anticipant chaque désir, un prince de l’amour.
Un an après, les petits papillons dans le ventre ont disparu. Le séducteur aussi. Il est rentré chez lui aussi vite qu’il était apparu dans la vie d’Emma, en emportant une partie de son cœur et surtout la totalité de ses économies. Plus de 83 000 euros. Par l’intermédiaire de son avocate, Me Laure Berrebi-Amsellem, la victime de l’amour vient de déposer plainte auprès de la procureure de la République de Paris pour « escroquerie », « faux » et « usage de faux ». Elle veut surtout témoigner pour que son expérience serve à quelque chose.
« Une quinzaine, voire une vingtaine » de bouteilles de champagne
Champagne ! Le 5 juin 2022, au Boum-Boum, l’endroit à la mode de la nuit parisienne à côté des Champs-Élysées, un client « fait le show ». C’est Gabriel, un jeune homme sapé qui en impose. Emma ne le connaît pas encore. Mais, comme tous les clients du club, elle ne voit que lui. Difficile de faire autrement. « Il envoyait plusieurs bouteilles, se souvient-elle. Mais ce n’était pas une ou deux. C’était une quinzaine, voire une vingtaine. Cela ne m’a pas impressionnée, car j’avais déjà vu quelqu’un faire ça. Je le vois se rapprocher de moi. Ça va, me demande-t-il. Tu as besoin d’autre chose ? »
Cette nuit-là, Emma accepte de l’accompagner chez lui où d’autres copains, rencontrés lors de la soirée, doivent les rejoindre. Gabriel habite un bel appartement à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). À peine entrée, elle décline l’invitation car les amis ne viennent pas. Elle est gênée et préfère rentrer chez elle. Le jeune homme n’insiste pas plus qu’il ne faut.
Les deux jours qui suivent, il repart à l’assaut à coups de textos bien sentis. « On s’est revus. Il me plaisait bien. On s’est mis ensemble. » Le séducteur se présente comme un diplomate à l’ambassade du Niger en France. Un chargé d’affaires. Son métier, plus précisément, serait de chercher des contrats d’armement pour le gouvernement.
« Gentil, généreux, adorable. Je n’avais jamais vu ça »
Dans le privé, c’est un gentleman. Une soirée se passe bien ? Il fait livrer du champagne. Flemme de se préparer à manger ? Un cuisinier est dépêché sur place. Il faut ranger ? Une femme de ménage arrive. Au restaurant, c’est toujours lui qui paie. « Gentil, généreux, adorable, énumère Emma. Je n’avais jamais vu ça. » En un mot : « Waouh ! »
Deux semaines après la rencontre, la mouche dans le lait. Attention, l’arnaque est cachée dans du papier cadeau. « Il m’a dit Je vais t’acheter un diamant jaune, grimace Emma. Mais il est trop gros. Il va le tailler en deux. Une moitié pour sa mère et l’autre pour moi. Il attend juste un virement de 20 000 euros qui n’arrive pas alors que la vente a lieu dans deux jours. Il me demande de lui avancer l’argent ». « Mais seulement si tu peux », insiste-t-il. Bien sûr qu’elle peut. Et c’est reparti pour la divine idylle.
Début juillet, deuxième accroc. Il a deux bateaux remplis de pétrole qui arrivent d’Iran. Il faut payer la cargaison, et il a un empêchement. Possible d’avancer les sous ? La jeune femme commence à tiquer. Combien ? 30 000 euros. « Je ne suis pas une banque », le réprimande Emma. De plus en plus souvent, elle doit sortir la carte bancaire à la place du diplomate dans des histoires à dormir debout.
« Une fois, il invite une quinzaine d’amis au restaurant, mais l’un d’entre eux part avec sa carte. Il me demande de lui avancer l’argent. Je m’énerve. Mais il me dit que dès le lendemain, il envoie son chauffeur me rembourser. » On l’a compris, le remboursement n’arrive jamais, et l’ardoise continue de s’allonger. Évidemment, pas de cérémonie aux Champs pour le 14 juillet. Emma travaillait ce jour-là, et elle l’avait dit à Gabriel, d’où, peut-être, cette invitation bidon.
« Cela me peinait qu’il se retrouve dans des situations aussi difficiles »
Emma lui balance ses « quatre vérités » au début du mois d’août. « Je ne comprenais pas sa vie. Il était toujours dehors jusqu’à 3 ou 4 heures du matin. Je l’ai sommé de mettre de l’ordre dans sa vie. Il me promet qu’il va le faire dès la rentrée de septembre. » Ça sent le roussi pour l’escroc. Il tente le tout pour le tout. Il doit payer pour le deuxième bateau. Mais cette fois, c’est 50 000 euros. D’extérieur, on se demande comment la jeune femme peut accepter.
« J’avais des doutes, mais je faisais quand même ce qu’il me disait. Je ne saurais pas expliquer pourquoi avec le recul. J’avais beaucoup de sentiments pour lui, et je faisais tout ça pour l’aider. Cela me peinait qu’il se retrouve dans des situations aussi difficiles. Ça se voyait qu’il n’était pas bien. Il était tracassé. » Sur le plan sentimental, il l’asphyxie sous les fleurs : « Il me disait que j’étais sa femme. Il voulait qu’on travaille ensemble. Qu’on aille vivre au Niger ensemble. Il voulait me présenter à sa mère. »
Accessoirement, pour les 50 000 euros, il propose de payer 20 % d’intérêts. Et il remet à Emma tout un tas de documents pour la rassurer. Notamment, une reconnaissance de dette de 100 000 euros. Le temps passe, et Emma ne voit rien venir. Elle fulmine. Le dernier mensonge, c’est pour annoncer son départ soudain à New York pour une conférence à l’Unesco avec le président du Niger. Il ne reviendra jamais. Quand Emma en prend enfin conscience, elle se décide à se renseigner sur lui.
« J’apprends qu’il doit de l’argent à plein de gens. Il est recherché dans Paris »
« Et là, je découvre plein de trucs sur lui, déglutit la belle trentenaire. J’ai retrouvé l’ami qu’on avait en commun. Il m’a dit attention, c’est quelqu’un qui n’est pas clair. J’apprends qu’il doit de l’argent à plein de gens. Il est recherché dans Paris. Il n’a jamais travaillé à l’ambassade du Niger, mais dans une boutique de vêtements pour enfants. Son appartement à Neuilly ne lui appartenait pas. Il habitait dans le nord de Paris. Il n’avait pas de chauffeur, c’était un coursier. »
Le coup de massue finit par s’abattre sur la tête d’Emma. « Il avait aussi une femme et une fille. Et il voyait d’autres femmes. » En somme, c’était « un vendeur d’illusions, un vendeur de rêves, un escroc, un grand manipulateur », décline la victime de l’amour, qui doit se rendre à l’évidence : « Toute sa vie n’était qu’un mensonge. »
Près d’un an après, Emma est parvenue à digérer cette histoire. « Cela m’a servi de leçon. Je vais faire davantage attention aux personnes que je rencontre. Ce n’est parce qu’on exhibe un style de vie que cela correspond à une réalité. Aujourd’hui, j’ai vraiment beaucoup de mal à faire confiance à un homme. »
Crédit: Lien source


Les commentaires sont fermés.