tuée à Pamiers ce mardi, « Alexandra ne vivait que pour son métier, fière de nourrir la France »

Dressé la veille jusqu’au sommet du pont enjambant la Nationale 20 en périphérie de Pamiers (Ariège), ce haut mur de paille recouvert d’une bâche noire devait les protéger d’éventuels chauffards indisciplinés autant que du froid. Sous le choc, il aura été emporté comme un fétu, et avec lui trois membres d’une même famille en train de petit-déjeuner parmi une dizaine d’autres camarades. Tombée dans l’agriculture comme l’on tombe en amour lors d’un stage de 3e, Alexandra Sonac allait avoir 36 ans sans cette voiture surgie de nulle part peu avant 6 heures du matin, là où l’accès à la quatre…

Dressé la veille jusqu’au sommet du pont enjambant la Nationale 20 en périphérie de Pamiers (Ariège), ce haut mur de paille recouvert d’une bâche noire devait les protéger d’éventuels chauffards indisciplinés autant que du froid. Sous le choc, il aura été emporté comme un fétu, et avec lui trois membres d’une même famille en train de petit-déjeuner parmi une dizaine d’autres camarades. Tombée dans l’agriculture comme l’on tombe en amour lors d’un stage de 3e, Alexandra Sonac allait avoir 36 ans sans cette voiture surgie de nulle part peu avant 6 heures du matin, là où l’accès à la quatre-voies était pourtant interdit des kilomètres en amont. Tandis que son mari Jean-Michel semblait ce mardi soir hors de danger, leur fille de 14 ans – héliportée au CHU de Toulouse – est toujours dans un état critique. « C’est terrible, on s’était justement dit qu’il faudrait faire gaffe à ce que ce genre de trucs n’arrive pas », soufflait sur les lieux du drame Philippe Clarac, le président de la Mutualité sociale agricole (MSA) ariégeoise.

La piste accidentelle

Éleveuse de vaches limousines, Alexandra venait de quitter son hameau de « Paradis » pour resserrer les rangs nocturnes de la contestation, non sans avoir posté un dernier selfie au milieu de ses bêtes. « Parce que j’aime mon métier », sous-titrait la jeune femme sur les réseaux sociaux. À l’origine de ce barrage où plus de 130 tracteurs avaient un peu plus tôt convergé, Sébastien Durand ne cachait pas alors sa double peine. Éleveur de brebis, le syndicaliste est aussi maire de Saint-Félix-de-Tournegat, ce petit village d’une centaine d’habitants perché sur les premiers contreforts pyrénéens. Celui de la famille Sonac. « Jean-Michel est l’un de mes conseillers municipaux. Alexandra ne vivait que pour son métier, elle se battait pour le monde agricole, fière de nourrir la France. » Elle qui lui avait juré vouloir refaire aux abords de Pamiers « comme sur l’A64 à Carbonne », l’épicentre de ce séisme paysan secouant crescendo la France et son gouvernement depuis bientôt une semaine. Et celle-ci de fustiger au passage, quelques heures avant sa mort, les « imbéciles » soupçonnés d’avoir incendié là-bas un autre mur de paille.

« Il est nécessaire de mettre un terme aux rumeurs », prévient le procureur

Longtemps d’ailleurs hier matin les circonstances du drame seront restées floues. Tandis que certains juraient avoir vu une « voiture bélier » foncer sur eux, d’autres ainsi racontaient comment le chauffard et ses deux passagers auraient tenté de s’enfuir avant d’être rattrapés par des agriculteurs. Vent de panique, puis de colère, que le procureur de la République de Foix prit grand soin de ne pas attiser. « Il est nécessaire de mettre un terme aux rumeurs, les faits ne paraissent pas revêtir un caractère intentionnel », prévient Olivier Mouysset, quand bien même le préfet rappelait que le conducteur avait délibérément franchi un périmètre interdit. « Sans doute à grande vitesse, en pleine nuit et sans éclairage public à proximité. »

Sous OQTF

Près de la petite BMW rendue à l’état d’épave, trois ressortissants arméniens – un couple et leur amie – sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) ont vite été interpellés. Dans l’attente d’un recours, ceux-là pourtant n’étaient pas expulsables, ni par ailleurs défavorablement connus de la justice. Selon les premiers éléments de l’enquête et des gardes à vue menées par les policiers du commissariat de Pamiers, l’hypothèse d’un acte volontaire paraît donc écartée. Où l’on notera également que les dépistages d’alcoolémie et de stupéfiants réalisés sur le conducteur de 44 ans se sont révélés négatifs.

« On veut le Premier ministre »

À 50 kilomètres de là, aux confins de cette Occitanie qui aura vu surgir sans crier gare une fronde nationale, la protection du barrage de l’A64 fut hier renforcée à la hâte sitôt la triste nouvelle annoncée par Jérôme Bayle, l’une des figures du mouvement et proche ami d’Alexandra. « C’est dramatique d’en arriver là. Même si notre cause avance, une famille est à jamais décimée. » En Ariège, la mort dans l’âme, les agriculteurs ont à l’inverse levé le camp de la RN 20 sans même attendre la visite de leur ministre, en début de soirée. « Mais puisqu’ici nous sommes républicains, on a tout de même décidé de l’accueillir de façon très protocolaire », avait promis Philippe Lacube, le président de la Chambre d’agriculture. « Seulement quelques courtes minutes de recueillement avec lui, pas plus. » Dans la soirée, au sortir de ce huis clos organisé à la mairie de Pamiers, celui-ci confirmera en revanche avoir « sollicité » auprès de Marc Fesneau la venue du Premier ministre dès la semaine prochaine. « Où il sera alors temps de reparler de nos revendications. Le courage politique ce serait aussi ça, et pas seulement venir dans un moment de douleur. Des paroles, nous n’en voulons plus, nous voulons des actes. »

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