Transport. Vers la fin des barrières aux péages sur les autoroutes ?

Comment éviter les embouteillages aux barrières de péage ? En enlevant les barrières. Tout simplement. Expérimentée ailleurs, la technologie “flux libre” va débarquer sur nos autoroutes. Enfin, en partie seulement… Découvrez où, comment, mais surtout ce que cette arrivée va changer.


François Frualdo

Aujourd’hui à 12:00

| mis à jour aujourd’hui à 13:12

Rien ne sert de courir, disait Le Lièvre et la Tortue… “Et rien ne sert de s’arrêter non plus”, ajouterait notre société moderne. À l’image du tranquille reptile de La Fontaine, le monde d’aujourd’hui n’a pas de temps à perdre en arrêts futiles. Ne pas s’embarrasser et viser la praticité. Payer d’un geste, faire ses courses du bout des doigts, réserver sans décrocher.

La fable sociétale érige en morale le “plus vite, plus facile, plus fluide”. Et son nouveau chapitre va bientôt voir le jour dans les lignes de nos réseaux autoroutiers. Voilà désormais les péages sans ticket. Et sans barrière, ou presque.

La technologie “flux libre” semble tenir la plume qui écrira l’avenir à long terme de nos voies rapides. Une technologie dont le prologue s’est déroulé en France, sur l’A79 entre la Saône-et-Loire et l’Allier. Cette axe est devenu en 2022 la première autoroute hexagonale payante, mais sans péage. Aucune barrière et même pas besoin de ralentir. Payer sans rien faire, ou presque : un vrai conte de fées pour notre société du commode et du pratique.

Comment ça fonctionne ?

Concrètement, avec le flux libre, à l’entrée comme à la sortie, des portiques détectent et identifient les véhicules qui passent dessous. Pas besoin de ticket ou de ralentir. Ni de s’inquiéter quant à une fonction de répression : les capteurs n’ont pas vocation à servir de radar. « Ces portiques, semblables à des arches, servent uniquement à percevoir le montant du péage. Les caméras qui photographient les plaques d’immatriculation ne relèvent pas la vitesse des véhicules », assure Pierre Méau, directeur de client adjoint d’APRR. « Et dès lors que vous avez réglé, on efface vos données personnelles. »

L’entrée sans ticket, mais pas encore de flux libre

Mais le flux libre ne devrait pas concerner tout de suite les autoroutes rhônalpines. Ou plutôt, pas totalement ! Si le démontage de toutes les barrières de nos péages n’est pas (encore ?) d’actualité, il va bien y avoir de gros changements dans notre façon d’emprunter l’autoroute. Car Area va mettre en place dans la région l’entrée sans ticket.

L’idée ? Enlever la gare de péage à l’entrée, mais conserver celle de la sortie. Comme pour la technologie du flux libre, le véhicule sera identifié à son entrée sur l’autoroute. « Sa plaque sera lue et son parcours reconstitué pour permettre de calculer le montant de son trajet quand il arrivera en gare de sortie. On dématérialise le ticket en quelque sorte », explique Pierre Méau. Une fois en gare de sortie, rien ne change. Y compris pour les possesseurs de badge télépéage.

Quels tronçons seraient concernés chez nous ?

Ces autoroutes avec entrée sans ticket devrait arriver dans les prochaines années sur l’A43 (Lyon-Chambéry), l’A49 (Grenoble-Valence), l’A43-A48 (Lyon-Grenoble), en plus de l’A41 (Chambéry-Annecy). La phase de travaux pourrait s’étendre entre 2024 et 2028, « avec l’apparition des premières gares équipées en 2026 ».

Cela représente 27 gares de péages d’entrée à déconstruire. L’objectif étant d’équiper plus de 220 km du réseau Area. Montant de l’investissement pour les portions concernées : 44 millions d’euros.

« Fluidité, confort et sécurité »

Mais quels bénéfices en échange ? Pour l’usager, « cela apporte de la fluidité, du confort et de la sécurité ». Pas de barrière, pas de ralentissement, et donc pas de risque spécifique de bouchon ou d’accident. Le tout sans avoir de conséquence sur les effectifs de la société d’autoroute, selon APRR.

Pour l’entreprise, ce changement serait aussi profitable à l’environnement en limitant l’émission de CO2 « notamment celle des poids lourds lorsqu’ils s’arrêtent et redémarrent ». « Et puis cela permettra de rendre à la nature des surfaces imperméabilisées. L’intérêt pour nous c’est aussi de contribuer à la transition écologique », affirme Pierre Méau.

Changer les pratiques, mais aussi les paysages. Pour débuter une nouvelle histoire.

Concernant les autoroutes A7, A51, A9 gérées par Vinci : “Il n’y a pas de projet dans la région pour l’instant”, annonce l’exploitant des infrastructures.

Flux libre et entrée sans ticket : quelle différence ?

Aujourd’hui, pour la majorité des automobilistes, emprunter l’autoroute c’est prendre un ticket à l’entrée, bien le ranger pour ne pas le perdre avant la sortie, et payer quand on sort. Mais d’autres systèmes voient le jour en France.

Mis en place depuis plusieurs années dans certains pays, le flux libre consiste à n’avoir ni barrière à l’entrée, ni barrière à la sortie. Les véhicules sont identifiés par des portiques, sans ralentissement. Le paiement se fait ultérieurement (lire par ailleurs).

Mais ce n’est pas la technologie qui devrait être testée en région Auvergne-Rhône-Alpes pour l’instant. La région devrait plutôt expérimenter l’entrée sans ticket. C’est-à-dire que seules les barrières à l’entrée disparaissent. Elles sont remplacées par des portiques. Rien ne change pour payer à la sortie. Sauf que cela se fait sans ticket. C’est la société d’autoroute qui calcule en fonction du trajet effectué grâce à l’identification du véhicule à l’entrée et à la sortie.

F.F.

Comment va-t-on payer sans ticket ?

Méconnue, la technologie flux libre peut soulever plusieurs questions chez les usagers. Une en particulier : “Comment payer” ? Si votre véhicule est équipé d’un badge télépéage, rien ne change pour vous par rapport à votre mode de paiement actuel. Si ce n’est pas le cas, pas de panique, voici comment ça fonctionne.

Les capteurs sur les portiques qui remplacent les barrières sont capables d’identifier votre véhicule, ainsi que son type (léger ou poids lourd). Lorsque vous empruntez une portion en flux libre (sans barrière à l’entrée et à la sortie), ce que vous devez est calculé automatiquement d’après vos passages sous les deux portiques. Le montant vous est alors adressé (vous pouvez même vous abonner à un système d’alerte par mail).

Vous disposez alors de 72  heures et de deux moyens de paiement pour vous acquitter du péage. Il y a d’abord les bornes de règlement sur les aires de repos (16 sont actuellement installées sur l’A79 en flux libre). Le second moyen c’est le site internet de la société exploitante. Actuellement sur l’A79, le paiement peut s’y faire automatiquement si le véhicule et les coordonnées bancaires sont renseignés. Il doit donc être effectué dans les 72  heures qui suivent le trajet. Faute de quoi, l’automobiliste reçoit un courrier d’information la première fois avec un délai supplémentaire. En cas de récidive, il risque une majoration de 10 euros sous 15  jours, ou 90 euros au-delà.

Vous craignez d’emprunter ces portions sans le savoir ? Pour prévenir et informer les usagers avant le passage sous les portiques, « des panneaux de signalisation et d’information seront répétés le long de la route », rassure APRR.

F.F.

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