C’est un pari impossible. Penser qu’une majorité soit en mesure d’imposer à une minorité des décisions auxquelles elle devra se soumettre sans avoir recours à la force. Et cela fait pourtant des siècles que ça fonctionne. Plus ou moins. Aujourd’hui la démocratie manque de souffle. Mais ce n’est pas parce que les institutions ont vieilli, que les élus sont mauvais – on a toujours les élus qu’on mérite – ou que les extrémistes ont pris le pouvoir. C’est parce que nous n’y croyons plus.
La démocratie est une mystique dans la mesure ou la probabilité qu’elle fonctionne est scientifiquement négligeable. Elle a été soutenue par des millions d’humains à travers le monde qui ont eu envie d’imaginer qu’ils puissent avoir le droit de choisir leur destinée, et peser sur des décisions dont la portée pouvait leur échapper, mais que les débat et discussions leur permettaient au moins d’appréhender. L’exercice démocratique a ceci de vertueux qu’il tente de mettre la complexité à la portée du plus grand nombre. Cela a incontestablement marché. Il n’y a pas de raisons que ça ne marche plus aujourd’hui. Se désespérer que le fait démocratique s’affaisse partout dans le monde et que la violence s’en empare n’y changera rien. Y croire à nouveau changera tout. Et conduira à un engagement nouveau de toutes celles et ceux qui voient plus grand qu’eux, qui pensent que leur destinée n’est pas tout, et qu’ils sont une part de ce que l’on désigne par Humanité – ce que la dureté de la vie fait souvent oublier – alors que son devenir doit être notre première raison d’être.
On dit que le numérique, en tuant l’intermédiation, a tué le rôle des élus et donc la démocratie. C’est faux. Il a accéléré la fin des pratiques qui appartenaient à une époque révolue, et n’a pas encore fait éclore le nouveau fonctionnement de la relation entre les citoyens et les décisionnaires. Les balbutiements d’aujourd’hui forment un brouillon utile qui conduira à une œuvre nouvelle s’appuyant sur une capacité technologique sans précédent de pouvoir consulter en direct, rendre compte tout aussi rapidement, tenir informé des décisions et en mesurer les effets. Le numérique sera l’avènement du fonctionnement presque idéal de la vie démocratique, en tout cas en théorie, dès lors qu’en pratique chacun se sera remis à y croire.
Les croyants en la démocratie sont chacun de nous, même si nous l’avons oublié quelque peu. Nous lorsque nous pensons humanité et collectif, qui sont au-delà à de ce que nous sommes en tant qu’individu. Nous lorsque nous ne nous contentons pas de chercher nos seuls propres intérêts. Nous lorsque nous ne nous satisfaisons pas de l’injustice, et nous réjouissons avec la vérité. Nous lorsque nous décidons de ne pas laisser la charge à d’autres d’assumer des responsabilités collectives dont l’exaltation de la tâche est étouffé souvent par son fardeau, et qui ont besoin de soutiens comme de successeurs pour prendre le relais.
Penser cela régénère mécaniquement la démocratie qui se nourrit de notre supplément d’âme lorsque nous décidons de prendre conscience que nous en avons une, et qu’elle nous rend plus grand que nous ne sommes.
Croire que nous sommes grand est croire en plus grand que nous. Et croire en plus grand que nous est croire en la démocratie. Et c’est le jour où nous recommencerons à croire en plus grand que nous que la démocratie sera sauvée.
Les commentaires sont fermés.